Chapter 46 - Le tournant critique
Ce livre, d’abord écrit entre 1949 et 1952, a été réécrit dans les années 1953-1956, et son chapitre final en
octobre-novembre 1956. C’était un moment opportun pour résumer l’impact du sionisme talmudique sur les affaires
humaines, car seulement cinquante ans, soit la moitié du « siècle juif », étaient alors passés depuis le jour où il
perça la croûte de la surface politique, après avoir été immergé pendant quelque 1800 ans. *
(L’offre britannique de l’Ouganda en 1903 fut la première révélation officielle que les politiciens occidentaux
étaient en train de négocier en secret avec « le pouvoir juif » en tant qu’entité. Aujourd’hui, on peut voir
l’accueil du Dr Weizmann dans la chambre d’hôtel de M. Balfour en 1906, après le rejet sioniste de l’Ouganda,
comme la deuxième étape, et la première étape sur le chemin fatal de l’implication totale dans le
sionisme palestinien.)
* En 1952 environ, un coelacanthe, un poisson d’une espèce jusqu’alors considérée comme disparue depuis des
millions d’années, fut ramené à la surface de l’Océan Indien (portant gravement atteinte à la chaîne de la
théorie darwinienne par son apparition, tout comme le fait de découvrir, un peu plus tard, que le crâne de Piltdown
était un faux). L’émergence du sionisme lévitique, quand il émergea à la surface politique du vingtième siècle,
fut une surprise quelque peu similaire venue des profondeurs.
En 1956, aussi, la révolution (que je considère à notre époque comme avoir été manifestement talmudique)
avait également environ cinquante ans (depuis les poussées révolutionnaires ayant suivi la défaite de la Russie
par le Japon en 1905) dans son rôle de facteur permanent dans nos vies quotidiennes (ses racines, bien sûr,
remontent à Weishaupt et à la Révolution française en passant par 1848, et à la révolution anglaise et Cromwell).
Finalement, 1956 fut l’année d’une élection présidentielle de plus en Amérique, et celle-là, plus ouvertement
qu’aucune autre avant elle, fut maintenue sous la pression paralysante du sionisme.
Par conséquent, si j’avais pu le prévoir quand j’ai commencé ce livre en 1949 (je n’étais guère en mesure
d’établir un tel échéancier), je n’aurais pas pu choisir un meilleur moment que l’automne de 1956 pour passer
en revue le processus décrit, ses conséquences jusqu’à cette date, et le dénouement apparent, maintenant à portée
de main : l’apogée vers laquelle ce processus était entièrement destiné à mener.
En écrivant ce livre, j’avais peu d’espoir, pour les raisons que j’ai données, qu’il serait publié une
fois terminé ; à ce stade du « siècle juif », cela semble peu probable. S’il ne paraît pas maintenant, je crois
qu’il sera encore valide dans cinq, dix ans ou même plus, et je m’attends à ce qu’il soit publié un jour ou
l’autre, parce que j’anticipe l’effondrement, tôt ou tard, de la loi totale d’hérésie qui empêche de
discuter ouvertement de « la question juive » depuis ces trois dernières décennies. Un jour, on débattra à
nouveau du sujet librement, et ce que ce livre rapporte sera alors pertinent.
Quelles que soient les suites de cette affaire, j’ai terminé le livre en octobre-novembre 1956 et quand je
regarde autour de moi, je constate que tout est en train de devenir exactement comme ce qui devait être prédit
d’après la suite d’événements relatés dans ce livre. L’année a été remplie de rumeurs de guerre, plus fortes
et plus insistantes qu’aucune autre depuis la fin de la Seconde Guerre en 1945, et venues des deux endroits
d’où elles étaient destinées à venir, étant donné les dispositions prises en 1945 par les « têtes d’affiche
politiques » d’Occident. Elles viennent de Palestine, où les sionistes de Russie ont été installés par l’Occident,
et d’Europe de l’Est, où la révolution talmudique a été installée par l’Occident. Ces deux mouvements
(je le rappelle à nouveau) sont ceux dont le Dr Weizmann a montré qu’ils prirent forme à l’intérieur des mêmes
maisons juives de Russie au dix-neuvième siècle : le communisme révolutionnaire et le
sionisme révolutionnaire.
À deux moments pendant ces dernières années, les bruits de guerre causés par les politiciens occidentaux
furent plus forts qu’à aucun autre moment. À chaque occasion, la cause immédiate de l’explosion fut rapidement
perdue de vue dans le tollé concernant le cas particulier « des juifs », si bien que, même avant que la guerre
mondiale ne commence (dans les deux cas, la menace s’estompa) elle fut présentée à la population comme la
guerre qui, si elle arrivait, serait combattue en premier, pour, de la part de ou en défense « des
juifs » (ou d’« Israël »).
.
J’ai précédemment émis l’avis que toute troisième guerre mondiale serait de cette nature, car les événements
de 1917-1945 conduisaient inévitablement à cette conclusion, qui a grandement été renforcée par les événements
de 1953 et 1956. Les guerres qui en 1953 et 1956 semblaient menacer auraient été manifestement menées par l’Occident
à cette condition, cette fois bien plus explicitement déclarée à l’avance qu’aux deux précédentes occasions.
D’ici à ce que ce livre soit publié, le « public » à la courte mémoire, s’il n’a pas été à nouveau affligé par
la guerre généralisée, aura peut-être oublié les crises de guerre, ou les crises de la presque-guerre, de 1953
et 1956, de sorte que je vais brièvement les rapporter.
En 1953, des juifs apparurent en tant que prisonniers dans l’un des innombrables simulacres de procès annoncés
(celui-là n’eut jamais lieu) à Moscou. Cela causa un violent tumulte parmi les politiciens occidentaux,
qui à nouveau et d’une seule voix crièrent que « les juifs » étaient en train d’être « exterminés » et
« sélectionnés » pour la « persécution ». Le tollé avait atteint le ton de la menace belliqueuse
quand Staline mourut, le procès fut annulé et la clameur cessa brusquement. Pour moi, cet épisode indiqua
clairement que si une guerre « contre le communisme » arrivait (ce dont les politiciens et les journaux
occidentaux parlaient à l’époque comme d’une probabilité admise), elle serait menée, et cette fois même ouvertement,
pour « les juifs ». La multitude générale de l’humanité asservie resterait non secourue, comme en 1945.
En juillet 1956, des menaces de guerre furent prononcées quand l’Égypte nationalisa le canal de Suez.
Pendant les premiers jours de cette crise de guerre, le Premier ministre britannique justifia ses
menaces au peuple britannique, par l’argument que l’action de l’Egypte mettait en péril
« un lien vital pour les britanniques ». Très vite, il passa à l’argument (qu’il considérait sans doute comme
plus efficace) que « la prochaine action de l’Égypte, si on lui permet de réussir, sera d’attaquer Israël ».
L’État sioniste commença alors à apparaître aux actualités comme la première victime du contrôle
égyptien du canal de Suez. Par conséquent, la guerre au Moyen-Orient, si elle se produisait, serait aussi
une guerre « pour les juifs ».
Troisièmement, 1956 vit une élection présidentielle se tenir pour la septième fois sous la pression directe,
et pour la troisième fois sous la pression ouverte, des sionistes de New York. La campagne électorale
devint une lutte publique pour « le vote juif », avec les partis rivaux surenchérissant dans les promesses
d’armes, d’argent et de garanties à l’État sioniste. Les deux partis, au bord de la guerre dans cette partie
du monde, s’engagèrent publiquement à soutenir « Israël » dans quelque circonstance que ce soit.
Ces résultats du processus que j’ai décrit depuis son début étaient prévisibles. La conclusion à tirer pour
l’avenir semble inéluctable : les millions d’habitants d’Occident, par leurs politiciens et leur propre
indifférence, sont enchaînés à une poudrière dont l’amorce est prête à s’enflammer ; l’Occident s’approche
de l’apogée de sa relation avec Sion, commencée officiellement il y a cinquante ans, et l’apogée est
précisément ce qui devait être prévu quand cette soumission servile débuta.
À notre siècle, chacune des deux grandes guerres fut suivie par de nombreux livres de révélations, dans lesquels
les origines de la guerre étaient minutieusement examinées et découvertes comme étant différentes de ce que
l’on avait raconté à la population, ou la foule, et la responsabilité était localisée ailleurs. Ces livres ont reçu
l’approbation générale de la part de ceux qui les ont lus, car un esprit d’investigation suit toujours la
crédulité de la période de guerre. Cependant, l’effet qu’ils produisent est éphémère et l’on peut s’attendre
à ce que la majorité de la population ne se révèle pas moins réceptive à la forte pression de l’incitation
au début d’une autre guerre, car la résistance de masse à la propagande de masse est insignifiante, et le
pouvoir de la propagande est aussi enivrant que toxique.
Est-ce que l’information publique complète à propos des causes de la guerre serait efficace contre cet
instinct humain continuel (« Par un instinct divin, les esprits des hommes pressentent le danger imminent »)
si elle était donnée avant que la guerre n’éclate, je ne peux le présumer ; je crois bien que cela n’a jamais
été tenté auparavant. L’une des modestes ambitions de ce livre est d’établir que les origines,
la nature, et la responsabilité d’une guerre peuvent être montrées avant qu’elle ne commence, et non uniquement
après qu’elle a suivi son cours. Je crois que l’ensemble de ce livre a démontré cela, et que
son raisonnement a déjà été corroboré par les événements.
Je crois aussi que les événements particuliers des années 1953-1956 en Occident renforcent grandement son
raisonnement et la conclusion qui en est tirée, et pour cette raison, je consacre la fin de son dernier chapitre
à un résumé des événements pertinents de ces années ; (1) dans la région asservie par la révolution ;
(2) à l’intérieur et autour de l’État sioniste : et (3) dans « le monde libre » d’Occident, respectivement.
Ils m’apparaissent comme ajoutant le mot de la fin à l’histoire ainsi racontée :
l’Apogée, proche ou à portée de main.
Interpolation de l’auteur : la partie précédant ce chapitre final, jusqu’aux mots « l’Apogée, proche ou à portée
de main », a été écrite le vendredi 26 octobre 1956. Je suis ensuite parti pour le week-end, ayant
l’intention de reprendre et de terminer le chapitre le mardi 30 octobre 1956 ; un premier brouillon était
déjà rédigé. Quand je l’ai repris ce jour-là, Israël avait envahi l’Égypte, le lundi 29 octobre 1956.
Par conséquent, le reste du chapitre est écrit à la lumière de événements qui ont suivi ;
cela le rend plus long que prévu.
- La Révolution
Dans la région de la révolution, grossie pour asservir la moitié de l’Europe, la mort de Staline en 1953
fut suivie d’une série de soulèvements populaires en 1953 et 1956.
Ces deux événements réjouirent la monde qui regardait, car ils ravivèrent l’espoir quasi oublié qu’un jour,
la révolution destructrice s’autodétruirait et que les hommes et les nations seraient à nouveau
libres. Cette signification simple fut alors embrouillée par l’intrusion forcée, dans chacun de ces événements,
de « la question juive ». Au « siècle juif », les populations furent empêchées de recevoir ou de tenir
compte des nouvelles concernant tout événement important, excepté en termes de ses conséquences éventuelles
« pour les juifs ».
La mort de Staline (le 6 mars 1953) fit tressaillir le monde, parce que la vie de cet homme, qui causa
probablement la mort et l’asservissement de plus d’êtres humains qu’aucun autre homme dans l’Histoire,
en était venue à paraître interminable, comme le déroulement d’un serpent. * Les circonstances de sa mort restent
sombres, mais le timing des événements qui l’accompagnèrent est peut-être significatif.
Le 15 janvier 1953, les journaux moscovites annoncèrent que neuf hommes devaient passer en justice sur accusation
de conspiration d’assassinat de sept importants notables communistes. Six ou sept de ces neuf hommes étaient juifs
(les récits divergent). Les deux ou trois autres auraient aussi bien pu ne jamais être nés, pour ce que le
monde entier entendit parler d’eux, car dans le tumulte qui s’éleva immédiatement en Occident, l’affaire fut
surnommée celle des « docteurs juifs ».** En février, alors que la clameur occidentale continuait, des
diplomates qui virent Staline firent remarquer sa bonne mine et sa bonne humeur.
* Sa place de dirigeant fut brièvement reprise par un certain Grigori Malenkov, qui la céda à un duo,
Nikita Khrouchtchev (leader du parti) et Nikolay Bulganin (Premier ministre). Le monde ne put dire dans
quelle mesure ils héritèrent du pouvoir personnel de Staline ou furent dominés par d'autres. Survivant de
tous les changements et purges, M. Lazare Kaganovitch, un Juif, demeura Vice-Premier ministre tout au long
et à l'anniversaire bolchévique en novembre 1955, fut choisi pour dire au monde : «Les idées révolutionnaires
ne connaissent pas de frontières». Quand le duo visita l'Inde ce mois là, le New York Times, demandant
qui dirigeait l'Union soviétique en leur absence, répondit «Lazare Kaganovitch, leader communiste chevronné».
M. Kaganovitch fut parmi les proches les plus anciens et les plus intimes de Staline, mais ni cela ni aucun
autre fait pertinent (en rapport) ne dissuada la presse occidentale d'attaquer Staline, dans ces derniers mois,
comme étant le nouvel «Hitler» antisémite.
** Ce tollé en Occident avait commencé dix semaines plus tôt, la veille de l'élection présidentielle en Amérique,
en vertu d'un procès à Prague, où onze accusés sur quatorze furent pendus, après les «confessions» habituelles,
sur les accusations de conspiration sioniste. Trois des victimes n'étaient pas juives, mais elles auraient aussi
bien pu, elles aussi, ne pas être nées ou pendues, étant donné toute l'attention qu'elles reçurent dans la presse
occidentale.
Le 6 mars, Staline mourut. Un mois plus tard, les « docteurs juifs » furent relâchés. Six mois plus tard, le chef
terroriste de Staline, Lavrenti Beria, fut fusillé pour les avoir arrêtés, et les accusations furent dénoncées
comme étant fausses. Concernant la mort de Staline, un éminent correspondant américain à Moscou, M. Harrison
Salisbury, écrivit qu’après sa mort, la Russie fut gouvernée par un groupe ou une junte « plus dangereuse que
Staline », constituée de Messieurs Malenkov, Molotov, Boulganine et Kaganovitch. Pour prendre le pouvoir, dit-il,
la junte aurait pu tuer Staline, tout le désignait ; « s’il se trouve que Staline fut terrassé par une rupture
artérielle cérébrale le 2 mars, on doit s’en rappeler comme étant l’un des événements les plus fortuits
de l’histoire ».
Pour l’Occident, ces circonstances et possibilités concomitantes à la mort de Staline n’avaient aucun intérêt.
La période entière des neuf mois et quelques, entre le procès de Prague (et l’élection présidentielle)
et la liquidation de Beria fut remplie par le tumulte en Occident à propos de « l’antisémitisme en Russie ».
Alors que la clameur continuait (elle cessa après que « les docteurs juifs » furent relâchés et innocentés),
des choses furent dites qui semblaient clairement signifier que toute guerre occidentale contre l’union communiste
serait menée, comme celle contre l’Allemagne, uniquement au nom « des juifs », ou de ceux qui prétendaient
représenter les juifs. En 1953, la Russie soviétisée était considérée comme le nouveau monstre antisémite,
comme l’Allemagne en 1939 et la Russie tsariste en 1914. Cette question, responsable d’une grande confusion,
à en juger par le tohubohu propagandiste de cette période, aurait à nouveau embrouillé la bataille et
dupé les nations.
Le timing de cette campagne est significative, et ne peut plus être expliquée par la théorie de la coïncidence.
Afin de donner le maximum d’impact à la « machine à pression » en Amérique, la « question juive »
doit devenir pénétrante durant toute période d’élection présidentielle là-bas. De nos jours, elle devient
toujours pénétrante à cette période précise, sous l’une de ses deux formes : « l’antisémitisme » quelque
part (c’est ce qui se passa en 1912, 1932, 1936, 1940 et 1952) ou un péril pour « Israël » (c’est ce qui se
passa en 1948 et en 1956). On peut faire sans trop de risque la prédiction qu’elle dominera l’élection
présidentielle de 1960, sous l’une de ces deux formes.
Rien ne changea la situation des juifs en Russie à cette époque. * Quelques juifs avaient été inclus parmi les
accusés à un procès-spectacle à Prague et à un autre annoncé, mais jamais tenu, à Moscou. Les trente-cinq ans
de communisme avaient vu d’innombrables procès-spectacles ; le monde était devenu indifférent tant ceux-ci étaient
familiers. Comme l’état terroriste était basé sur l’emprisonnement sans aucun procès, les procès-spectacles étaient
manifestement tenus uniquement afin de produire quelque impact, soit sur les masses soviétisées, soit sur le monde
extérieur. Même l’accusation de « conspiration sioniste » n’était pas nouvelle ; elle avait été faite dans quelques
procès des années 20, et dès le début le communisme (comme en témoignent Lénine et Staline) avait déclaré le
sionisme officiellement illégal, tout en fournissant aux sionistes de Russie les armes afin d’établir
« Israël » en 1948.
* Qui, selon les « estimations » juives en cours, comptait quelque deux millions, soit environ
un pour cent de la population soviétique totale (déclarée comme étant de 200 000 000 par le
Manuel Statistique de l’Économie Soviétique du gouvernement Soviétique, en juin 1956).
S’il est vrai que Staline alla plus loin qu’il n’était permis en attaquant le « sionisme » à cette occasion,
sa mort suivit rapidement. Jusqu’à la fin, il ne fut manifestement pas anti-juif. M. Kaganovitch demeura son
bras droit. Quelques jours avant de mourir, Staline ordonna que l’une des funérailles les plus pompeuses jamais vues
dans la Moscou soviétique soit donnée pour Léon Mekhlis, l’un des commissaires juifs du peuple les plus craints
et les plus haïs de ces trente cinq ans. Le cercueil de Mekhlis fut porté par tous les grands pontes survivants
de la révolution bolchevique, qui se partagèrent la surveillance de son exposition solennelle, si bien que cela
était clairement un avertissement envers la population russe captive, si cela était encore nécessaire, que « la loi
contre l’antisémitisme » était plus que jamais en vigueur. Immédiatement après les funérailles de Mekhlis
(le 27 janvier 1953), le « Prix Staline de la Paix » fut présenté en grande pompe à l’apôtre de la vengeance
talmudique, M. Ilya Ehrenbourg, dont les retransmissions à l’Armée rouge alors qu’elle avançait en Europe
l’incitaient à ne pas épargner « même les fascistes à naître ». Quelques jours avant sa mort, Staline poussa
l’Étoile Rouge à déclarer que le combat contre le sionisme « n’avait rien à voir avec l’antisémitisme ;
le sionisme est l’ennemi du peuple ouvrier dans le monde entier, des juifs autant que des gentils ».
La situation critique des juifs, dans leur infime minorité en Russie, n’avait ainsi guère changé pour le mieux
ou pour le pire. Ils avaient toujours « un plus haut niveau d’égalité en Union soviétique que dans aucune autre
partie du monde » (pour reprendre la réponse railleuse donnée à cette époque par un témoin juif à un membre du
Congrès républicain, M. Kit Clardy, devant une commission du Congrès - M. Clardy ayant demandé : « Ne vous
révulsez-vous pas d’horreur en voyant ce que la Russie soviétique fait aux juifs ? »). Ils
demeuraient une classe privilégiée.
Le tollé en Occident était donc artificiel et n’avait aucune base factuelle, et pourtant il atteint un degré
très proche de la véritable menace de guerre, et aurait pu monter jusqu’à ce niveau si Staline n’était pas mort
et si « les docteurs juifs » n’avaient pas été relâchés (je n’ai jamais pu découvrir si les docteurs non-juifs
avaient aussi été libérés). Il ne pouvait y avoir qu’une raison à cela : le sionisme avait été attaqué, et
en 1952-3, l’opposition au sionisme était jugée par les politiciens aux avant-postes de l'ouest comme étant
de « l’hitlérisme » et de la provocation de guerre. L’épisode montra que cette propagande d’incitation peut
être déclenchée par simple pression d’un bouton et être « transmise » dans n’importe quelle direction selon
l’évolution des besoins (sans exclure l’Amérique, à long terme). Une fois que cette propagande a été amenée
à son paroxysme, elle est utilisée pour soutirer les « engagements » qui sont invoqués plus tard.
La période de six mois, entre la nomination et l’élection, l’élection et l’investiture est celle durant
laquelle les présidents américains se trouvent alors sous cette pression. Le président Eisenhower, en 1952-
3, se trouva sous la même pression que le président Woodrow Wilson en 1912-3, M. Roosevelt en 1938-9, et
le président Truman en 1947-8. Toute la période de son démarchage électoral, sa nomination, son élection et
son investiture fut dominée par « la question juive » sous ses deux formes : « l’antisémitisme » ici, là ou
partout, et l’aventure en Palestine. Immédiatement après sa nomination, il dit à un certain M. Maxwell Abbell,
président de la United Synagogue of America : « Le peuple juif ne pourrait avoir un meilleur ami que moi...
J’ai grandi en croyant que les juifs étaient le peuple élu et qu’ils nous avaient donné les principes éthiques et
moraux élevés de notre civilisation » (dans tous les journaux juifs, septembre 1952). *
* M. Eisenhower ajouta que « sa mère les avait élevés, son frère et lui, selon les
enseignements de l’Ancien Testament ». Cette allusion quelque peu sibylline se réfère à la
secte chrétienne des Témoins de Jéhovah, au sein de laquelle M. Eisenhower et ses frères
furent élevés dans la maison parentale.
C’était l’engagement fondamental, familier à notre siècle et toujours pris afin de signifier beaucoup plus
que ne peuvent le comprendre ceux qui le prennent. Immédiatement après cela, le procès de Prague eut lieu et
le président Eisenhower, fraîchement élu, fut manifestement poussé à faire quelque chose de plus spécifique.
Dans un message à un Jewish Labor Committee à Manhattan (21 décembre 1952), il dit que le procès de Prague
« était désigné à lancer une campagne d’antisémitisme fanatique à travers l’Europe soviétique et les nations
satellites d’Europe de l’Est. Je suis honoré de me tenir aux côtés de la Communauté juive... pour montrer au
monde l’indignation que ressent toute l’Amérique face aux outrages perpétrés par les
Soviétiques envers les principes sacrés de notre civilisation ».
Les « outrages » à ce moment-là consistaient en la pendaison de onze hommes, dont trois étaient des gentils,
parmi les millions mis à mort durant les trente-cinq ans bolcheviques; dont leur sort n’était pas inclus dans
ces « outrages ». Le nouveau président ne pouvait pas savoir quelle « campagne » le procès était « destiné à lancer »,
et d’innombrables autres procès n’avaient reçu aucune dénonciation présidentielle. Ces paroles implicitement
peignaient les captifs du communisme, eux aussi,avec la même brosse en « antisémites », car
ils étaient qualifiés de « nations satellites » et le sens premier de « satellite » est « un membre de la suite
d’un prince ou d’une autre personne de pouvoir ; d’où, personne à charge ou disciple servile »
(Webster’s Dictionary). En tant que commandant dont l’ordre militaire, émis en accord avec le dictateur
soviétique, avait assuré leur captivité, le choix des mots du président Eisenhower était étrange. Il reflétait
l’attitude de ceux qui étaient capables de mettre la « pression » sur les présidents et les gouvernements américains.
Pour eux, l’asservissement de millions de personnes ne signifiait rien ; à vrai
dire, ils utilisaient leur pouvoir pour le perpétuer.
Cet état de fait fut reflété, à nouveau, dans deux des premiers actes du nouveau président. En cherchant à être élu,
il avait fait appel à la forte aversion des Américains pour l’acte de 1945, en s’engageant à répudier les accords
de Yalta ( la charte politique de son propre ordre militaire, qui stoppa l’avancée des Alliés à l’ouest de Berlin,
abandonnant ainsi l’Europe de l’Est au communisme ) en ces termes explicites :
« Le gouvernement des États-Unis, sous la direction républicaine, répudiera tous les engagements
contenus dans les accords secrets tels que ceux de Yalta qui contribuent à l’asservissement communiste ».
Une fois élu, le nouveau président envoya au Congrès (20 février 1953) une résolution proposant tout bonnement
que le Congrès le rejoigne « en rejetant toute interprétation ou application… d’accords secrets qui ont été
pervertis pour provoquer l’assujettissement de personnes libres ». À cette époque, il avait déjà fait référence aux
peuples asservis en tant que « satellites ». Comme la résolution ni ne « répudiait », ni même ne faisait
référence à « Yalta », ce fut une déception pour le parti dirigé par le président Eisenhower, et
finalement elle fut abandonnée complètement.
À la place, le nouveau président transmit au Congrès une résolution condamnant « les campagnes vicieuses et
inhumaines contre les juifs » sur le territoire soviétique. Ainsi « les asservis » furent-ils
complètement effacés et « les juifs » furent mis à leur place, un amendement typique de notre époque.
Le département d’État, en sueur, réussit à faire amender cette résolution pour y inclure
« d’autres minorités ». Les « estimations » juives actuelles sont qu’il y a en tout « environ 2 500 000 juifs
derrière le Rideau de Fer », où les captifs non-juifs se montent à entre 300 et 350 millions ; ces
populations, qui incluaient des nations entières comme les Polonais, les Hongrois, les Bulgares et les Ukrainiens,
sans parler des nations plus petites ou mêmes des Russes eux-mêmes, furent « mises en tas » en deux mots :
« autres minorités ». Les Sénat adopta cette résolution (le 27 février 1953) par accord unanime, mais cela
ne fut pas jugé suffisant pour convenir à la règle, si bien que chaque sénateur américain (comme les membres
de la Chambre des communes britannique, sur l’ordre de M. Eden, pendant la guerre) se leva pour être compté.
Quelques-uns qui étaient absent se hâtèrent d’écrire pour demander que leurs noms soient ajoutés à l’ensemble.
Si les populations derrière « le Rideau de Fer » avaient compris toute l’histoire de ces deux résolutions,
ou avaient été autorisées à en être informées, elles n’auraient eu aucun espoir (car elles l’espéraient
vraiment) d’un secours américain lors de leurs soulèvement nationaux contre la terreur, en 1956.
Le président ayant parlé et agi ainsi, le tumulte s’accrut. L’un des leaders sionistes les plus puissants de
cette période (dans la lignée du juge Brandeis et du rabbin Stephen Wise) était le rabbin Hillel Silver,
qui durant l’élection avait défendu M. Eisenhower contre l’accusation d’« antisémitisme » (aujourd’hui invariablement
utilisée pendant les élections présidentielles) de la part de l’ex-président Truman, et fut plus tard invité par
le nouveau président à prononcer la « prière pour la grâce et la guidance » à son investiture. Donc le rabbin
Silver peut être considéré comme un homme parlant d’autorité quand il annonce que si la Russie était détruite,
elle le serait au nom des juifs : il avertit la Russie qu’« elle sera détruite si elle fait un pacte spirituel avec
l’hitlérisme ». Cette méthode de coller l’étiquette « Hitler » à tout individu menacé de « destruction » fut
adoptée ultérieurement de manière générale (le président Nasser d’Égypte étant un exemple typique).
La menace était toujours implicitement la même : « Persécute les hommes si tu veux, mais tu seras détruit si
tu t’opposes aux juifs ». M. Thomas E. Dewey (deux fois candidat à la présidence et artisan de la
nomination de M. Eisenhower en 1952) surpassa le rabbin Silver lors de la même réunion (15 janvier 1953) :
« Maintenant nous commençons tous à le voir » (l’antisémitisme en Russie) « comme le tout dernier, et le plus
terrible, programme de génocide jamais lancé... Le sionisme, en tant que tel, est maintenant devenu un crime
et rien que le fait d’être né juif est maintenant cause de pendaison. Staline a avalé la dernière goutte du
poison de Hitler, en devenant le tout nouveau persécuteur, et le plus virulent, de la communauté juive… Il
semble que Staline ait l’intention d’admettre devant le monde entier qu’il souhaiterait accomplir pour Hitler
ce que Hitler n’a pu faire de son vivant ».
L’extravagance de cette campagne étonne même l’observateur expérimenté, rétrospectivement. Par exemple, la Gazette
de Montréal, sur laquelle je tombai par hasard durant l’été 1953, déclara dans son éditorial que « des milliers
de juifs sont assassinés en Allemagne de l’Est » ; le Zionist Record de Johannesburg, trois ans plus tôt
(7 juillet 1950), avait déclaré que toute la population juive d’Allemagne de l’Est comptait 4200 âmes, dont la
plupart jouissaient de la préférence pour l’emploi dans l’administration.
Les « engagements » du nouveau président devinrent encore plus fermes, en tous les cas dans l’esprit de ceux
envers qui ils furent adressés. En mars 1953, soit juste avant, soit après la mort de Staline, il envoya une lettre
au Jewish Labor Committee mentionné plus haut, prenant l’engagement (terme utilisé dans le New York Times ; je
n’ai pas le texte entier de son message) que l’Amérique serait « à jamais vigilante en ce qui concerne toute
résurgence d’antisémitisme ». Quand le comité destinataire tint son congrès à Atlantic City, les « docteurs
juifs » avaient été libérés et tout le tapage s’atténuait, si bien qu’il n’était plus impatient de rendre la
lettre publique et la renvoya à l’expéditeur. Le président insista à ce qu’elle soit publiée, et la renvoya
« avec une note très sévère condamnant l’antisémitisme soviétique ».
Dans ce monde de fiction propagandiste, les populations occidentales étaient menées par leur gouvernants
de déboires en déboires. Qui sait où elles auraient été menées à cette occasion, si Staline n’était pas mort,
si les « docteurs juifs » n’avaient pas été libérés, si le doigt n’avait pas été enlevé du bouton d’incitation des
masses ?
Staline mourut et le tollé « cousu main » (des deux côtés de l’Atlantique) mourut avec lui. Que se serait-il passé
s’il avait vécu et si « les docteurs juifs » avaient été jugés ? À sa mort, la propagande avait déjà atteint
un niveau de veille de guerre ; le « nouvel Hitler » avait commencé « le tout dernier, et le plus terrible,
programme de génocide jamais lancé » ; « des milliers de juifs » étaient « assassinés » dans une région où seuls
quelques centaines vivaient : bientôt, ces milliers seraient devenus des millions, un... deux… six millions.
L’holocauste entier des trente-cinq ans de Lénine et de Staline, avec ses myriadesde victimes et de tombes
anonymes, aurait été transformé, par la sorcellerie de cette propagande, en une « persécution anti-juive » de
plus ; à vrai dire, cela fut accompli, par la mise en suspens de la promesse du président Eisenhower de
« répudier les accords de Yalta et l’asservissement communiste » et son remplacement par une résolution qui
destinait à la « condamnation » le « traitement vicieux et inhumain des juifs » (qui continuaient, derrière
le Rideau de Fer, à exercer la terreur sur ceux qui avait été asservis par le communisme).
Pour cette seule cause, si la guerre était survenue, une autre génération de jeunes occidentaux seraient
partis en guerre, en pensant que leur mission était de « détruire le communisme ».
Staline mourut. La guerre fut épargnée à l’Occident à cette période, et l’Occident avança en trébuchant, derrière
ses leaders sionisés, vers le prochain déboire, qui fut d’un genre différent. Pendant les dix ans qui étaient passés
depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, leurs leaders les avaient habitués à la pensée qu’un jour, ils
devraient écraser le communisme et ainsi corriger l’action de 1945. La sincérité des leaders occidentaux sur
cette question allait encore être testée en 1953 et 1956.
En ces années, les populations asservies commencèrent elles-mêmes à détruire le communisme et à faire grève,
pour obtenir cette libération que le président américain, l’artisan militaire de leur asservissement, leur
promettait mais leur recommandait de ne pas effectuer de façon militante.* La mort de Staline sembla avoir un effet
de détente sur la peur paralysante qui étreignait ces peuples, et elle mit ce processus d’auto-libération
en mouvement. L’auteur du présent livre fut confondu, dans ce cas ci, dans ses attentes. Je croyais, par
observation et par expérience, que tout soulèvement national était impossible contre les chars et les armes
automatiques, et contre les méthodes quotidiennes de terreur (arrestations, emprisonnements, déportations ou
exécutions sans charges ni procès), qui semblaient avoir été perfectionnées depuis trois siècles (c’est-à-dire,
pendant les révolutions anglaise, française et russe) à un point tel que, pensais-je, seul un secours extérieur
rendrait un soulèvement possible. J’avais oublié les ressources infinies de l’esprit humain.
* Alors qu’il proclamait à nouveau la politique de libération, M. Dulles, secrétaire d’État,
nia toute responsabilité des États-Unis dans le soulèvement malheureux en Hongrie. Il dit
qu’au début de l’année 1952, le président et lui avaient invariablement déclaré que la
libération devait être accomplie par des moyens pacifiques et évolutifs ». Déclaration à
Augusta, Géorgie, 2 décembre 1956.
La déclaration de M. Dulles me semble être honnête et réaliste. Déclencher une guerre nucléaire pour sauver les
hongrois aurait été de la folie. En revanche, inciter ces peuples à la révolte, était criminel, car l'histoire montre
comment se finissent ces révoltes, en passant des révoltes des esclaves à Rome, à celle des Polonais en 1944 et
à celles décrites ici; elles se terminent toutes en bain de sang. Gandhi semble être le seul à avoir trouvé
la manière de lutter contre la dictature sans entraîner les siens dans un bain de sang; celle de la non-violence
et de la résistance passive.
D.Reed me semble incohérant en parlant du
souhait, légitime à ses yeux, de ces peuples pour la liberté de pouvoir élire ceux qui
vont les gouverner alors qu'il a montré pendant de nombreux chapitres, que, ce soit aux US ou en Grande-Bretagne,
les système électoral était truqué.
J.P. - 22/04/2019
La première de ces révoltes eut lieu dans le Berlin-Est soviétisé, le 17 juin 1953, quand des hommes et des jeunes
non armés attaquèrent les chars soviétiques à coup de barres et de pierres. * Cet exemple produisit un résultat
sans précédent au plus profond de l’Union soviétique elle-même : une insurrection au camp slave de Vorkouta
dans le cercle polaire arctique, où les détenus chassèrent les gardes terroristes du camp et le tinrent pendant
une semaine jusqu’à l’arrivée des troupes de la police secrète de Moscou, qui les matèrent à coup de
tirs de mitrailleuse.
* Cette révolte fut écrasée, et une revanche impitoyable fut prise par « la terrifiante Frau
Hilde Benjamin » (Le Times, 17 juillet 1953), qui fut promue ministre de la Justice pour
l’occasion, et qui devint tristement célèbre pour ses condamnations à mort (dont celle d’un
jeune adolescent qui distribuait des tracts anti-communistes) et pour sa persécution
particulière de la secte des Témoins de Jéhovah, au sein de laquelle le président Eisenhower
avait été élevé. Dans la pensée populaire et dans les descriptions du journal new-yorkais,
elle était décrite comme « une juive ». Aussi loin que j’aie pu le découvrir par mes
recherches, bien que mariée à un juif, elle n’était pas née juive.
Ces deux soulèvements eurent lieu alors que la clameur occidentale à propos de « l’antisémitisme derrière
le Rideau de Fer » était encore forte. Aucun tollé similaire ne s’éleva au nom des légions d’être humains,
cent fois plus nombreuses, dont la situation critique était révélée une fois de plus. Aucune menace de guerre ou de
« destruction » ne fut prononcée en leur nom contre l’Union soviétique. Au contraire, les politiques et la presse
occidentale les prièrent de rester calmes et de simplement espérer « la libération » qui, par quelque moyen
non révélé, viendrait à eux un jour d’Amérique, qui les avait abandonnés en 1945.
Néanmoins, l’attente angoissée de la libération continua à s’introduire dans les âmes des populations,
et à la suite des explosions de Berlin-Est et de Vorkouta, vinrent les insurrections de Pologne et de
Hongrie en octobre 1956, après que j’eus commencé le chapitre final. La première fut un soulèvement national
spontané. La seconde, suscitée par la première, devint quelque chose que l’histoire peut difficilement égaler :
une guerre nationale de tout un peuple captif contre la puissance écrasante du géôlier. Je crois bien que le
passage du temps montrera que cet événement aura marqué soit la résurrection de « l’Occident » et la renaissance
de l’Europe, soit la fin de l’Europe telle que l’humanité la connaît depuis le dernier millénaire,
et avec elle la fin de tout ce que les mots « l’Occident » ont pu signifier.
Quel que soit l’avenir, quelque chose fut accompli par les soulèvements d’octobre, et plus particulièrement
par les soulèvements hongrois. Jamais plus la révolution ne pourrait prétendre avoir ne serait-ce que l’acceptation
passive de ses captifs. Ils montrèrent que, sous le communisme de Karl Marx, ils découvrirent qu’ils n’avaient
rien d’autre à perdre que leurs chaînes et qu’ils préféraient affronter la mort qu’endurer ces chaînes.
Les causes pour lesquelles les deux nations se soulevèrent étaient les mêmes, et ils le firent bien comprendre.
Ils voulaient, dans chaque cas, la libération de la nation par le retrait de l’Armée rouge ; la libération de
chaque individu de la terreur par l’abolition de la police secrète et la punition des terroristes principaux ;
la restauration de leur foi par la libération du chef de leur église (qui dans les deux cas était en prison) ;
la libération de leur système politique de la servitude du parti unique, par le retour des partis rivaux
et des élections.
Ainsi la question en jeu était-elle complètement claire : par le biais d’une petite nation située à sa limite
orientale, « l’Occident » s’éleva contre le despotisme asiatique ; pour Dieu contre les impies, la
liberté contre l’esclavage, la dignité humaine contre la déchéance humaine. La question à ce moment-là dépendit,
et la décision finale dépendra, du degré de soutien que ces nations aux avant-postes de l’Occident trouvèrent
au sein du reste de l’Occident, qui déclarait sa parenté et sa camaraderie envers elles mais qui dans l’adversité
les avait abandonnées par le passé.
Durant ce trimestre-là, la vision de cette question claire en jeu fut obscurcie par l’intrusion de la question
secondaire, obscurcissant tout, dans notre siècle : « la question juive ». L’histoire des événements
d’octobre de Pologne et de Hongrie est en elle-même aussi claire que du cristal, mais on ne lui a pas permis de
se rendre claire pour les populations américaine et anglaise à cause de ce seul aspect, au sujet
duquel l’information leur a été constamment refusée depuis les Bolcheviks ont renversé
le régime légitime en Russie en 1917.
Trois mois avant les soulèvements polonais et hongrois, un article de M. C.L. Sulzberger publié dans le New York
Times ranima le cri d’« Antisémitisme derrière le Rideau de Fer » qui s’était élevé en 1953.
Comme exemple de cet « antisémitisme », l’article citait le renvoi de Jakub Berman, « théoricien détesté du parti
et juif », qui était le terroriste moscovite en chef en Pologne.
Dans cet article, se cachait le secret dont les populations occidentales n’ont jamais été autorisées à être
informées ; M. Robert Wilton, qui « perdit la confiance » du Times pour avoir essayé de communiquer ce
secret aux lecteurs de ce journal en 1917-1918, fut le premier d’une longue liste de correspondants qui essayèrent,
et échouèrent, durant les trente-neuf ans qui suivirent. Les populations russes, et plus tard celles des autres
pays qui furent abandonnés au communisme, ne pouvaient s’élever contre la terreur sans être accusées
d’« antisémitisme », parce que la terreur a toujours été une terreur juive et talmudique, donc identifiable par
ses actes, et non une terreur russe, communiste ou soviétique.
Sur ce point même, le pouvoir dirigeant à Moscou quel qu’il fût, et quel qu’il soit vraiment, ne s’écarta jamais
du modèle original, et ceci est la base factuelle sur laquelle toute recherche sur les événements de notre siècle
doit commencer. La théorie de la coïncidence pourrait en théorie être appliquée à 90 pour cents des
gouvernements juifs qui apparurent en Russie, Hongrie et Bavière en 1917-1919 ; (même à cette époque, comme
je l’ai montré plus tôt, un écrivain juif décrivit l’aversion pour le gouvernement juif bolchevique
en Hongrie comme de « l’antisémitisme », une épithète qui n’aurait pu être évitée qu’en se soumettant à ce
gouvernement). Mais quand le gouvernement moscovite installa les gouvernements juifs dans les pays
qui lui furent abandonnés en 1945, aucun doute ne subsista sur le fait que c’était une politique préparée
et calculée, avec un but réfléchi.
Je répète ici l’information, issue de sources incontestables, concernant la composition de ces gouvernements
au moment exact, en 1952-1953, où Staline était appelé « le nouvel Hitler » et « la Russie » était menacée de
« destruction » à New York et Washington si elle permettait « toute résurgence d’antisémitisme » :
« En Tchécoslovaquie, comme partout ailleurs en Europe centrale et du Sud-Est, à la fois les intellectuels du parti
et les hommes-clés de la police secrète sont pour la plupart d’origine juive ; l’homme de la rue, par conséquent,
est devenu enclin à identifier les responsables du parti avec les juifs et à blâmer les « communistes juifs » pour
tous ses problèmes » (New Statesman, 1952) ; « ... Le gouvernement fortement juif (90 pour cents
dans les hauts rangs) de la Hongrie communiste sous le Premier secrétaire communiste Matyas Rakosi, qui est
lui-même un juif » (Time, New York, 1953). « La Roumanie, avec la Hongrie, comptent probablement le plus
grand nombre de juifs dans l’administration » (New York Herald Tribune, 1953). Toutes ces citations, et de
nombreuses autres similaires dans mes dossiers, viennent d’articles réprouvant « l’antisémitisme » dans « les pays
satellites », et à cette époque, alors que l’on savait que ces pays étaient dirigés par des juifs, le président
Eisenhower fit sa déclaration à propos d’« une vague d’antisémitisme fanatique dans...
les pays satellites d’Europe de l’Est ».
Que pouvaient signifier ces menaces de Washington pour les peuples captifs, hormis l’avertissement de ne pas
grommeler contre ceux qui maniaient le knout ; pourtant, en même temps on leur promettait la « libération », et
« The Voice of America » et « Radio Free Europe » les tourmentaient tous les soirs avec les descriptions
de leur propre situation critique.
Ceci était l’arrière-plan déroutant des soulèvements nationaux polonais et hongrois d’octobre 1956, dont
le premier signe, à nouveau, fut donné par les émeutes de Poznan, en Pologne, en juin 1956.
Immédiatement après, l’article de M. Sulzberger à propos de « l’Antisémitisme derrière le Rideau de Fer » parut,
dans lequel il se plaignait du renvoi de M. Jakub Berman et de celui par le maréchal Rokossovsky, commandant de
l’armée polonaise, de « plusieurs centaines d’officiers juifs ». En août, l’un des deux Vices-Premiers
ministres, M. Zenon Nowak (l’autre était un juif, M. Hilary Mine) dit que la campagne pour la « démocratisation »
ou la « libération » qui était menée dans la presse polonaise était déformée par l’introduction, et l’importance
particulière donnée au sujet « des juifs ». Il dit que la nation croyait qu’il y avait « un nombre disproportionné
de juifs dans le parti principal et les postes du gouvernement », et en guise de preuve il lut une liste de leur
représentation dans les différents ministères. Un certain professeur Kotabinski, répondant à, et
attaquant M. Nowak, dit que les juifs « étaient presque devenus majoritaires dans les postes-clés,
et la préférence donnée à leur propre peuple pour l’attribution des emplois n’avait pas été évitée ». (New York
Times, 11 octobre 1956).
À cette date, la Pologne était sous la domination soviétique et la terreur juive depuis onze ans. Pas grand-chose
n’avait changé dans le tableau qu’avait donné l’ambassadeur américain, M. Arthur Bliss Lane, des années 1945-1947 :
« Bien des arrestations par la Police de sécurité avaient été observés par les membres de l’ambassade américaine...
des méthodes terrifiantes, telles que les arrestations au milieu de la nuit, et la personne arrêtée n’était en
général pas autorisée à communiquer avec le monde extérieur, peut-être pendant des mois, peut-être pour
toujours... Même nos sources juives ont admis... la grande impopularité des juifs aux positions-clés du
gouvernement. Ces hommes incluaient Minc, Berman, Olczewski, Radkiewicz et Spychalski... il y avait un sentiment
d’amertume au sein de la milice envers les juifs parce que la Police de Sécurité, contrôlée par Radkiewicz,
dominait la milice et l’armée... De plus, les deux, la Police de
Sécurité, et la Police Interne de Sécurité, comptaient parmi leurs membres de nombreux juifs d’origine russe ».
Seulement après onze ans, ce contrôle juif de la terreur ne commença à s’affaiblir. En mai 1956, M. Jakub Berman
(« considéré comme l’homme No.1 de Moscou au Parti polonais », New York Times,
21 octobre 1956) démissionna de son poste de Vice-Premier ministre et au début d’octobre 1956,
M. Hilary Minc (« considéré comme l’homme No.2 de Moscou ») démissionna également. (M. Nowak, l’un des
nouveau Vice-Premiers ministres, fut attaqué comme « antisémite » dès le début).
Ceci était le contexte significatif du soulèvement national du 20 octobre. La Pologne, dans sa première expérience
de domination communiste, comme la Russie, la Hongrie et la Bavière en 1917-1919, avait découvert que la terreur,
sur laquelle cette domination reposait, était juive, et était déjà attaquée pour « antisémitisme » en Amérique et
en Angleterre parce qu’elle tentait de se libérer de la terreur. Comme tous les autres pays, elle fut prise dans
le dilemme causé par « la question juive ». La situation réelle des juifs qui n’étaient pas dans des postes élevés
en Pologne s’avère avoir été meilleure que celle d’autres parties de la population, à en juger par les différents
comptes rendus réalisés à cette période en rendant visite à des rabbins et des journalistes d’Amérique. Soit dit
en passant, le nombre total de juifs en Pologne à cette époque varie, dans les « estimations » juives publiées,
d’« environ trente mille » (le New York Times, 13 juillet 1956) à « environ cinquante mille »
(le New York Times, 31 août 1956), la population totale de Pologne étant estimée, dans les ouvrages de
référence actuels, à approximativement 25 000 000. Leur proportion, par conséquent, représente une petite fraction
d’un pour cent, et jamais avant ce siècle, où que ce soit, une minorité de cette petitesse extrême n’a prétendu
devenir « presque majoritaire dans les postes-clés », en manifestant une « préférence de leur propre peuple pour
l’attribution des emplois ».
Le cas de la Hongrie était plus significatif, car ce pays subit après 1945 sa seconde expérience de domination
communiste. Non seulement elle découvrit que la terreur était à nouveau juive, mais elle était exercée par les
mêmes hommes. Cette réinstallation délibérée de terroristes juifs détestés d’une nation à cause de leurs actions
vingt-six ans auparavant (les détails sont donnés plus loin dans ce chapitre) est la preuve la plus forte
jusque-là fournie de l’existence à Moscou d’un pouvoir contrôlant la révolution, qui délibérément confère à ses
actes barbares la signature talmudique et non soviétique, communiste ou russe.
Dans ce contexte, qui n’était pas compris dans « le monde libre », les forces de la régénération nationale
s’employaient petit à petit à se libérer de la terreur. En avril 1956, M. Wladislav Gomulka (emprisonné
de 1951 à 1956 sous le régime Berman-Minc comme « déviationniste ») fut libéré et devint immédiatement le
symbole de l’espoir national, car bien qu’il fût communiste, il était polonais. Il fut rétabli au Comité
Central du Parti communiste polonais le 19 octobre 1956, et le 20 octobre fit quelque chose qui aurait pu changer
la tournure entière de notre siècle, n’était l’ombre qui tomba bientôt sur les événements qui suivirent
(cette fois depuis l’autre centre de « la question juive », la Palestine). Il présenta à la nation polonaise
une quasi-déclaration d’indépendance, attaqua « l’anarchie des douze dernières années », promit des élections et
déclara que « le peuple polonais se défendra avec tous les moyens possibles afin que nous ne soyons pas poussés
sur le bord de la route qui mène à la démocratisation ».
Il fit cela face à une visite éclair des chefs moscovites eux-mêmes. M. Khrouchtchev était accompagné par des
généraux et menaça d’utiliser l’Armée rouge. Il semble qu’il ait été totalement décontenancé par le front courageux
que lui offrirent M. Gomulka et, en particulier, M. Edward Ochab (lui aussi un « antisémite » dans l’article de M.
Sulzberger) qui dit, d’après le récit : « Si vous n’arrêtez pas vos troupes immédiatement, nous sortirons d’ici
et couperons tout contact ». L’armée polonaise était manifestement prête à défendre la cause nationale, et
M. Khrouchtchev capitula. Le maréchal Rokossovsky disparut à Moscou * et, en tant que symbole de la renaissance de
la nation, le cardinal Wyszynski (déchu de son office en 1953, sous le régime Berman-Minc) fut libéré.
L’allégresse se répandit sur toute la Pologne. La révolution avait enduré sa première défaite majeure ; la foi
avait été restaurée (c’était le sens de la libération du cardinal) ; la nation, abandonnée du monde extérieur,
avait fait un premier grand pas vers son auto-libération.
* Un bon exemple de la confusion introduite dans cet événement par la « question juive ».
Rokossovsky, né polonais et maréchal soviétique, stoppa l’avancée des troupes aux portes
de Varsovie en 1944 pour donner aux troupes SS et de la Gestapo le temps et la liberté de
massacrer l’armée de la résistance polonaise. Il était donc l’homme le plus haï de Pologne.
En même temps, les journaux new-yorkais le considéraient comme « antisémite ». Quel
sentiment général pesa le plus lourdement contre lui, on ne peut le déterminer à ce stade.
Immédiatement le feu de brousse se répandit en Hongrie. Le grand événement de Pologne fut oublié dans l’excitation
causée par un événement encore plus grand. Tous les processus de la nature humaine, le temps et la providence
semblaient enfin converger vers une fin heureuse.
En Hongrie, le 22 octobre 1956, deux jours après la déclaration polonaise d’indépendance, les gens se rassemblèrent
dans les rues pour réclamer le retour de M. Imre Nagy au poste de Premier ministre et le retrait des troupes
d’occupation soviétiques. Aucun d’entre eux ne réalisait à l’époque qu’ils étaient en train de démarrer un
soulèvement national qui devait se transformer en guerre nationale de libération.
L’étincelle venait de Pologne et le contexte était le même, à la différence que la Hongrie était en train de subir
sa deuxième épreuve aux mains des commissaires du peuple juifs. L’objet principal de sa peur et de sa haine à ce
moment-là était un certain Ernö Gerö, chef du Parti communiste hongrois et troisième chef terroriste juif de 1919
envoyé en Hongrie par Moscou pour y exercer la terreur. Ainsi dans cet événement, non seulement l’amertume accumulée
des années 1945-1956 explosa, mais aussi le souvenir de la terreur de 1918-1919.
M. Imre Nagy, comme M. Gomulka en Pologne, devint le symbole des espoirs nationaux à ce moment-là parce que c’était
un communiste « national ». C’est-à-dire que c’était un Magyar, de la même façon que Gomulka était un Polonais,
et non un étranger. Son rôle dans le processus de l’Histoire, si on lui avait permis de le remplir, aurait
probablement été de faire les premiers pas vers la restauration de la souveraineté nationale et de la liberté
individuelle hongroises, après quoi il aurait ouvert la voie à un successeur élu. Sa popularité symbolique au moment
du soulèvement national fut principalement due au fait qu’il avait été déchu de la fonction de Premier ministre en
1953, et exclu du Parti communiste en 1955 par les détestés Matyas Rakosi et Ernö Gerö.
En Hongrie, de même qu’en Pologne, la nation voulait des choses distinctes, toutes rendues claires par les
paroles et les actes des jours qui suivirent : la restauration de la foi nationale (symbolisée par la libération
du cardinal, emprisonné par les terroristes juifs), la libération de la nation (par le retrait des troupes
soviétiques), l’abolition de la police secrète terroriste et la punition des chefs terroristes. La réclamation
initiale de ces choses, toutefois, s’exprima par une manifestation pacifique, non par des émeutes ou un
soulèvement.* Elles se firent bruyantes après un discours violemment injurieux de Gerö, le leader du parti,
qui conserva ce poste quand le comité central du parti installa M. Nagy comme Premier ministre. Gerö
chargea alors les troupes soviétiques d’entrer dans Budapest et de rétablir l’ordre. Rencontrant des manifestants
Place du Parlement, rassemblés pour réclamer le renvoi de Gerö, les chars soviétiques et la police terroriste
de Gerö ouvrirent le feu, laissant les rues jonchées de morts et d’hommes et de femmes agonisants
(le 24 octobre 1956). Ce fut le début du véritable soulèvement ; la nation s’éleva à l’unisson contre les troupes
soviétiques et la police terroriste haïe, et en quelques jours la révolution communiste subit une défaite qui fit
ressembler celle de Pologne à une simple rebuffade.
* Le compte rendu le plus authentique de l’événement originel fut donné, pour des raisons
qui lui appartenaient, par le dictateur communiste yougoslave Tito, au cours d’un
programme national, le 15 nov. 1956. Il dit, parmi bien d’autres choses : « Quand nous
étions à Moscou, nous avons déclaré que le régime de Rakosi et Rakosi lui-même n’avaient
pas les qualifications nécessaires pour diriger l’état hongrois ou pour le guider vers l’unité
interne… Malheureusement, les camarades soviétiques ne nous ont pas crus… Quand les
communistes hongrois eux-mêmes ont réclamé le départ de Rakosi, les leaders soviétiques
ont réalisé qu’il était impossible de continuer dans cette voie et ont convenu qu’il devait être
destitué. Mais ils ont commis une erreur en ne permettant pas également la destitution de
Gerö et des autres partisans de Rakosi... Ils sont tombés d’accord sur la destitution de
Rakosi, à la condition expresse que Gerö reste en place... Il avait suivi la même politique et était aussi
coupable que Rakosi... Il qualifia ces centaines de milliers de manifestants, qui étaient
encore en train de manifester à l’époque, de populace » (un participant déclara que les
paroles de Gerö furent : « sales bandits fascistes, et d’autres termes trop grossiers pour les
répéter »)« ... Cela était assez pour mettre le feu au baril de poudre et le faire exploser... Gerö
fit appel à l’armée. C’était une erreur fatale de faire appel à l’armée soviétique au moment
où les manifestations étaient encore en cours... Cela a mis ces gens encore plus en colère, et
alors une révolte spontanée a suivi... Nagy a appelé le peuple aux armes contre l’armée
soviétique et a fait appel aux pays occidentaux pour qu’ils interviennent...»
Le cardinal fut libéré, M. Nagi s’auto-investit Premier ministre, le détesté Gerö disparut (sur la Riviera
de Crimée, en compagnie de Rakosi, selon la rumeur), la police terroriste fut pourchassée et ses quartiers démolis.
La statue de Staline fut jetée à terre et réduite en miettes ; partout les troupes hongroises aidèrent au
soulèvement ou restèrent passives ; les troupes soviétiques (qui à ce moment-là étaient principalement russes)
firent souvent preuve de solidarité envers les Hongrois et beaucoup de leurs chars furent détruits. Ce fut le moment
le plus prometteur de l’histoire de l’Europe depuis 1917, mais au loin le sionisme arrivait à la rescousse
pour sauver la révolution de sa déconfiture et en quelques jours, quelques heures même, tout ce qui
avait été gagné allait être détruit.
Il faudrait ici dresser le contexte en quelques mots, avant la description du second stade de la guerre des
Hongrois, parce que le cas de la Hongrie est probablement le plus significatif d’entre tous. Pour une raison ou
pour une autre, le pouvoir moscovite fut plus déterminé dans ce cas que dans aucun autre,
à identifier les juifs avec la terreur, si bien que l’expérience hongroise, plus fortement que toute
autre, indique un contrôle juif ou talmudique ininterrompu de la révolution elle-même depuis son siège de pouvoir
à Moscou.
Le régime de 1919 en Hongrie, que les Magyars eux-mêmes renversèrent après une terreur brève mais impitoyable,
avait été juif. La présence d’un ou deux non-juifs au sein du régime n’avait pas nuancé en cela, sa nature
essentielle. C’était la terreur de quatre principaux leaders juifs, soutenus par une majorité de subalternes
juifs, du nom de Bela Kun, Matyas Rakosi, Tibor Szamuely et Ernö Gerö, dont aucun ne pouvait être appelé Hongrois
et dont tous avaient été formés à leur tâche à Moscou.
Après la Seconde Guerre, des élections libres, pour quelque raison d’opportunisme politique, furent autorisées
en Hongrie (nov. 1945). Elles produisirent le résultat naturel : une immense majorité pour leParti des Petits
Propriétaires ; les communistes, malgré la présence de l’Armée rouge, firent une piètre performance. Ensuite,
Matyas Rakosi fut renvoyé en Hongrie (Szamuely s’était suicidé en 1919 ; Bela Kun disparut dans quelque purge
soviétique anonyme dans les années 30,mais en février 1956, sa mémoire fut solennellement « réhabilitée » au
Vingtième Congrès soviétique de Moscou, et on peut aujourd’hui voir cela comme une menace aux Hongrois de ce à
quoi ils devaient s’attendre en octobre 1956).
Avec l’aide de la police terroriste et de l’Armée rouge, Rakosi commença à détruire les autres partis et
les opposants, dont cinq (y compris le célèbre M. Laszlo Rajk) avaient été pendus par Gerö et lui
en 1949, après les « confessions » familières de conspiration avec « les pouvoirs impérialistes » (une allégation
qui laissa les pouvoirs impérialistes autant indifférents qu’ils étaient furieux de l’allégation de
« conspiration sioniste » en 1952). En 1948, la Hongrie, sous Rakosi, était complètement soviétisée et terrorisée.
Le terroriste en chef, sous Razkosi lui-même, était cette fois Ernö Gerö, qui avait quitté Moscou et
était aussi revenu en Hongrie après vingt ans ; il organisa le procès et ordonna l’incarcération du chef religieux
de Hongrie, le cardinal Mindszenty7 * (qui avant de disparaître incarcéré demanda à la nation de ne pas croire
à aucune confession qui lui aurait été imputée par ses géôliers). Après cela, la Hongrie fut placée pendant
plusieurs années sous la terreur de deux des hommes qui l’avaient crucifiée en 1919, et le gouvernement entier
devint « juif à 90 pour cent dans les postes haut placés ». Ainsi, pour les Hongrois aussi, la terreur fut-elle
juive et talmudique, et non communiste, soviétique ou russe, et on lui donna délibérément cette nature ;
le but du retour de Rakosi et de Gerö après la Seconde Guerre est on ne peut plus clair, et leurs actes furent tout
aussi clairs.
* Ce trait anti-chrétien invariable et délibéré apparut à nouveau dans le traitement subi par
le cardinal Mindszenty, dont il publia les détails après sa libération. En résumé, il dit avoir
été torturé par ses ravisseurs pendant les vingt-neuf jours et nuits entre son arrestation et
son procès, mis à nu, battu jour après jour avec un tuyau en caoutchouc, maintenu dans
une cellule froide et humide pour irriter ses poumons affaiblis, forcé de regarder des
spectacles obscènes, et interrogé sans pouvoir dormir durant toute cette période (interview
publiée dans de nombreux journaux et périodiques, décembre 1956).
En juin 1953, Rakosi démissionna de la fonction de Premier ministre et le Times annonça que « M. Gerö est
le seul juif restant au cabinet, qui sous M. Rakosi était en majorité juif ». Comme Rakosi demeura le leader du parti
et que Gerö était Vice-Premier ministre, rien ne changea guère, et en juillet 1956, quand Rakosi démissionna
également de la fonction de leader du parti, Gerö lui succéda à ce poste, avec les conséquences qui furen
visibles en octobre.
Même Gerö semble avoir fait de son « mieux » à ce moment-là, car après la victoire du peuple hongrois, les troupes
de l’Armée rouge se retirèrent (le 28 oct.) et deux jours plus tard (le 30 oct.), le gouvernement soviétique
retransmit au monde une déclaration admettant « des violations et des fautes qui enfreignaient les principes
d’égalité dans les relations entre les états socialistes », proposant de discuter de « mesures… pour supprimer
toute possibilité de violer le principe de souveraineté nationale », et d’entreprendre « d’examiner la
question des troupes soviétiques postées sur les territoires de Hongrie, de Roumanie et de Pologne ».
Était-ce une ruse, uniquement dans le but d’apaiser les populations le temps que l’assassin ait quelque répit,
ou était-ce une véritable retraite et une admission forcée d’erreur, ouvrant de formidables perspectives de
conciliation et d’espoir pour les populations ?
Si Israël n’avait pas attaqué l’Égypte... si la Grande-Bretagne et la France ne s’étaient pas jointes à cette
attaque... si ces choses n’étaient pas arrivées, le monde connaîtrait la réponse à cette question aujourd’hui.
Maintenant, il ne saura jamais, car l’attaque sioniste de l’Égypte, et la participation britannique et française,
libérèrent la révolution de son dilemme ; comme par magie, les yeux du monde spectateur se tournèrent depuis
la Hongrie vers le Moyen-Orient et la Hongrie fut oubliée. En vain, M. Nagy retransmit son appel au monde
le lendemain même, en disant que 200 000 hommes et cinq mille chars s’approchaient de la Hongrie.
Budapest fut pulvérisée. Le 7 novembre, la voix de la dernière radio libre hongroise disparut de l’antenne
(Radio Rakoczi à Dunapentele), tout comme la voix des Polonais avait disparu en 1944
et celle des Tchèques en 1939, léguant leurs misères à « l’Occident ».
« Ceci est notre dernière émission. Nous sommes submergés par les chars et les avions soviétiques ». Ces paroles,
rapporte le correspondant de Vienne au New York Times, « furent suivies d’un bruit de fracas tonitruant.
Puis ce fut le silence. »
M. Nagy se réfugia à l’ambassade de Yougoslavie, et alors qu’il la quittait sous sauf-conduit soviétique,
il fut déporté quelque part on ne sait où. Le cardinal trouva refuge à l’ambassade Américaine. Fin
novembre, le délégué cubain aux Nations unies, une autorité bien informée, déclara que 65 000 personnes avaient
été tuées en Hongrie. Plus de 100 000 avaient maintenant fui, traversant la frontière autrichienne, un petit pays
qui maintenait les standards en miettes de « l’Occident » en acceptant tous ceux qui arrivaient sans poser de
questions. Quelques milliers de ces personnes atteignirent l’Amérique, où ils furent reçus par le secrétaire
de l’armée américaine, un certain M. Wilbur M. Brucker, qui leur ordonna « d’applaudir le drapeau
américain » et ensuite « d’applaudir le président Eisenhower ».
Ce furent véritablement dix jours qui bouleversèrent le monde, et le bouleverseront encore plus si la
véritable histoire est jamais racontée. Ils montrèrent que les valeurs qui autrefois étaient
symbolisées par ces deux mots : « L’Occident », étaient maintenant incarnées dans ces populations captives
d’Europe de l’Est, et non dans l’Amérique, l’Angleterre ou la France.
Ces pays avaient le dos tourné à la scène hongroise. Ils étaient absorbés par les événements au Moyen-Orient.
« La question juive » au Moyen-Orient intervint à nouveau pour effacer l’aube d’un nouvel espoir en Europe.
Une fois encore, le communisme révolutionnaire et le sionisme révolutionnaire œuvrèrent comme en parfaite
synchronisation, comme en octobre 1917 ; les actes de l’un profitèrent directement à l’autre. Les Nations unies
ne purent trouver le temps de discuter de l’appel au secours hongrois avant que la nouvelle terreur
n’écrase les appelants et ne restaure les agents homologués de la révolution aux places de délégués.
En Hongrie elle-même, la place de Gerö volatilisé fut prise par un autre commissaire du peuple de 1919.
M. Ference Münnich, qui avait alors joué un rôle important dans le régime de Bela Kun, et était lui
aussi revenu en Hongrie après la Seconde Guerre, avec l’Armée rouge. De 1946 à 1949, alors que Rakosi
mettait un frein à la seconde terreur, M. Münnich était le chef de la police de Budapest. Là, il devint
« Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et de la Sécurité publique » au gouvernement d’un
certain Janos Kadar, installé par Moscou. M. Kadar aussi avait plus ou moins un passé d’indépendance, et
donc il était peu probable qu’on lui autorise à exercer un quelconque pouvoir. M. Münnich (rapporte le New York
Times) était « l’atout en réserve de Moscou, contrôlant M. Kadar ».
De cette façon, la nuit tomba à nouveau sur la Hongrie, et elle dut trouver le réconfort qu’elle pouvait
dans les paroles du président, selon lesquelles il était désolé pour elle. La bombe à retardement au
Moyen-Orient, à l’origine posée là la semaine même du triomphe de la révolution bolchevique à Moscou,
explosa au moment du fiasco et de la défaite de la révolution. La diversion changea la situation la plus
prometteuse depuis de nombreuses années en son opposé le plus sombre. L’Union soviétique ne fut guère inquiétée
dans son entreprise de massacre en Hongrie tandis que les grandes puissances occidentales commençaient à se
disputer entre elles à propos d’Israël, de l’Égypte et du canal de Suez ; le monde entier se tourna pour les
regarder, et l’État soviétique, le sang d’une nation européenne sur les mains, put se joindre à l’anathème
général de la Grande-Bretagne et de la France quand elles se joignirent à l’attaque israélienne.
La création de l’État sioniste se révéla être encore plus de mauvais augure que l’autre création des juifs
talmudiques de Russie, la révolution communiste. La seconde partie de ce compte rendu des
années de paroxysme a donc à voir avec les événements dans l’État sioniste, pendant les huit ans entre
sa création par la terreur en 1948 et son attaque de l’Égypte en octobre 1956.
- L'État sioniste
En ces années-là, le petit État improprement nommé « Israël » se révéla être quelque chose d’unique
dans l’histoire. Il était gouverné, tout comme il fut conçu, installé et en grande partie peuplé, par des
juifs non sémitiques de Russie, de la race des Khazars. Fondé sur une tradition tribale datant de l’Antiquité,
avec laquelle ce peuple ne pouvait avoir aucun lien de sang imaginable, il développa un chauvinisme féroce basé
sur l’application littérale de la Loi des Lévites dans l’ancienne Juda. Minuscule, il n’avait pas d’existence
en propre et dès le début vécut seulement des richesses et des armes que ses puissants sympathisants des grands
pays occidentaux pouvaient soutirer à leurs pays. Pendant ces années, il l’emporta sur les seigneurs de la guerre
les plus belliqueux de l’Histoire, dans des paroles et des actions guerrières. Dirigé par des hommes de la même
origine que ceux qui exerçaient la terreur en Pologne et en Hongrie, il menaça quotidiennement les sept peuples
sémitiques voisins de la destruction et de l’asservissement prescrits pour eux dans le
Deutéronome des Lévites.
Il fit cela dans la croyance non dissimulée que son pouvoir dans les capitales occidentales était suffisant
pour dissuader les gouvernements de ces pays de jamais contredire sa volonté, et pour ordonner leur soutien en
toutes circonstances. Il se comportait comme si l’Amérique, en particulier, était sa colonie, et
les actes de ce pays se conformaient à cette idée. À l’intérieur de ses frontières, ses lois contre la conversion
et le mariage mixte étaient celles du ô combien cité Hitler ; au-delà de ses frontières s’étendait une horde
d’Arabes indigents, qu’il avait repoussés dans le désert, et dont le nombre s’éleva, par les naissances, à presque
un million au cours de ces huit ans. Par des massacres et des raids répétés, on rappela à ces populations, et à
leurs hôtes involontaires, que le sort de Deir Yassin leur pendait au nez aussi : « détruis totalement, homme,
femme et enfant,... ne laisse rien en vie qui respire ». Les pays occidentaux, ses créateurs, murmurèrent des
reproches tout en lui envoyant de l’argent et les moyens nécessaires à la guerre qu’ils prétendaient craindre ;
ainsi, comme Frankenstein, ils créèrent l’organisme destructeur qu’ils ne pouvaient contrôler.
Fondé sur l’imagination, le petit État n’avait pas d’existence réelle, juste le pouvoir de répandre le malaise
de par le monde, qui dès le moment de sa création n’eut aucun véritable moment de répit pour sortir de la peur.
Il commença à accomplir les paroles de la Promesse ancienne : « À partir d’aujourd’hui, je répandrai la terreur
et la crainte de toi parmi les peuples qui sont sous tous les cieux... qui seront
dans l’angoisse à cause de toi ».
Abandonné à ses propres ressources, il se serait effondré, tout comme le « Foyer National juif » des années de
l’entre-deux-guerres se serait effondré. L’envie puissante de le quitter une fois encore commença à surmonter
l’envie puissante d’y entrer, et cela en dépit du pouvoir du chauvinisme, qui pendant un temps triomphe de presque
toutes les autres impulsions chez ceux qui y cédent. En 1951, déjà, les départs auraient dépassé les arrivées,
excepté que l’ « ouverture incroyable » mentionnée plus tôt (New York Herald Tribune, avril 1953)
se fit alors « dans le Rideau de Fer » (où les ouvertures n’ont guère lieu, à moins d’être intentionnelles ;
l’État communiste révolutionnaire avait à l’évidence un but calculé en réapprovisionnant l’État sioniste
révolutionnaire avec des habitants à cette période). Néanmoins, en 1952, 13 000 émigrés partirent et
seulement 24 470 entrèrent, et en 1953 (la dernière année pour laquelle je possède des chiffres),
l’émigration dépassa l’immigration, selon l’Agence juive. Un certain Dr Benjamin Avniel, prenant la parole
à Jérusalem, dit au mois de juin que dans les cinq premiers mois, 8500 immigrants étaient arrivés et
25 000 personnes étaient parties.
C’était l’évolution naturelle, si « Israël » était livrée à elle-même, car elle n’avait rien d’autre à offrir
que le chauvinisme. Le portrait des conditions de vie sur le territoire est donné par les autorités juives. M.
Moshé Smilanski (fort de soixante ans d’expérience en Palestine) écrivit dans la Jewish Review
de février 1952 :
« Quand le mandat britannique a pris fin, le pays était riche. Les entrepôts alimentaires, privés et
gouvernementaux, étaient pleins et il y avait un bon stock de matières premières. Le pays avait trente
millions de livres à la Banque d’Angleterre, en plus de fonds britanniques et américains en grande quantité.
La monnaie en circulation était d’environ trente millions de livres, qui avaient la même valeur que la
livre sterling… Le gouvernement mandataire nous a laissé un héritage de valeur, le port profond d’Haïfa,
deux digues à Jaffa et Tel Aviv, des chemins de fer, de nombreuses routes et des bâtiments gouvernementaux
de qualité, des terrains d’aviation militaires et civils très bien équipés, des casernes militaires de qualité
et les raffineries de Haïfa. Les Arabes qui ont fui ont laissé derrière eux environ cinq millions de dounams
de terre cultivable, comprenant des vergers, des orangeraies, des oliveraies, des vignes et des arbres
fruitiers, environ 75 000 maisons d’habitation en ville, dont certaines très élégantes, environ 75 000 magasins,
usines et biens mobiliers, des meubles, des tapis, des bijoux, etc. Tout ceci représente de la richesse,
et si nous, en Israël, sommes tombés dans la pauvreté, nous accusons l’excessive centralisation bureaucratique,
la restriction de l’entreprise privée et la promesse d’un régime socialiste pour notre époque ».
En avril 1953, M. Hurwitz du Parti révisionniste d’Israël parla, devant une audience juive à Johannesburg,
de la « dégradation » de l’État sioniste. Il dit qu’il ne pouvait rester aveugle à cette situation
alarmante : « Économiquement, le pays est au bord de la faillite. L’immigration a diminué et durant les derniers
mois, il y a eu plus de gens qui ont quitté le pays qu’il n’y en a qui y sont entrés. De plus, nous avons 50
000 chômeurs et des milliers de plus qui sont au chômage partiel ».
On pourrait comparer ces deux citations (j’en ai de nombreuses autres d’une teneur similaire) venant de résidents
juifs, à l’image de la vie en Israël que les populations occidentales recevaient de leurs hommes politiques.
Un certain M. Clement Davies (leader du Parti libéral britannique, qui avait 401 sièges à la Chambre des communes
en 1906, et 6 sous son leadership, en 1956), devant une audience juive à Tel Aviv, « salua les progrès en cours
dans l’État juif, qui pour lui semblaient être un miracle de progrès le long de la voie de la restauration du pays
à une terre où coulaient le lait et le miel » (publié dans le même journal juif que les remarques de M. Hurwitz).
À la même période, M. Franklin D. Roosevelt Junior, en campagne électorale à New York (où « le vote juif » est
considéré comme décisif) dit : « Israël est une parcelle de vie et d’espoir dans l’océan des populations arabes
grouillantes. Elle « vend la liberté » pour le monde libre avec plus de succès que toute la propagande que nous
avons pu envoyer des États-Unis d’Amérique ».
M. Adlai Stevenson, faisant campagne pour la présidence de 1952, dit au public sioniste qu’ « Israël a accueilli
parmi elle, à bras ouverts et chaleureusement, tout son peuple en recherche d’un refuge contre l’adversité...
L’Amérique ferait bien de prendre exemple, concernant ses propres politiques d’immigration, sur la générosité de
la nation d’Israël, et nous devons œuvrer dans ce but » (la seule signification possible à cela est que
le peuple américain devrait être chassé des États-Unis et qu’on devrait rendre leurs terres aux Indiens
nord-américains). Un autre aspirant à la présidence, un certain M. Stuart Symington, dit qu’« Israël est un
exemple de la manière dont la détermination, le courage et l’action constructive peuvent finir par l’emporter,
pour les idéaux démocratiques, au lieu d’abandonner le terrain à l’impérialisme soviétique » (à environ la même
période, les professeurs de l’État israéliens étaient en train de chanter le Drapeau Rouge par décret
gouvernemental, le Premier Mai, tandis que les politiciens de Washington et de Londres
fulminaient contre « l’antisémitisme derrière le Rideau de Fer »).
Face à l’inversion prolongée de la vérité par les hommes politiques de tous les partis d’Amérique et d’Angleterre,
seules des protestations juives, comme dans les décennies précédentes, se firent entendre (pour la raison donnée
auparavant, qui est que l’on empêcha efficacement les écrivains non-juifs de publier de telles protestations).
M. William Zukerman écrivit :
La théorie généralement acceptée selon laquelle l’émergence de l’État d’Israël servirait à unifier et à cimenter
le peuple juif s’est révélée fausse. Au contraire, le Congrès » (le Congrès sioniste de Jérusalem, 1951)
« a démontré de manière dramatique que la création d’un État politique juif après deux mille ans a introduit une
nouvelle et puissante distinction, que les juifs en tant que groupe n’ont pas connue depuis des siècles, et
qu’il est probable qu’Israël séparera plutôt qu’elle n’unira les juifs à l’avenir... D’une façon quelque peu mystique,
Israël est censée avoir une juridiction unique sur les dix à douze millions de juifs qui vivent dans tous les
pays du monde en dehors d’Israël… Elle doit continuer à s’agrandir en important des juifs du monde entier, peu
importe s’ils vivent heureux dans leur pays actuels... Les juifs qui vivent dans ces pays depuis des générations
et des siècles, doivent selon cette théorie être « rachetés » de « l’exil » et amenés en Israël par un procédé
d’immigration de masse... Les leaders israéliens de tous les partis, depuis l’extrême droite jusqu’à l’extrême gauche,
y compris le Premier ministre Ben Gourion, ont commencé à exiger que les juifs américains, et particulièrement
les sionistes, tiennent leurs engagements envers l’ancienne patrie, quittent « l’exil » américain et s’installent en
Israël, ou au moins y envoient leurs enfants... Le Congrès de Jérusalem a officiellement marqué la fin de la gloire
du sionisme américain et l’inauguration d’une période d’intense nationalisme moyen-oriental... façonné sur le modèle
de feu Vladimir Jabotinsky, qui rêva d’un grand État juif sur les deux rives du Jourdain, pour y inclure tous les
juifs et pour devenir la plus grande puissance militaire du Proche-Orient ».
M. Lessing J. Rosenwald protesta de façon similaire :
« Nous déclarons notre invariable opposition à tous les programmes destinés à transformer les juifs en un bloc
nationaliste aux intérêts particuliers dans l’État étranger d’Israël. La politique dictée par M. Ben Gourion pour
le sionisme américain encourage les sionistes à intensifier leurs efforts pour organiser les juifs américains en
bloc de pression politique indépendant, aux États-Unis. Ce programme est destiné à transformer les juifs américains
en colonie spirituelle et culturelle d’un État étranger… Nous pensons que le nationalisme « juif » est une distorsion
de notre foi, la réduisant, depuis des dimensions universelles, aux dimensions d’une secte nationaliste ».
Les protestations juives, c’était tout naturel, étaient suscitées par la crainte de l’effet du sionisme, en tant
que générateur de discorde, sur les juifs. Cela n’était qu’un aspect infime du problème : le véritable danger du
sionisme se trouvait dans sa capacité à diviser les nations du monde entre elles et à les amener à entrer
en collision, catastrophe dans laquelle les grandes populations de l’humanité seraient impliquées dans une proportion
de cent ou d’un millier pour chaque juif.
Décrire cette évidente probabilité était une hérésie dans les années 1950, et les protestations non-juives restèrent
impubliées, tandis que les protestations juives furent inefficaces. En 1953, le journal juif de New York,
Commentary, fut ainsi en mesure d’annoncer que la catastrophe prévisible s’était rapprochée un peu plus,
en ces termes : « La survie et la consolidation d’Israël sont devenues un élément définitif de la politique
étrangère des États-Unis et aucun résultat ou changement électoral n’affecteront cela ».
Voilà, une fois encore, la mystérieuse référence à un pouvoir supérieur à tous les présidents, Premiers ministres
et partis sur lesquels j’ai attiré l’attention plus haut. C’est ce que M. Léopold Amery, l’un des ministres
britanniques responsables de la Palestine durant la période de l’entre-deux-guerres, dit un jour : La politique
est fixée et ne peut changer. Le secret intime de toute l’affaire est contenu dans ces affirmations menaçantes,
dans lesquelles l’accent d’autorité et de connaissance supérieure est clair. Elles sont laconiques, mais
spécifiques et catégoriques, et expriment la certitude que l’Occident ne peut, et ne voudra se retirer du jeu de
l’ambition sioniste en aucune circonstance. La certitude doit reposer sur quelque chose de plus solide
que les menaces, ou même la capacité à influencer « le vote juif » et la presse publique d’une façon ou d’une autre.
Le ton est celui de maîtres qui savent que les galériens doivent faire ce qu’on leur ordonne parce
qu’ils sont enchaînés et ne peuvent s’échapper. Le New York Times, dont j’estime qu’il s’exprime avec autorité
au nom du « pouvoir juif » dans le monde, a souvent fait allusion à cette secrète entente, ou capitulation, ou quoi
que cela puisse être dans sa nature : par exemple, « En essence, le soutien politique que l’État d’Israël a aux
États-Unis rend toute décision antagoniste aux intérêts israéliens impossible à envisager pour une administration
américaine » (1956). Si cela fait juste allusion au contrôle de la machine électorale, cela veut dire que la méthode
de gouvernement parlementaire par les « élections libres » a été complètement falsifiée. À mon avis, c’est le cas
en Occident en ce qui concerne le présent siècle.
Cette situation en Occident seul a permis au nouvel État de survivre. Il a été maintenu en vie par des infusions
d’argent venu d’Amérique. Commentary (cité plus haut) a déclaré qu’en juin 1953, l’aide totale du
gouvernement des États-Unis à Israël s’élevait à $ 293 000 000 avec un supplément de $ 200 000 000 sous forme de
prêts bancaires Import-Export. Le représentant du programme d’« assistance technique » du président Truman à
Jérusalem déclara (octobre 1952) qu’Israël avait reçu la plus grosse part parmi tous les pays du monde,
proportionnellement à sa population, et plus que tous les États du Moyen-Orient additionnés.
Le New York Herald-Tribune (12 mars 1953) dit que le montant total d’argent américain, y compris
les prêts et les cadeaux personnels, se monta à « plus de $ 1 000 000 000 durant les cinq premières années
de l’existence d’Israël », qui ainsi, ajouta le journal, fut « assurée ». En plus de tout cela, vint le tribut
annuel allemand, soutiré par le gouvernement américain, de 520 000 000 livres israéliennes. Je n’ai pu trouver les
chiffres officiels pour le total cumulé jusqu’en 1956 ; le délégué syrien aux Nations unies, après l’une des
attaques sionistes de cette année, a dit que « depuis 1948, un flot de $ 1 500 000 000 coule des États-Unis
jusqu’en Israël sous forme de contributions, de subventions, de bons et de prêts » (même ce chiffre exclue
les paiements allemands et autres formes de tributs occidentaux).
On n’a jamais vu rien de tel dans le monde auparavant. Un État financé ainsi depuis l’étranger peut bien se
permettre (financièrement) d’être belliqueux, et l’attitude menaçante du nouvel État n’a été rendue possible
que par cet afflux massif d’argent occidental, principalement américain. Assuré de ce soutien financier sans
réserve et d’un soutien politique à Washington qui ne pouvait changer, le nouvel État mit en œuvre son
ambition grandiose : restaurer dans sa pleine puissance, au vingtième siècle de notre ère, la « Nouvelle Loi »
promulguée par les Lévites dans le Deutéronome en 621 av. J.C. Tout ce qui devait arrivé serait
« l’accomplissement » de la loi ; les Khazars mongols devaient voir que Jéhovah honorait son contrat, tel que
les Lévites l’avaient publié. Et les « païens » amenant les trésors terrestres à Jérusalem sous la forme
de l’argent américain, du tribut allemand et du reste, était en fait perçu comme un acompte provisionnel
sur l' « accomplissement de la promesse de Jéhovah».
Avec un porte-monnaie ainsi bien rempli, le petit État commença à poursuivre le fantasme d’un « accomplissement »
entier et littéral, qui est de voir, au moment de la fin miraculeuse, tous les grands de la terre rabaissés,
Sion toute-puissante et tous les juifs « rassemblés ». Il rédigea la charte de ce « rassemblement » : la
« loi de la nationalité », qui rendait israéliens tous les résidents juifs de l’État sioniste, et la
« loi du retour », qui revendiquait Israël pour tous les juifs partout dans le monde, et dans les deux cas,
qu’ils le veuillent ou non. *
* La Loi du Retour, de 1953, dit entre autres : « Le rassemblement des exilés requiert des
efforts constants de la part de la nation juive dispersée, et l’État d’Israël s’attend donc à la
participation de tous les juifs, soit à titre personnel soit par le biais d’organisations, à
l’édification de l’État et à l’assistance à l’émigration de masse, et voit la nécessité pour
toutes les communautés juives de s’unir dans ce but ». Un état permanent d’« antisémitisme » dans le monde
est de toute évidence le pré-requis pour la réalisation de cette loi, et comme le groupe le plus important
de juifs dans le monde se trouve actuellement en Amérique, une situation « antisémite » là-bas devrait
manifestement être déclarée à quelque étape du processus.
Telles étaient les lois qui, telles des fantômes issus des ghettos disparus, alarmèrent M. Zukerman et
M. Rosenwald. Elles expriment la plus grande ambition jamais proclamée par aucun État dans l’histoire, et
le Premier ministre, un certain M. Ben Gourion de Russie, fut explicite à ce sujet en de nombreuses occasions,
par exemple dans son message du 16 juin 1951 aux sionistes d’Amérique : « Une opportunité rare a été donnée
à notre organisation pour ouvrir la voie à un mouvement sioniste unificateur et uni qui se tiendra à la tête de
la communauté juive américaine, à la grande époque qui s’ouvre au peuple juif avec l’établissement de l’État
et le début du rassemblement des exilés à l’intérieur de ce dernier ». Le rabbin Hillel Silver, proche
collaborateur du président Eisenhower, exprima la satisfaction particulière que « M. Ben Gourion accepte
maintenant la vision que les tâches principales du mouvement sioniste, c’est le cas jusqu’à maintenant,
incluent le programme complet et non tronqué du sionisme ». À New York, en juin 1952, M. Ben Gourion fut plus
explicite : « L’État juif n’est pas l’accomplissement du sionisme... Le sionisme englobe tous les juifs en
tous lieux ». Le second président d’Israël, M. Ben Zvi, lors de son investiture en décembre 1952, dit :
« Le rassemblement [en Israël] des exilés demeure toujours notre tâche centrale et nous ne reculerons pas...
Notre tâche historique ne sera pas accomplie sans l’assistance de la nation entière en Occident et en
Orient ».
Le monde aurait lancé un concert de protestations si un kaiser ou un Hitler avait dit de telles choses.
L’ambition exprimée par des paroles telles que « le programme complet et non tronqué du sionisme » est en fait
illimitée, car c’est le programme politique contenu, sous l’apparence d’un contrat avec Jéhovah, dans la Torah :
la domination mondiale des « païens », exercée depuis un empire s’étendant du Nil à l’Euphrate. Le soutien
des gouvernements occidentaux a amené à la réalité ce qui autrement serait la prétention
la plus absurde de toute l’histoire.
Que les hommes politiques occidentaux comprissent la pleine signification de ce qu’ils faisaient semblait
impossible jusqu’en 1953, lorsqu’une déclaration fut faite qui sous-entendait cette pleine compréhension.
En mai 1953, M. Winston Churchill, alors Premier ministre britannique, se disputait avec le Premier ministre
égyptien à propos du canal de Suez et le menaça, non pas de châtiment britannique mais de châtiment juif.
Il parla, au Parlement, de l’armée israélienne comme de « la meilleure du Levant » et dit que « rien de ce
que nous ferons dans l’approvisionnement en avions de cette partie du monde ne permettra qu’Israël soit placée
en position désavantageuse ». Puis il ajouta, dans des termes très analogues à ceux de M. Ben
Gourion et du rabbin Hillel Silver, qu’il « attendait l’accomplissement des aspirations sionistes ».
En aparté, voilà probablement l’engagement le plus grand jamais pris par un chef de gouvernement au nom d’une
nation peu soupçonneuse. Le Parlement israélien fit immédiatement part de sa satisfaction concernant « l’attitude
amicale de M. Churchill envers le gouvernement israélien actuellement, et envers le mouvement sioniste
durant toute son existence ». Le public d’Angleterre lut ces mots sans comprendre, si jamais il les lut.
Ils stupéfièrent de nombreux juifs, parmi lesquels même M. A. Abrahams, qui en révisionniste au long
cours aurait pu, logiquement, être ravi (les révisionnistes poursuivent ouvertement l’ambition de feu
M. Jabotinsky d’« un grand État juif sur les deux rives du Jourdain, pour y inclure tous les juifs et pour
devenir la plus grande puissance militaire du Proche-Orient » - M. William Zukerman).
M. Abrahams demanda avec étonnement, et même avec un soupçon d’inquiétude, si les paroles de M. Churchill étaient
vraiment sincères, disant : « Le Premier ministre est un vieil étudiant de la Bible ; il sait très bien que les
aspirations sionistes demeurent inaccomplies jusqu’à ce qu’Israël soit pleinement rétablie à l’intérieur
des frontières historiques, la terre des Dix Tribus ».
Cette « aspiration », bien-sûr, ne peut être « accomplie » sans guerre universelle, et c’est manifestement
la raison pour laquelle M. Abrahams fut interloqué, et presque atterré. Les paroles de M. Churchill, si elles
étaient réfléchies et délibérément intentionnées, signifiaient le soutien à l’ambition grandiose dans toute
sa littéralité, et le prix ultime de cela ne pouvait être que l’extinction de « l’Occident »
tel qu’on l’a toujours connu. *
* Un événement du mois précédent, en avril 1953, avait déjà montré que M. Churchill était
préparé à aller plus loin, dans ses hommages au sionisme, que nul n’aurait pensé qu’il était
possible à en juger par ses annales et sa légende nationales. Ce mois-là, il s’associa avec
ostentation à la canonisation sioniste d’un officier anglais du nom d’Orde Wingate, et ce
faisant, humilia le peuple anglais en général, et en particulier tous les fonctionnaires,
officiers et soldats britanniques qui pendant trente ans avaient accompli loyalement leur
devoir en Palestine. Wingate, officier des renseignements britanniques en Palestine durant
les années de l’entre-deux-guerres, tellement éloigné de l’impartialité honorable, entre
Arabes et Juifs, qui était la fierté et le devoir de ses camarades, jusqu’à en devenir non pas
un simple ennemi des Arabes, mais un renégat envers son pays et son métier. Sa perfidie
fut d’abord rendue publique lors de l’occasion où M. Ben Gourion, dédiant un village
d’enfants sur le Mont Carmel à la mémoire de Wingate (il fut tué durant le Seconde Guerre)
dit : « Il était prêt à se battre avec les juifs contre son propre gouvernement » et au temps du
Livre blanc britannique de 1939 « il vint me trouver avec l’intention de combattre la politique
britannique ». Une des propositions de Wingate était de faire exploser un oléoduc
britannique.
M. Churchill, dans son message lu lors de la cérémonie de consécration,
décrivit le village nommé d’après Wingate comme « un monument à l’amitié qui devrait
toujours unir la Grande-Bretagne à Israël », et le ministre britannique fut prié d’y assister
en guise de témoignage officiel de l’approbation du gouvernement britannique. Ainsi, le
Britannique tellement honoré dans l’État sioniste avait-il trahi son devoir, et le Premier
ministre britannique de l’époque se joignit à ces honneurs.
L’histoire significative du service dans l’armée de Wingate est donnée dans le livre du Dr Chaim Weizmann.
Le Dr Weizmann, qui parle avec indulgence des efforts de Wingate pour se faire bien voir des colons sionistes
en essayant de parler hébreu, dit que c’était « un sioniste fanatique ». En fait, Wingate était
un homme très similaire au prophète Monk du siècle précédent, mais avec les moyens de ce
dernier, il fut en mesure de faire beaucoup plus de mal. Il copia sur Monk en essayant de
ressembler à un prophète judaïte, en se laissant pousser la barbe, et il trouva visiblement sa
véritable vocation sur la terre de Judas. Il était soit dément, soit totalement instable, et fut
déclaré par l’armée britannique « trop déséquilibré pour commander à des hommes d’une
manière responsable ». Il se tourna alors vers le Dr Weizmann, qui demanda à un médecin
important de Londres (Lord Horder, un ardent sympathisant sioniste) de témoigner devant
le Conseil médical de l’armée « du sérieux et du sens des responsabilités de Wingate ».
Comme résultat de ce parrainage, Wingate « reçut une affectation au poste de capitaine des
services de renseignements en Palestine », avec le résultat prévisible relaté plus haut.
Pendant la Seconde Guerre, cet homme, entre tous les hommes, fut désigné pour recevoir
les honneurs particuliers par M. Churchill, et fut rappelé à Londres au moment de la
Conférence de Québec pour recevoir la promotion de général de division. Le Dr Weizmann
dit que le « désir qui le consumait » était de mener une armée britannique jusque dans
Berlin. Le contexte du récit du Dr Weizmann suggère que cette opération aurait été dirigée
par une brigade juive menée par Wingate, si bien que l’événement aurait adopté la nature
visible d’un triomphe talmudique, détaché des couleurs d’une « victoire britannique ». « Les
généraux », conclut le Dr Weizmann, prévinrent cette humiliation ; leur refus « fut total et
définitif ». L’épisode fait à nouveau ressortir la nature inégale et énigmatique de M.
Churchill, qui prêchait l’honneur, le devoir et la loyauté de façon plus éloquente qu’aucun
autre avant lui, et demandait sans ménagement à une nation aux abois de donner son
« sang et sa sueur, son labeur et ses larmes » pour ces principes éternels. Il avait vu l’un de
ses propres ministres assassiné et des sergents britanniques symboliquement pendus « à un
arbre », et pourtant il patronna spécialement cet homme, de son vivant, et le distingua pour
recevoir les honneurs à sa mort.
M. Churchill, à une période antérieure, abandonna un jour
la tâche d’écrire la vie de son illustre ancêtre à cause d’une lettre qui paraissait prouver que
John Churchill, Duc de Marlborough, avait trahi une attaque imminente par la flotte
britannique de son ennemi de l’époque, les Français. « La trahison de l’expédition contre
Brest », écrivait-il alors, « fut un obstacle que je ne pouvais regarder en face » ; et de honte, il
refusa d’écrire la biographie, changeant seulement d’avis quand il se persuada que la lettre
était un faux. Pourtant, même dans ce livre, sa conception de la loyauté n’est pas évidente à
suivre, car dans sa préface il accepte comme naturel et même juste le premier acte avéré de
traîtrise de la part de Marlborough, quand il quitta Londres à cheval en tant que
commandant du Roi Jacques pour rencontrer les armées d’invasion allemande et
hollandaise de Guillaume d’Orange, et passa à l’ennemi, de sorte que l’invasion de
l’Angleterre réussit sans qu’un coup de feu anglais ne soit tiré.
L’événement du 30 octobre 1956 (bien qu’il fut ordonné par l’héritier désigné de Sir Winston) semble montrer
que les paroles de M. Churchill au mois de mai 1953, avec tout ce qu’elles présageaient pour son pays, étaient
prononcées sérieusement. Si l’Occident, tel que ces paroles le laissaient à entendre, était secrètement employé à
« l’accomplissement [inconditionnel] des aspirations sionistes », cela pouvait seulement signifier une guerre
plus importante que l’Occident ait encore jamais subie, dans laquelle ses armées joueraient le rôle de
pions dans un jeu désastreux, dans le but de diviser les peuples chrétiens, d’écraser les peuples musulmans,
d’installer l’empire sioniste, et ensuite de servir de janissaires à ce dernier. Dans ce grand
jeu risqué, on attendrait des juifs partout dans le monde, de quelque côté de l’apparente ligne de combat
qu’ils se trouvassent, qu’ils agissent dans l’intérêt primordial de Sion, selon la « loi du retour ». On
peut avoir une idée de ce que cela pouvait signifier dans un article publié dans le Jewish Herald de
Johannesburg le 10 novembre 1950, à propos d’un épisode secret de la Seconde Guerre. Selon cet article,
quand la production d’armes atomiques démarra, « une proposition fut faite au Dr Weizmann de rassembler
quelques-uns des scientifiques juifs les plus éminents afin d’établir une équipe qui négocierait avec
les alliés dans l’intérêt de la communauté juive... J’ai vu le projet dessiné dans ses grandes lignes et
soumis au Dr Weizmann par un scientifique qui avait lui-même atteint une certaine renommée dans le
domaine de l’invention militaire ».
La menace est claire, avec de telles paroles. Quant à « l’accomplissement des aspirations sionistes », par
ces moyens ou d’autres, le Dr Nahum Goldman, leader de l’Organisation sioniste Mondiale, fit une déclaration
significative devant une audience juive à Johannesburg en août 1950. Décrivant une interview avec M. Ernest
Bevin, alors ministre des Affaires étrangères, le Dr Goldman dit : « Ce minuscule pays (Israël) est un pays
vraiment unique, sa position géographique est unique. Du temps où on tentait d’obtenir l’État juif avec le
consentement du gouvernement britannique, et au cours de l’une des discussions privées que j’eus Mr.Bevin,
il dit : « Est-ce que vous savez ce que vous êtes en train de me demander ? Vous êtes en train de me demander
de vous donner la clé de l’une des régions les plus vitales et stratégiques au monde. » Et j’ai répondu :
« Il n’est écrit ni dans le Nouveau ni dans l’Ancien Testament que c’est la Grande-Bretagne qui doit
avoir cette clé ».
M. Churchill, si ses paroles étaient pleinement intentionnelles, était apparemment prêt à tendre la clé,
et après la mort de M. Bevin, tous les autres à Washington et Londres semblaient tout aussi prêts.
Les effets sont déjà clairement visibles et prévisibles, et ces effets ne peuvent plus être excusés par le hasard.
Ici, un grand projet s’avance clairement vers son accomplissement ou son fiasco, avec les grandes
nations d’Occident faisant office d’escorte armée et elles-mêmes assurées d’être humiliées si ce projet réussit ;
elles ressemblent à un homme qui prend un travail à la condition que son salaire baissera si
l’entreprise prospère.
À chacune de ses étapes de mauvais augure, cette aventure a été discutée en tant que projet parmi les initiés.
J’ai précédemment cité les paroles de Max Nordau au sixième Congrès sioniste de 1903 :
« Laissez-moi vous montrer les barreaux d’une échelle qui mène toujours plus haut... la prochaine guerre mondiale,
la conférence de paix où, avec l’aide de l’Angleterre, une Palestine libre et juive sera
construite. »
Vingt-cinq ans plus tard, un sioniste important en Angleterre, Lord Melchett, parla sur le même ton de la
connaissance secrète aux sionistes de New York : « Si je m’étais tenu là en 1913 et que je vous avais dit
« Venez à une conférence pour discuter de la reconstruction d’un foyer national en Palestine », vous m’auriez
regardé comme un rêveur oisif, même si je vous avais dit en 1913 que l’archiduc d’Autriche serait tué et que
de tout ce qui suivrait viendrait la chance, l’opportunité, l’occasion d’établir un foyer national pour les juifs,
en Palestine. Ne vous êtes vous jamais dit combien il était remarquable que du bain du sang mondial, cette
opportunité soit née ? Croyez-vous vraiment que nous ayons été ramenés en Israël par un simple coup de
chance ? » (Jewish Chronicle, 9 novembre 1928).
Aujourd’hui, la Troisième Guerre mondiale, si elle arrive, ne sera de toute évidence pas un « coup de chance » ;
la succession de causes menant aux conséquences, et l’identité du pouvoir contrôlant, ont été rendues visibles
par l’écoulement fluide du temps. Trente et un ans après la déclaration impériale de Lord Melchett, je me trouvais
par hasard (février 1956) en Caroline du Nord, et seulement grâce à ce hasard, et le journal local, j’ai été mis
au courant d’un commentaire dans la même veine, apparemment inspiré d’une source olympienne similaire, à propos
de la troisième guerre. M. Randolf Churchill, le fils de Sir Winston, était à cette période en visite chez l’ami
de sa famille, M. Bernard Baruch, dont la résidence est la baronnie de Little Hobcaw en Caroline du Sud. En sortant
de son entrevue avec cette autorité, M. Randolph Churchill déclara (Associated Press, 8 fév. 1956) que « la
situation tendue du Moyen-Orient pourrait éclater en conflit armé à tout moment. Mais je ne pense pas que
la civilisation va aller en trébuchant vers la prochaine guerre... La Troisième Guerre mondiale, si
elle arrive, sera froidement calculée et planifiée plutôt qu’accidentelle ».
En arrière plan de « l’accomplissement » (le paiement du tribut par les grandes nations du monde et
la déclaration que tous les juifs du monde étaient ses sujets), le nouvel État donna la garantie de son
intention de rétablir les « frontières historiques » par la parole et l’acte. Aucun « belliciste » occidental
n’utilisa jamais de tels termes. M. Ben Gourion proclama (Johannesburg, Jewish Herald, 24 déc. 1952)
qu’Israël « ne permettrait sous aucune condition le retour des émigrants arabes » (les habitants d’origine).
Quant à Jérusalem (divisée entre les sionistes et les Jordaniens pendant « l’internationalisation »
sous l’administration des Nations unies), « pour nous, l’avenir de cette ville est aussi fixé que celui de
Londres, en dépit de ses frontières ridicules ; ce ne peut être un problème pour les négociations ». Les
« exilés » à l’étranger devaient être « rassemblés » au rythme de « quatre millions d’immigrants les dix
prochaines années » (le ministre des Affaires étrangères, M. Moshé Sharett, juin 1952) ou « dans les dix à
quinze prochaines années » (déclara-t-il à une autre occasion).
Deux guerres mondiales avaient été nécessaires pour mettre en place « le foyer national » et l’« État »,
successivement, et pour y faire entrer quelque 1 500 000 juifs. Ces indices signifiaient une autre
guerre mondiale dans les quinze ans au plus tard, car par aucun autre moyen autant de juifs ne pouvaient
être arrachés aux pays où ils vivaient. Quant au coût de leur transfert, M. Ben Gourion dit que cela
coûterait entre 7000 et 8000 millions de dollars (aux taux actuels, équivalant à la totalité de la dette
nationale italienne, et environ cinq fois la dette nationale britannique en 1914) et il se « tournait vers la
communauté juive américaine pour fournir cet argent ». De toute évidence, même la communauté juive américaine
ne pouvait trouver pareilles sommes ; elles ne pouvaient être obtenues que des contribuables occidentaux.
Tout ce qui était dit était donc une menace de guerre aux Arabes voisins, et cela avait un sens spécial quand
c’était dit (et cela le fut souvent) par M. Menahem Begin, chef du groupe d’« activistes », ou de tueurs, qui
avait perpétré le massacre de Deir Yassin. Officiellement désavoués à l’époque, ils avaient été honorés dans
le nouvel État et avaient formé un parti politique majeur, le Hérout, à son Parlement .
Par conséquent, les Arabes savaient exactement de quoi ils étaient menacés quand M. Begin leur parlait.
Je vais donner un exemple typique. En mai 1953, il menaça le Roi de Jordanie, âgé de 18 ans au moment de son
couronnement, de mort sous la Loi du Deutéronome (qui guida l’acte de Deir Yassin). Prenant la parole
lors d’un rassemblement de masse dans la partie sioniste de Jérusalem, à un jet de pierres des frontières
jordaniennes, M. Begin dit : « À cette heure, un couronnement est en train d’avoir lieu, celui d’un jeune Arabe,
en tant que Roi de Gilead, Bashân, Naplouse, Jéricho et Jérusalem. Le moment est approprié pour déclarer à ses
oreilles et à celles de ses maîtres : « Nous reviendrons, et la ville de David sera libérée". »
L’allusion, obscure pour les lecteurs occidentaux et explicite pour n’importe quel Arabe ou Juif, se réfère
à un verset du troisième chapitre du Deutéronome : « Le Roi de Bashân sortit se battre contre
nous... Et l’Éternel me dit, Ne le crains pas : car je le livre entre tes mains, lui et tout son peuple,
et son pays... Et l’Éternel, notre Dieu, livra encore entre nos mains Og, roi de Bashân, avec tout son peuple ;
nous le battîmes, sans laisser échapper aucun de ses gens... Et nous les détruisîmes totalement...
détruisant totalement les hommes, les femmes et les enfants ».
Ces menaces avaient une signification mortel pour les foules de fugitifs arabes entassées au-delà des frontières.
Selon le récit de M. Henry R. Labouisse, Directeur de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour
les réfugiés de Palestine, en avril 1956, il y avait plus de 900 000 [réfugiés arabes] : 499 000 en Jordanie,
88 000 en Syrie, 103 000 au Liban et 21 000 en Égypte (dans la région de Gaza). Les menaces de M. Begin les
maintinrent dans la perspective constante d’une nouvelle fuite, ou tentative de fuite, dans un désert
plus reculé, toujours plus inhospitalier. Puis les paroles furent concrétisées par les actes ; une longue série
de raids et de massacres locaux symboliques furent perpétrés, pour leur montrer que le sort de
Deir Yassin leur pendait vraiment au nez.
Cela commença le 14 octobre 1953, quand une force puissante traversa soudainement la frontière jordanienne,
assassina chaque être vivant à Qibya et détruit ce village ; soixante-six victimes, la plupart des femmes et
des enfants, retrouvés massacrés. Les 499 000 Arabes réfugiés en Jordanie en tirèrent les conclusions naturelles.
L’archevêque de York dit que le monde civilisé était « horrifié », que « le vote juif à New York avait un effet
paralysant sur les Nations unies dans son traitement de la Palestine », et qu’à moins que des mesures énergiques ne
soient prises, « le Moyen-Orient s’embrasera ». Le Conseil des députés des juifs britanniques qualifia cette
déclaration de « provocatrice et partiale » ; le maire de New York (un certain M. Robert Wagner) dit qu’il était
« choqué », et que « le bon archevêque ne connaît manifestement pas bien la scène américaine ». Les Nations
unies condamnèrent timidement Israël.
Le 28 février 1955, une force puissante israélienne pénétra dans la région de Gaza (« accordée » aux Arabes par
les Nations unies en 1949, et sous occupation miliaire égyptienne) où 215 000 réfugiés arabes se lamentaient
« dans une misère noire le long d’une bande étroite de littoral aride, aux deux-tiers des dunes de sable » (Sir
Thomas Rapp, The Listener, 6 mars 1955). 39 Égyptiens furent tués ainsi qu’un nombre non précisé de réfugiés
arabes, qui alors, en signe de protestation désespérée contre leur sort, brûlèrent cinq centres de secours des
Nations unies, et avec eux leurs propres maigres rations. La Commisssion mixte d’armistice condamna Israël pour
« agression brutale » dans « une attaque préparée à l’avance et planifiée ». *
On February 28, 1955 a strong Israeli force drove into the Gaza area ("awarded" to the Arabs by the
United Nations in 1949, and under Egyptian military occupation) where the 215,000 Arab refugees repined
"in abject poverty along a narrow strip of barren coastline, two-thirds of it sand-dunes" (Sir Thomas Rapp,
The Listener, March 6, 1955). 39 Egyptians were killed and an unspecified number of the Arab refugees, who
then in hopeless protest against their lot burned five United Nations relief centres, and therewith their own
meagre rations. The Mixed Armistice Commission condemned Israel for "brutal aggression" in "a
prearranged and planned attack".*
* Ces Commissions mixtes d’armistice des Nations unies, qui seront désormais dénotées
par U.N.M.A.C. (UN Command Military Armistice Commission) comprenaient dans chaque cas un représentant d’Israël
et de l’État arabe voisin, et un représentant des Nations unies dont les conclusions et le vote décidaient ainsi
quelle était la Source à blâmer. Les conclusions étaient invariablement contre Israël jusqu’à ce que, comme
dans le cas des administrateurs britanniques entre 1917 et 1948, la « pression » commence à être exercée
sur les gouvernements d’origine des représentants, soucieux de rappeler quiconque donnait
impartialement son soutien à l’argument arabe. Au moins deux responsables américains qui
se prononcèrent contre Israël lors de tels incidents furent rappelés. Tous ces responsables,
quelle que soit leur nationalité, travaillaient avec en tête la mémoire du sort du comte
Bernadotte [médiateur des Nations unies en Palestine assassiné par les Israéliens en 1948 -
NdT], et celui de bien d’autres, toujours présents dans leurs esprits. En règle générale,
comme les administrateurs britanniques avant eux, ils se révélaient impossibles à intimider
ou à suborner, et ainsi le contraste frappant entre la conduite des hommes sur le terrain et
les gouvernements des lointaines capitales occidentales était-il maintenu.
L’affaire fut ensuite portée au Conseil de sécurité des Nations unies lui-même, qui par vote unanime de onze pays
condamna Israël. Le délégué des États-Unis dit que c’était le quatrième cas similaire et « le plus grave à cause
de son évidente préméditation » ; le délégué français dit que la résolution devrait servir de « dernier
avertissement » à Israël (un avertissement qui reçut un post-scriptum sous forme de complicité française dans
l’attaque israélienne de l’Égypte vingt mois plus tard).
Le 8 juin 1955, l’U.N.M.A.C. condamna Israël pour une autre « violation flagrante de l’armistice » quand les
troupes israéliennes traversèrent Gaza et tuèrent plusieurs Égyptiens. La seule conséquence apparente de cette
condamnation fut que les Israéliens arrêtèrent aussitôt six observateurs militaires des Nations unies et
trois autres membres de l’équipe du chargé de surveillance de la trêve aux Nations unies (le général de division
E.L.M. Burns, du Canada) avant d’attaquer à nouveau dans Gaza, tuant 35 Égyptiens (Time, septembre 1955).
Le même mois de septembre 1955, dans une interview, M. Ben Gourion dit qu’il attaquerait l’Égypte « d’ici un an »
(l’attaque se produisit en octobre 1956) si le blocus du port israélien d’Eilat sur le golfe d’Aqaba n’était
pas levé.
Le Conseil de sécurité des Nations unies semblait appréhender de « condamner » cette nouvelle attaque
(la campagne pour les élections présidentielles américaines venait de commencer) et proposa simplement
que les Israéliens et les Égyptiens se replient de 500 mètres chacun, laissant une zone démilitarisée,
une proposition que les Égyptiens avaient déjà faite en vain. Puis, le 23 octobre 1955, le général Burns
« condamna Israël » pour une « attaque bien planifiée » en Syrie, où plusieurs Syriens furent kidnappés et
les observateurs du général Burns furent à nouveau empêchés, de par leur détention, d’observer ce qui se passait.
Le 27 octobre 1955, M. Moshé Sharett, le ministre des Affaires étrangères, dit à des correspondants de presse à
Genève qu’Israël mènerait une « guerre préventive » contre les Arabes si cela était nécessaire.
Le 28 novembre 1955, l’Organisation sioniste d’Amérique annonça dans les journaux importants (par publicité
payante) que « la Grande-Bretagne, elle aussi, a rejoint le camp des ennemis d’Israël » ; Sir Anthony Eden, qui
dans l’année devait se joindre à l’attaque israélienne, eut à ce moment l’idée d’apporter des
rectifications mineures aux frontières.
Le 11 décembre 1955, les Israéliens attaquèrent la Syrie en force et tuèrent 56 personnes. Cela déclencha
la « condamnation » la plus forte des Nations unies, qui comporte un intérêt historique parce que
l’année de l’élection présidentielle était commencée et la « condamnation » pour quelque motif que ce soit
devint bientôt indésirable. Le délégué syrien fit remarquer que des condamnations répétées « n’ont pas dissuadé
Israël de commettre l’attaque criminelle que nous examinons actuellement ». Le Conseil de sécurité (12 juin
1956) rappela quatre résolutions antérieures de condamnation et condamna l’attaque en tant que « violation
flagrante... des termes de l’accord d’armistice général entre Israël et la Syrie et des obligations
d’Israël selon la Charte » et entreprit de « considérer quelles mesures supplémentaires » il devrait prendre
si Israël continuait à se conduire ainsi.
La réponse à cela fut qu’Israël demanda impérieusement d’obtenir plus d’armes. M. Ben Gourion (à Tel Aviv,
le 18 mars 1956) dit que seul la remise rapide d’armes pourrait empêcher « une attaque arabe » et ajouta
que « les agresseurs seraient le dictateur égyptien Nasser » (sept mois plus tôt, M. Ben Gourion avait
parler d'attaquer l’Éypte « d’ici un an ») « et ses alliés, la Syrie et l’Arabie Saoudite ». Le 5 avril
1956, alors que le Conseil de sécurité des Nations unies était sur le point d’envoyer son secrétaire général,
M. Dag Hammarskjold, en « mission de paix » au Moyen-Orient, l’artillerie israélienne bombarda la région de Gaza,
tuant 42 et blessant 103 civils arabes, pratiquement la moitié étant des femmes et des enfants.
Le 19 juin, M. Ben Gourion renvoya M. Sharett du ministère des Affaires étrangères en faveur de Mme Golda
Meirson (maintenant Meir, et venant également de Russie) et le New York Times rapporta de manière
significative que cela pourrait dénoter le passage de la « modération » à l’« activisme » (M. Sharett,
comme le Dr Weizmann et le Dr Herzl avant lui, s’étant attiré le reproche d’être modéré). Le problème en question
était celui qui mena à la déconvenue du Dr Weizmann au Congrès sioniste de 1946, où « l’activisme » l’emporta et
le Dr Weizmann vit la résurgence du « mal ancien, sous une forme nouvelle et horrible ». « L’activisme » fut
toujours, depuis l’ancien temps en Russie, un euphémisme pour la violence sous forme de terreur et d’assassinat.
Dès le moment où ce mot réapparut dans les journaux, l’étudiant du sionisme sut à quoi s’attendre avant la fin de
l’année.
Le 24 juin 1956, les Israéliens ouvrirent le feu au-delà de la frontière jordanienne et l’U.N.M.A.C.
condamna Israël. Là-dessus, Israël insista sur le retrait du Membre de la Commission des Nations unies
(un officier naval américain, le commandant Terrill), dont la voix prépondérante avait décidé de la question,
et le général Burns se soumit, le remplaçant par un officier canadien. Les observateurs de l’ONU étaient mis
dans la même position que les administrateurs britanniques des années de l’entre-deux guerres ; ils ne pouvaient pas
compter sur le soutien de leurs gouvernements d’origine. Ils avaient constamment le rappel sous les yeux
(le village Wingate en Israël) que l’avancement et la promotion, en Palestine, étaient les récompenses
pour la trahison, et non le devoir. Deux ans plus tôt, un autre observateur américain, le commandant E.H. Hutchinson,
avait voté contre la condamnation de la Jordanie et avait été destitué lorsque les Israéliens avaient, suite
à cela, boycotté la Commission. De retour en Amérique, il écrivit un livre sur cette période au Moyen-Orient, livre
dont la valeur historique est permanente. Comme tous les honnêtes hommes avant lui, il rapporta que la seule
façon de sortir de cette confusion était d’établir le droit des Arabes expulsés à revenir chez eux, d’admettre
que les lignes de démarcation de l’armistice de 1949 n’étaient que provisoires (et non des « frontières »), et
d’internationaliser la ville de Jérusalem afin qu’elle ne devienne pas la scène d’une bataille mondiale.
Le 24 juillet 1956, deux observateurs militaires de l’ONU et un officier jordanien du M.A.C.
(Military Armistice Commission) furent soufflés par des mines sur le Mont Scopus qui, expliquèrent
platement les sionistes, faisaient partie d’« un vieux champ de mines israélien ». Deux colonels égyptiens,
qui selon selon les sionistes faisaient partie des services de renseignements égyptiens, furent tués
par des « lettres piégées » reçues par la poste (cette méthode avait été utilisée dix ans plus tôt contre un
officier britannique en Angleterre, le capitaine Roy Farran, qui avait servi dans les renseignements en
Palestine et s’était attiré l’hostilité des sionistes ; son frère, dont l’initiale du prénom était aussi
un R., ouvrit le colis et fut tué). Le 29 juillet 1956, un observateur de la trêve à l’ONU, un Danois, fut tué par
une mine ou une bombe près de la bande de Gaza et deux autres personnes furent blessées par des tirs au fusil.
« L’activisme » commençait à faire des victimes par la méthode des assassinats,
comme aux époques précédentes.
Le 28 août 1956, Israël fut à nouveau condamnée par le M.A.C. pour « violation grave de l’armistice ».
La condamnation fut suivie d’une autre attaque israélienne (12 sept.), où une force militaire
puissante pénétra en Jordanie, tua quelque vingt Jordaniens et fit exploser un poste de police à Al-Rahwa.
Le général Burns protesta que de tels actes « ont été condamnés à plusieurs reprises par le Conseil de
sécurité des Nations unies », sur quoi immédiatement après (14 sept.), une autre force puissante attaqua la
Jordanie, tuant entre vingt et trente Jordaniens à Gharandai. Le ministère des Affaires étrangères
britannique (la Grande-Bretagne avait une alliance avec la Jordanie) exprima son « fort mécontentement »,
sur quoi le Conseil des députés des juifs britanniques l’attaqua pour cette « déclaration tendancieuse ».
Le 19 septembre, le M.A.C. « condamna » à nouveau Israël pour des « actes hostiles et belliqueux »
(ces deux attaques furent menées apparemment dans une intention symbolique, le moment choisi étant
durant la période du Nouvel An juif), et le 26 septembre, la Commission « condamna » Israël expressément
pour l’attaque du 12 septembre.
La réponse immédiate à cette condamnation particulière fut une annonce officielle à Jérusalem,
le même jour (26 sept.), comme quoi la plus grosse attaque jusqu’à ce jour avait été menée par l’armée
régulière israélienne, en force, envers un poste jordanien à Husan, où quelque 25 Jordaniens avaient été tués,
parmi lesquels un enfant de douze ans. Le M.A.C. répondit (4 oct.) par sa « condamnation » la plus
sévère, pour une « agression planifiée sans provocation ». La réplique fut une autre attaque (10 oct.),
plus grosse, avec de l’artillerie, des mortiers, des bazookas, des torpilles Bangalore et des grenades. Par la
suite, les observateurs de l’ONU découvrirent les corps de 48 Arabes, dont une femme et un enfant.
Il semble qu’un bataillon blindé et dix jets prirent part à ce massacre, qui suscita une déclaration
britannique comme quoi si la Jordanie, son allié, était attaquée, la Grande-Bretagne remplirait ses engagements.
Le gouvernement israélien dit qu’il reçut cet avertissement « avec inquiétude et stupéfaction ». *
* Dès le début de l’année des élections présidentielles, tous les journaux américains
importants, et de nombreux journaux britanniques, parlèrent des attaques israéliennes
comme de « représailles » ou « vengeances », si bien que les victimes furent transformées
dans chaque cas en agresseurs par la machine à propagande. Le général Burns, dans son
récit de la dernière attaque, dit à l’ONU qu’Israël « paralysait la machine investigatrice » en
boycottant les Commissions mixtes d’armistice à chaque fois qu’elles votaient contre elle, et
ajouta : « Actuellement, la situation est que l’une des parties prenant part à l’accord
d’armistice général fait ses propres investigations, qui ne sont soumises à vérification ou à
confirmation par aucun observateur désintéressé, publie les résultats de telles
investigations, en tire ses propres conclusions et sur cette base, fait entreprendre des
actions par ses forces militaires ». La presse britannique et américaine, en adoptant le terme
« représailles » d’Israël dans ses comptes rendus, donna au public des deux pays, tout au
long de cette période, l’image fausse de ce qui se passait, tel que le souhaitaient les
sionistes.
L’attaque du 26 septembre fut la dernière de la série qui remplit les années 1953-1956 ; la prochaine devait
être une guerre généralisée. J’ai résumé la liste des raids et massacres pour donner au futur lecteur la véritable
image du Moyen-Orient à l’automne 1956, lorsque M. Ben Gourion déclara qu’Israël était « sans défenses » et les
politiciens de Washington et de Londres rivalisaient entre eux dans l’exigence qu’Israël reçoive des armes
pour parer « l’agression arabe ». Si la pile entassée des résolutions qui à cette époque étaient étalées
sur la table des Nations unies, « condamnant » « l’agression sans provocation » d’Israël, la « violation flagrante »
et tutti quanti, avait signifié quoi que ce soit, cette dernière attaque, ouvertement annoncée pendant qu’elle
avait lieu, jetée avec mépris à la tête de la dernière « condamnation », aurait dû produire quelque action
contre Israël par les Nations unies, ou bien l’admission implicite qu’Israël était son maître.
La question ne fut jamais examinée, car avant même que l’appel * de la Jordanie au Conseil de sécurité des
Nations unies ne soit examiné, l’attaque de l’Égypte eut lieu. Elle avait été annoncée, pour quiconque
faisait attention, au moment même de l’attaque de la Jordanie, car M. Menahem Begin, à Tel Aviv, « insistait
sur une attaque israélienne immédiate de l’Égypte » (Daily Telegraph, 26 sept. 1956). M. Begin était
la voix de « l’activisme » et il dit que tous ceux qui avaient regardé la situation évoluer savaient ce
qui viendrait ensuite : une invasion sioniste totale de l’Égypte.
Au cours de cet événement, la « pression irrésistible » de la « politique internationale » dans les capitales
occidentales produisit un résultat, dont les pleines conséquences seront calculables uniquement lorsque de
nombreuses années auront passé. Par conséquent, la dernière partie de ce chapitre et livre doit à nouveau
passer en revue les mécanismes de la « pression irrésistible » à l’œuvre dans les coulisses occidentales,
cette fois lors de la phase du tournant critique proche, les années 1952-1956. À la fin de cette phase, le
communisme révolutionnaire et le sionisme révolutionnaire, les forces destructrices jumelles libérées des
régions talmudiques de Russie au siècle dernier, étaient moribondes. Par l’acte de l’Occident, à l’automne
1956, elles bénéficièrent toutes deux d’un sursis pour davantage de destruction.
* Au moment de finir ce livre, je n'ai pas pu découvrir ce qui était arrive à l'appel de la Jordanie. Il fut
perdu de vue dans les évènements qui suivirent immédiatement, et pour ce que je sais, les Nations-Unis
ont pu condamner l'attaque sur la Jordanie pendant que l'invasion de l'Egypte était en progrès.
L’histoire que j’ai relatée montre qu’au moment de l’invasion israélienne, aucun
observateur attentif ne pouvait espérer que les États-Unis feraient grand chose de plus que
de la réprouver. Les sionistes avaient de toute évidence choisi un moment où, selon leurs
calculs, l’imminence du vote pour l’élection présidentielle américaine paralyserait tout
moyen d’action efficace contre eux. Je croyais que j’étais préparé à la soumission
occidentale au sionisme, une fois encore, sous une forme ou une autre. Ce que, même
moi, je n’aurais pas cru, jusqu’à ce que cela arrive, c’est que mon propre pays, la Grande-
Bretagne, se joindrait à l’attaque. Celle-ci, la plus récente et plus importante dans la
succession d’erreurs vers lesquelles la population anglaise fut conduite par ses dirigeants à
la suite de l’implication originelle dans le sionisme en 1903, assombrit les perspectives
d’avenir pour l’Angleterre et l’Occident durant le reste de ce siècle, juste au moment où elles
s’éclaircissaient ; ce fut comme une éclipse soudaine du soleil, déjouant tous les calculs des
astronomes.
- Le monde libre
Les années 1952-1956 amenèrent les populations d’Occident encore plus près des conséquences pour le soutien que
leurs chefs, durant deux générations et deux guerres mondiales, avaient apporté à la révolution et au sionisme.
Elles étaient sur le point d'être entraînées dans deux guerres qui, de manière prévisible, fusionneraient en
une seule guerre servant un but dominant. D’une part, ils étaient engagés par leurs hommes politiques et
leurs partis dans le maintien de l’État sioniste, dont la politique déclarée était d’agrandir sa population de
« trois ou quatre millions de personnes » en « dix à quinze ans » ; ce qui signifiait la guerre.
D’autre part, on les accoutumait quotidiennement à l’idée que c’était leur destinée et devoir de détruire
le communisme, qui avait submergé la moitié de l’Europe quand l’Occident lui avait ouvert les vannes ;
ce qui signifiait la guerre.
Ces deux guerres deviendraient, inévitablement, une guerre unique. Le calcul est simple. Le territoire pour
l’expansion de l’État sioniste ne pouvait être pris qu’aux peuples arabes voisins ; les gens nécessaires à
l’expansion de l’État sioniste ne pouvaient être pris que dans la région occupée par la révolution, parce qu’on
ne pourrait trouver nulle part ailleurs « trois ou quatre millions » de juifs, les États-Unis mis à part. *
* L’extraction des juifs des États-Unis, bien qu’essentielle au « rassemblement des exilés »,
appartient manifestement à un stade ultérieur du processus et dépendrait du succès de la
phase suivante, le « rassemblement » des juifs du territoire soviétique et des pays du
Maghreb. Après cela, quelqu’étrange que paraisse l’idée aux Américains et aux Britanniques
d’aujourd’hui, il faudrait qu’il y ait une « persécution juive » en Amérique, et cela serait
produit par la méthode propagandiste utilisée dans le passé et appliquée impartialement
pays après pays, y compris en Russie, Pologne, Allemagne, France, Espagne et Grande-Bretagne.
Le Dr Nahum Goldman, leader de l’Organisation sioniste mondiale, dit devant un
public israélien, en octobre 1952, qu’il n’y avait qu’un problème que le sionisme devrait
résoudre s’il voulait réussir : « Comment faire émigrer en Israël les juifs des pays où ils ne
sont pas persécutés ». Il dit que ce problème était « particulièrement difficile aux États-Unis
parce que les États-Unis sont moins un pays de persécution juive, ou de toute perspective
de persécution juive, que n’importe quel autre pays » (Johannesburg Zionist Record, 24 oct.
1952). Le lecteur remarquera qu’il n’y a aucun pays sans « persécution juive » ; il y a
seulement des degrés de « persécution juive » dans les différents pays.
Dans ce but, l’Occident, durant la phase qui commença en 1952, dut être persuadée que « l’antisémitisme »
sévissait dans la zone soviétique, tout comme elle fut persuadée durant les quatres années qui suivirent
que les attaques sionistes envers les pays arabes étaient des attaques arabes envers Israël. M. Ben Gourion
(8 déc. 1951) informa officiellement le gouvernement soviétique que « le retour des juifs dans leur foyer national
historique est la mission centrale de l’État d’Israël... le gouvernement d’Israël fait appel à l’Union soviétique pour
permettre aux juifs de l’Union soviétique qui souhaitent émigrer, de le faire ». Le New York Times, deux ans
plus tard, mentionnant l’immigration déclinante vers Israël, dit que le but de M. Ben Gourion « semble très lointain »
et ajouta que « le modèle actuel d’immigration » ne changerait radicalement que s’il y avait « un regain
d’antisémitisme » quelque part (à cette période, le 26 juin 1953, la dénonciation de « l’antisémitisme derrière
le Rideau de Fer » avait commencé). Le New York Herald-Tribune dit à la même période (12 avril 1953) que
« l’antisémitisme » était devenu virulent en Union soviétique et que « l’entreprise de sauvetage la plus cruciale »
à laquelle faisait face Israël dans sa sixième année était celle des « 2 500 000 juifs prisonniers de la Russie
et des pays satellites ».
Donc, il était clair, à la lumière des deux guerres mondiales et de leur issue dans les deux cas, que toute guerre
entreprise par « l’Occident » contre le « communisme » serait en réalité menée dans le but premier de fournir
à l’État sioniste de nouveaux habitants venus de Russie ; que toute guerre au Moyen-Orient dans laquelle l’Occident
s’engagerait serait menée dans le but premier d’agrandir le territoire de l’État sioniste, pour y loger cette
population plus nombreuse ; et que les deux guerres fusionneraient bien en une seule guerre, au cours de
laquelle ce but dominant resterait caché aux populations qui y seraient entraînées, jusqu’à ce qu’elle soit
remportée et entérinée par quelque nouvel « instrument mondial », à la fin de la bataille.
Telle était la position de « l’Occident », cinquante ans après la première capture dans les filets du sionisme
de M. Balfour et de M. Woordrow Wilson. J’ai une raison de mettre les mots « l’Occident » entre guillemets, à
savoir que ces mots ne signifient plus ce que l’Occident signifiait avant. Autrefois, le terme signifiait le
territoire chrétien, depuis les frontières orientales de l’Europe, et en traversant l’Atlantique, jusqu’au littoral
occidental américain, incluant les pays anglophones reculés d’Amérique du Nord, d’Afrique et des antipodes.
Après la Seconde Guerre, quand la moitié de l’Europe fut abandonnée à la révolution talmudique, ce mot reçut
une portée plus limitée. Dans l’esprit populaire, « l’Occident » signifiait l’Angleterre et l’Amérique, en
rang contre la nouvelle barbarie qu’elle extirperait un jour d’Europe et renverrait dans sa barbare terre natale
asiatique. L’Amérique et l’Angleterre, avant tout, représentaient encore « le monde libre » qui un jour serait
rétabli sur tout le territoire d’autrefois et avec lui, comme dans les temps anciens, l’espoir des hommes vivant
à l’extérieur de ce territoire et qui souhaitaient être libres ; c’est ce que l’esprit populaire
comprenait.
Militairement, cette supposition était correcte ; la force physique de « l’Occident », soutenue par l’attente
fiévreuse des populations captives, était plus qu’équivalente à la tâche. En réalité, les grands pays vers lesquels
les peuples asservis se tournaient étaient eux-mêmes prisonniers du pouvoir qui avait amené cet asservissement ; et
ils avaient montré par deux fois que leurs armes, si elles étaient utilisées, ne seraient pas employées pour
libérer et réparer, mais pour prolonger le supplice du vingtième siècle.
Les valeurs morales et spirituelles autrefois contenues dans ces deux mots, l’Occident, étaient les plus fortes
dans les pays abandonnés au communisme et dans ceux menacés de sionisme, où la souffrance et le danger ranimaient
[ces vertus] dans les âmes humaines. Dans ces grandes citadelles occidentales qu’étaient autrefois Londres et
Washington, [ces valeurs] étaient réprimées et latentes.
Pour cette raison, l’Amérique n’était pas véritablement qualifiée pour reprendre à l’Angleterre le rôle principal
sur la scène mondiale lors de la deuxième moitié du vingtième siècle, et pour accomplir la tâche de libération
que les masses étaient incitées à attendre d’elle. Matériellement, la république fondée presque deux cents ans
auparavant était extraordinaire. Les richesses du monde y avaient coulé durant les deux guerres mondiales ;
sa population atteignait rapidement deux cents millions ; sa marine et son armée de l’air étaient les plus
importantes du monde et, comme son armée de terre, étaient fondées sur cet ordre de contrainte que sa population
avait longtemps considéré comme étant la malédiction de l’Europe. Dans l’industrie et les compétences techniques,
elle était redoutable au point d’en devenir un cauchemar pour elle-même. Sa production était si vaste qu’elle ne
pouvait être absorbée, et le souvenir terrible de la crise de 1929 incita ses leaders à concevoir de nombreuses
manières de distribuer les marchandises dans le monde sous forme de présents, et de payer ces biens au producteur
par des fonds publics, si bien que, pendant un temps, les fabricants et les ouvriers étaient payés pour
une production pour laquelle, en temps de paix, aucun marché naturel ne se présentait. Ses bases militaires, sur
le territoire de peuples autrefois souverains, étaient disséminées sur tout le globe, de sorte qu’à tout instant
elles pouvaient frapper avec une puissance fulgurante… mais frapper quoi, et dans quel but ?
Le « communisme », répondait-on aux masses, dans un but de libération des asservis, d’aide au monde en esclavage,
et de rectification des actions de 1945. Si cela était vrai, la fin du supplice du siècle était au moins en vue,
un de ces jours, car partout dans le monde, les hommes avaient à cœur cette cause-là.
Mais chaque acte majeur du gouvernement à Washington durant les années 1952-1956 démentit ces professions de foi.
Il semblait plus esclave du « pouvoir juif » que même les gouvernements britanniques des cinquante années précédentes.
Il se révélait incapable de prendre en mains toutes questions importantes concernant les affaires étrangères ou
intérieures américaines, excepté en termes de leur rapport avec le sort des « juifs », tel que présenté par les
sionistes impérieux . Aucun petit gouvernement fantoche ne ressembla plus à un vassal dans ses actes
que celui-là même que les masses considéraient comme le gouvernement le plus puissant du monde :
celui des États-Unis sous son chef de l’Exécutif, le président Eisenhower, durant les années 1953 à 1956.
Comme celle d’un chancelier lors d’une naissance royale, l’ombre du sionisme s’abattit sur la sélection,
la nomination et l’élection du général Eisenhower. La fulgurante promotion de ce dernier durant la
guerre de 1939-1945, du rang de colonel peu versé dans le combat, à celui de commandant suprême de toutes
les armées alliées envahissant l’Europe, semble indiquer qu’il fut désigné pour recevoir de l’avancement longtemps
auparavant, et les recherches soutiennent cette déduction. Dans les années 20, le jeune lieutenant Eisenhower
étudia au National War College à Washington, où un certain M. Bernard Baruch (qui avait joué un rôle si important
dans la sélection, nomination et élection du président Woodrow Wilson en 1911-1912) donna ses instructions.
M. Baruch, à cette époque précoce, décida que le lieutenant Eisenhower était un élève vedette, et quand le général
Eisenhower fut élu président trente ans plus tard, il dit aux vétérans américains qu’il avait pendant un quart
de siècle « eu le privilège de s’asseoir aux pieds de Bernard et de l’écouter parler ». Au début de sa
présidence, M. Eisenhower intervint pour résoudre, en faveur de M. Baruch, un petit conflit au Collège de guerre
national, où certains s’opposaient à l’acceptation d’un buste de M. Baruch, offert par des admirateurs
(aucun buste de civil en vie n’y avait jamais été exposé auparavant).
Il est fort possible que le soutien du « conseiller des six présidents » ait facilité l’ascension rapide du
lieutenant Eisenhower aux commandes de la plus grande armée de l’histoire. Dans les annales publiques, on peut
trouver le soutien que M. Baruch donna quand le général Eisenhower (qui n’avait pas d’affiliations ou d’histoire
au parti) se présenta en 1952 comme candidat du Parti républicain pour la présidence. Jusqu’à cet instant, M. Baruch
avait été un membre ardent du Parti démocrate, non juste un démocrate ordinaire, mais un fervent défenseur de
l’étiquette du parti et un détracteur quasiment fanatique de l’étiquette républicaine » (cf sa biographie
approuvée). En 1952, M. Baruch devint soudain un fervent défenseur de l’étiquette républicaine, pourvu que
M. Eisenhower la portât. De toute évidence, de fortes raisons devaient avoir causé ce changement
soudain de l’allégeance de toute une vie, et il serait utile de chercher à les découvrir.
En 1952, le Parti républicain n’avait pas été au pouvoir depuis vingt ans. Selon la seule théorie du balancier,
par conséquent, on s’attendait à ce qu’il revienne au pouvoir et donc évince le Parti démocratique, dont M. Baruch
avait été un « fervent défenseur » pendant cinquante ans. Hormis le retournement de la marée, auquel
on devait s’attendre, contre un parti trop longtemps au pouvoir, l’électeur américain de 1952 avait des
raisons particulières de voter contre les démocrates; la raison principale était la révélation d’une
infestation communiste du gouvernement sous les régimes de Roosevelt et Truman et le désir du public d’un
nettoyage drastique des écuries.
Dans ces circonstances il était relativement clair, en 1952, que le Parti républicain et son candidat gagneraient
les élections et la présidence. Le candidat naturel était le leader du parti, le sénateur Robert E. Taft,
qui y avait consacré sa vie. À ce moment précis, et après son propre soutien « fervent » de toute une vie au Parti
démocrate (ses contributions d’argent étaient très importantes, et les notes personnelles de M. Forrestal rapportent
le rôle joué par de telles contributions, en général, pour déterminer le cours des élections américaines et de la
politique nationale), M. Baruch, le « détracteur fanatique » de l’étiquette républicaine, présenta un candidat
alternatif pour la nomination républicaine. C’est à dire, l’officier qu’il avait admiré pendant si longtemps apparut
soudain sur le ring, et la chaleureuse recommandation de ce dernier par M. Baruch indiquait d’où provenait
son soutien le plus solide.
La perspective qui s’ouvrait alors était que si M. Eisenhower, au lieu du sénateur Taft, arrivait à obtenir la
nomination du parti, le Parti républicain serait à travers lui engagé à poursuivre la politique démocrate
d’« internationalisme » commencée par les présidents Woodrow Wilson, Roosevelt et Truman. Cela, en retour,
signifiait que si le leader du parti pouvait être évincé, l’électeur américain serait privé de tout choix
véritable, car le seul homme qui lui offrait une politique alternative et différente était le sénateur Taft.
Cela était devenu clair pour l’initié plus d’un an avant l’élection, grâce au leader républicain le plus important
après le sénateur Taft, le gouverneur Thomas E. Dewey de l’État de New York. M. Dewey, qui s’était étonné lui-même
et avait étonné le pays avec en perdant l’élection présidentielle de 1948 en faveur de M. Truman, un exemple
classique de l’échec prévu d’avance de la méthode « moi aussi » , déclara : « Je suis un internationaliste.
C’est pourquoi je suis pour Eisenhower. Eisenhower est un républicain de cœur, mais ce qui est plus important,
c’est qu’il est internationaliste » (Look, 11 sept. 1951). Parmi les initiés, « internationaliste »
(comme « activiste » dans le sionisme) est un mot-clé, signifiant de nombreuses choses inavouées ; jusqu’ici,
au cours de notre siècle, aucun « internationaliste » inavoué à un poste de premier plan ne s’est authentiquement
opposé à l’avancée du communisme, l’avancée du sionisme, et le projet de gouvernement mondial vers lequel ces
deux forces convergentes mènent. Le sénateur Taft, d’autre part, était violemment attaqué à cette époque comme
« isolationniste » (un autre mot-clé ; il signifie seulement que la personne attaquée croit en la souveraineté
nationale et en l’intérêt national, mais on fait en sorte que cela sonne mal à l’oreille des masses).
Ainsi, M. Eisenhower se présenta-t-il à la convention du Parti républicain à Chicago, en 1952, contre le sénateur
Taft. J’en fus le témoin, par la télévision, et, bien que je ne sois pas novice, je fus étonné de la facilité
avec laquelle la défaite du sénateur Taft fut atteinte. Cet événement montra, longtemps avant les véritables
élections, que le mécanisme de nomination avait été tellement maîtrisé qu’aucun parti ne pouvait même ne serait-ce
que proposer quiconque n’était pas un candidat approuvé par les puissants sélectionneurs derrière la scène.
La conséquence de l’élection présidentielle elle-même dans ces circonstances présente relativement peu d’intérêt
en Amérique de nos jours, et l’observateur ne peut pas non plus se faire une idée de la manière dont la République
pourrait échapper à ce contrôle occulte. Il n’est pas possible pour les deux partis de désigner son leader de parti,
ou tout autre homme, s’il n’a pas auparavant été jugé acceptable par « les internationalistes ».
L’évincement du leader vétéran du parti, à la veille du retour au pouvoir de son parti, fut accompli grâce au
contrôle des votes groupés des « États-clés ». L’effectif démographique détermine le nombre de votes déposés
par les délégations d’État, et au moins deux de ces États prépondérants (New York et la Californie) sont ceux
vers lesquels l’immigration juive des derniers soixante-dix ans a été orientée, manifestement dans ce but. *
En 1952, alors que je regardais la télé, le vote pour les deux hommes était plutôt à égalité, lorsque M. Dewey
remit en souriant l’important vote groupé de l’État de New York contre le leader de son parti et en faveur
de M. Eisenhower. D’autres « États-clés » suivirent le même exemple et il reçut la nomination, qui dans les
circonstances du moment signifiait aussi la présidence.
* Cela est essentiel à la stratégie électorale dictée, bien qu’originellement non conçue par
le colonel House. Le problème des bâtons dans les roues qu’elle pose fait l’objet de
nombreuses allusions citées précédemment, par ex : « … Notre échec à nous accorder avec
les sionistes pourrait nous faire perdre les États de New York, de Pennsylvanie et de
Californie ; J’ai pensé qu’il était grand temps que quelqu’un prenne en considération la
possibilité de ne pas perdre les États-Unis » (M. James J. Forrestal) ; « Niles avait dit au
président que Dewey était sur le point de sortir une déclaration en faveur de la position
sioniste et à moins que le président ne le devance, les démocrates perdraient l’État de New
York » (le secrétaire d’État James J. Byrnes) ; « Le Parti démocrate refuserait d’abandonner
les avantages du vote juif » (le gouverneur Thomas E. Dewey).
Cela signifiait aussi, de fait, la fin de tout système bipartiste authentique en Amérique, pour l’heure ;
le système des représentants élus connu sous le nom de « démocratie » est rabaissé au niveau du système au
parti unique des non-démocraties si les deux partis n’offrent pas un véritable choix de politique. La situation
fut décrite ainsi, à la veille des élections, aux lecteurs juifs du Jerusalem Post (5 nov. 1952),
qui les informa qu’il y avait « guère de différence entre les deux ».
(M. Eisenhower, républicain - M. Stevenson, démocrate) « du point du vue de l’électeur juif » et que l’intérêt juif
devrait se concentrer sur « le sort » des membres du Congrès et des sénateurs considérés
comme « hostiles à la cause juive ».
Immédiatement après l’investiture du nouveau président (janvier 1953), le Premier ministre britannique,
Sir Winston Churchill, se précipita en Amérique pour s’entretenir avec celui-ci, mais pas à Washington,
où résident les présidents ; M. Eisenhower proposa qu’ils se rencontrent « chez Bernie », à l’hôtel particulier
de M. Baruch, sur la Cinquième avenue (Associated Press, 7 fév. 1953). À cette période, M. Baruch recommandait
avec insistance l’adoption de son « plan de bombe atomique » comme la seule force de dissuasion efficace contre
« l’agression soviétique » (ses remarques à la Commission du Sénat ont été citées dans un chapitre précédent).
Apparemment, il n’était pas si méfiant ou hostile envers les Soviétiques qu’il en avait alors l’air, car
quelques années plus tard, il dévoila que la notion d’une dictature nucléaire commune américano-soviétique
exercée sur le monde l’avait aussi séduit : « Il y a quelques années, j’ai rencontré Vishinsky lors d’une soirée,
et je lui ai dit… “Vous avez la bombe et nous avons la bombe… Contrôlons la chose tant que nous le pouvons,
parce qu’au moment où nous parlons, toutes les nations sont en train d’obtenir la bombe, ou l’obtiendront
tôt ou tard” » (Daily Telegraph, 9 juin 1956).
L’élection du général Eisenhower en tant que candidat républicain priva l’Amérique de son dernier moyen de
se dissocier, par la répudiation électorale, de la politique d’« internationalisme » de Wilson-Roosevelt-Truman.
Le sénateur Taft était le seul homme politique important qui, dans l’esprit public, prenait clairement position
pour la rupture nette avec cette politique, et manifestement pour cette raison, les puissances qui gouvernent
efficacement l’Amérique depuis les dernières quarante années attachèrent une importance majeure au fait
d’empêcher sa nomination. Certains extraits de son livre de 1952 possèdent une valeur historique permanente,
ne serait-ce qu’en tant qu’illustration de ce qui aurait pu être si on avait permis à l’électeur
républicain de voter pour le leader du parti républicain :
« Le résultat » (Roosevelt-Truman) « de la politique de l’administration a été de construire la force de la
Russie soviétique si bien qu’elle est, en fait, une menace à la sécurité des États-Unis... La Russie est bien
plus une menace à la sécurité des États-Unis qu’Hitler en Allemagne ne le fut jamais... Il ne fait aucun doute
que nous possédons la plus grande force navale au monde, et certainement, alors que les Britanniques sont
nos alliés, un contrôle total des mers dans le monde entier... Nous devrions accepter de porter assistance avec
nos propres forces maritimes et aériennes à toutes les nations insulaires qui désirent notre aide. Parmi elles
se trouvent le Japon, Formose, les Philippines, l’Indonésie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ; du côté atlantique,
la Grande-Bretagne évidemment... Je crois qu’une alliance avec l’Angleterre et la défense des Îles britanniques
sont bien plus importantes qu’une alliance avec toute nation continentale... Avec les Britanniques, il ne peut pas y
avoir de doute sur notre contrôle total des mers et des airs de par le monde... Si nous sommes vraiment sincères
concernant notre politique anticommuniste... nous devrions définitivement éliminer du gouvernement tous ceux qui
sont directement ou indirectement liés à l’organisation communiste... Fondamentalement, je crois que le but ultime
de notre politique étrangère doit être de protéger la liberté du peuple américain... Je sens que les deux derniers
présidents ont placé toutes sortes de considérations politiques et tactiques avant leur intérêt pour la liberté
et la paix... Il me semble que l’envoi de troupes sans autorisation du Congrès dans un pays qui est attaqué,
comme cela fut fait en Corée, est clairement interdit » (par la Constitution américaine)... « Le projet de
l’armée européenne, cependant, va plus loin... Il inclut l’envoi de troupes à une armée internationale similaire
à celle qui fut envisagée sous la Charte des Nations unies... Je n’ai jamais été satisfait de la Charte des Nations
unies... elle ne repose pas sur une loi et une administration de la justice sous cette loi... Je ne vois d’autre
choix que de développer notre propre politique militaire et notre propre politique d’alliances, sans considération
importante pour le pouvoir inexistant des Nations-Unis à empêcher l’agression... L’autre forme d’organisation
internationale qui est poussée avec acharnement sur la population des États-Unis, à savoir, un État mondial
avec une législature internationale pour faire les lois et un exécutif international pour diriger l’armée de
cette organisation... m’apparaît, tout du moins en ce siècle, comme fantasque, dangereuse et impraticable.
Un tel État, à mon avis, s’écroulerait sous dix ans... Les difficultés à faire tenir une telle Tour de Babel
sous un gouvernement direct unique seraient insurmontables... Mais par dessus tout, quiconque suggère un tel
plan propose la fin de cette liberté qui a généré dans ce pays le plus grand bonheur... que le
monde ait jamais vu. Il soumettrait le peuple américain au gouvernement d’une majorité qui ne comprend pas la
nature des principes américains, et a peu de sympathie pour eux. Toute organisation internationale qui vaut
le papier sur lequel elle est écrite doit être fondée sur le maintien de la souveraineté de tous les États.
La paix doit être recherchée, non en détruisant et en fusionnant les nations, mais en développant
l’autorité de la loi dans les relations entre les nations... »
Ces extraits montrent que le sénateur Taft voyait au travers de l'actuelle " déception des nations "
ils expliquent aussi pourquoi son nom était hérésie pour les puissances contrôlant « le vote des États-clés
» et pourquoi on ne lui permit même pas de se présenter à l’élection présidentielle. * Toute la période de
démarchage électoral, de nomination, d’élection et de début de présidence de M. Eisenhower fut dominée
par « la question juive » ; il aurait aussi bien pu n’être élu que président des sionistes, tant ses paroles
et actions furent constamment orientées vers la poursuite de leur ambition.
* La question de savoir si le sénateur Taft, fût-il devenu président, se serait révélé capable
de mener la politique alternative claire qu’il exposait ici dans ses grandes lignes ne trouvera
désormais jamais de réponse. Dans le cas particulier du sionisme, qui joue un rôle essentiel
dans toute l’affaire dénoncée ici par lui, il fut aussi soumis que tous les autres hommes
politiques importants, et sans doute ne discerna-t-il pas la relation inséparable entre le
sionisme et l’ambition de l’« État mondial » qu’il fustigeait. On demanda à un important
sioniste de Philadelphie, un certain M. Jack Martin, de devenir le « secrétaire exécutif » du
sénateur Taft en 1945, et il rapporte que sa première question à M. Taft fut : « Sénateur, que
puis-je vous dire à propos des aspirations du sionisme ? » On rapporte la réponse de Taft,
dans une veine balfouréenne ou wilsonienne : « Qu’y a t’il à expliquer ? Les juifs sont
persécutés. Ils ont besoin d’une terre, d’un gouvernement à eux. Nous devons les aider à
obtenir la Palestine. En outre, cela contribuera incidemment à la paix mondiale... » Le
contraste entre ce discours typique d’un politicien en chef courant après les voix, et le
commentaire éclairé donné plus haut est évident. M. Martin, qui est décrit dans l’article cité
ici (Jewish Sentinel, 10 juin 1954) comme l’« alter ego » et héritier du sénateur Taft, fut invité
après la mort de Taft par le président Eisenhower à devenir son « assistant, conseiller et
liaison avec le Congrès ». Commentaire de M. Martin : « Le président Eisenhower est disposé
à écouter volontiers votre opinion et il est facile de le conseiller ».
Immédiatement après sa nomination, il dit à un certain M. Maxwell Abbell, le président de la Synagogue unie
d’Amérique : « Le peuple juif ne pourrait avoir meilleur ami que moi », et ajouta que ses frères et lui avaient
été élevés par leur mère dans « les enseignements de l’Ancien Testament » (Mme Eisenhower était une fervente
adhérente de la secte des Témoins de Jéhovah), et « J’ai grandi en croyant que les juifs étaient le peuple élu
et qu’ils nous avaient donné les principes élevés d’éthique et de morale de notre civilisation » (de nombreux
journaux juifs, septembre 1952).
Cela fut suivi d’ardentes professions de solidarité envers « les juifs » et « Israël » de la part des deux
candidats à l’occasion du Nouvel An juif (sept. 1952) ; pendant ces festivités, également, la pression
américaine sur les Allemands « libres » d’Allemagne de l’ouest réussit à leur soutirer la signature de l’accord
pour payer des « réparations » à Israël. En octobre eut lieu le procès de Prague, avec l’accusation de
« conspiration sioniste », et M. Eisenhower commença à faire ses déclarations menaçantes à propos de
« l’antisémitisme en Union soviétique et dans les pays satellites ».
L’accusation d’« antisémitisme » était jugée comme un moyen d’obtenir des votes aux élections, et fut
portée par le président sortant, M. Truman, contre M. Eisenhower, qui dit en public qu’il était dépassé
par cette insinuation : « Ma voix s’étrangle, je vous laisse juger ». Le rabbin Hillel Silver de Cleveland
(qui fit des menaces de guerre à l’Union soviétique sur l’accusation d’« antisémitsme ») fut appelé en
réunion privée avec M. Eisenhower et il en ressortit qu’il innocenta le candidat de toute souillure antisémite
(le rabbin Silver offrit une prière à la Convention républicaine qui désigna M. Eisenhower ; à l’investiture
du nouveau président, et à la requête de M. Eisenhower, il offrit une prière « pour la grâce et la guidance »).
Parmi ses rivaux en campagne, le vice président sortant, un certain M. Alben Barkley,
surpassa tous les autres. Une déclaration typique de M. Barkley (« Je prédis un avenir glorieux à Israël comme
modèle sur lequel la plupart du Moyen-Orient pourrait se former »), Time dit : « La vedette du circuit
des discours est le vice président Alben Barkley, qui depuis des années soutire jusqu’à $ 1000 pour chaque apparition.
Barkley est un favori des tribunes rémunéré pour les campagnes de vente de bons israéliens. De nombreux Arabes
pensent... que ce fait a eu une influence sur la politique des États-Unis au Moyen-Orient ; mais il y a peu d’Arabes
qui votent aux élections américaines. »
Quelques semaines après l’investiture, l’accord sur le tribut de l’Allemagne de l’ouest fut ratifié, un ministre
allemand annonçant alors que le gouvernement de Bonn avait cédé à la pression de l’Amérique, qui ne souhaitait pas
apparaître ouvertement comme le financier de l’État sioniste. Le même mois (avril 1953), les journaux juifs,
sous la une « Israël Montre Sa Puissance », rapportèrent que « Tout le corps diplomatique et les attachés militaires
étrangers qui regardaient le plus grand défilé de l’armée israélienne à Haïfa, avec la Marine au large et les unités
de l’armée de l’air passant au dessus de leurs têtes, furent dûment impressionnés et le but du défilé, démontrer
qu’Israël était prête à prendre une décision sur le terrain, fut atteint ».
C’est dans ces circonstances, avec diverses nouveaux « engagements » et promesses données et notées pour le futur,
avec Staline mort, Israël prête à « une décision sur le terrain » et la moitié « libre » de l’Allemagne peinant
pour payer son tribut, qu’un nouveau mandat présidentiel commença en 1953. Un curieux incident marqua le grand
défilé du jour de l’investiture à Washington. À la queue du cortège, se tenait un homme à cheval dans un costume
de cow boy, qui mit son cheval au pas alors qu’il approchait de la tribune présidentielle, et demanda s’il pouvait
essayer son lasso. Docilement, M. Eisenhower se leva et baissa la tête ; le lasso tomba autour de lui et [le cow boy]
l’enserra avec ; les images filmées montraient un homme, nu-tête, aubout d’une corde.
Nombreux sont ceux qui pensèrent que le nouveau président prononçait de simple platitudes quand il dit :
« L’État d’Israël est l’avant-poste de la démocratie au Moyen-Orient et chaque Américain aimant la liberté
doit se joindre à l’effort pour assurer à jamais l’avenir de ce nouveau membre de la famille des nations ».
En réalité, c’était un engagement, ou considéré comme tel par ceux à qui il était adressé, de même que les paroles
similaires de M. Roosevelt et M. Woodrow Wilson. Huit ans après la mort d’Hitler, le nouvel État, où les lois
mêmes d’Hitler avaient cours et d’où la population d’origine avaient été chassée par le massacre et la terreur,
était « l’avant-poste de la démocratie » et tous ceux « aimant la liberté » devaient (à l’impératif)
s’unir pour le préserver.
Si le nouveau président pensait qu’il était libre de former une politique d’État après avoir prononcé de telles
paroles, on lui montra autre chose dans les neuf mois qui suivirent son investiture. En octobre 1953, l’engagement
fut rappelé, et de manière impérieuse. Un effort pour agir de manière indépendante, et dans l’intérêt national
américain, sur un problème affectant « le plus jeune membre de la famille des nations » fut réprimé, et le président
américain contraint de faire pénitence publiquement, ce qui ressemblait beaucoup à la manière dont « Rockland »
(Woodrow Wilson) avait été rappelé à l’ordre dans le roman de M. House de 1912.
Cette humiliation du chef de ce que l’humanité considérait comme le gouvernement le plus puissant du monde
est l’incident le plus significatif de cette histoire, qui compte de nombreux épisodes, similaires dans leur nature
mais moins ouverts à l’appréciation publique. La série d’attaques sionistes envers les États arabes voisins
(listée dans la partie précédente) commença le 14 oct. 1953, lorsque tous les habitants du village arabe de Qibya,
en Jordanie, furent massacrés. C’était une répétition du massacre de Deir Yassin de 1948, à la différence qu’il
fut perpétré hors de la Palestine, ainsi il annonçait délibérément à l’ensemble des peuples arabes qu’en temps
voulu ils subiraient tous la « destruction totale », de nouveau avec l’accord tacite de « l’Occident ».
Les faits furent rapportés aux Nations unies par le général danois Vagn Bennike, chef de l’Organisation de
surveillance de la trêve (qui reçut des menaces de mort), et son subalterne responsable immédiat, le commandant
E.D. Hutchinson de la Marine américaine, qui décrivit l’attaque comme « un meurtre de sang froid » (et fut destitué
par la suite). Durant la discussion qui suivit devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le délégué français dit
que « le massacre » avait suscité « horreur et réprobation » en France et reprocha à Israël, l’État fondé
sur l’affirmation de « persécution », d’« assouvir sa vengeance sur des innocents ». Le délégué grec parla
de « l’horrible massacre » et les délégués britannique et américain reprirent en chœur le refrain de la
« condamnation » (9 nov. 1953). En Angleterre, l’archevêque de York dénonça cet « horrible acte de terrorisme »
et un membre du Parlement conservateur, le major H. Legge-Bourke, le qualifia de « culmination de l’atrocité
dans une longue série d’incursions dans des territoires non israéliens, faisant partie d’un projet concerté
de vengeance ».
Au moment où ces manifestations d’horreur étaient prononcées, une prime américaine de $ 60 000 000 avait été allouée
de fait à Israël pour cet acte, et le président américain avait publiquement cédé à la « pression » sioniste à
New York. Voici la chronologie des événements :
Quatre jours après le massacre (18 oct. 1953), le gouvernement américain « décida de réprimander sévèrement
son protégé » (The Times, 19 oct.). Il annonça que « les rapports choquants qui sont parvenus au département
d’État concernant la perte de vies et de biens impliquée dans cet incident nous convainquent que ceux qui
sont responsables devraient rendre compte de leurs actes et des mesures efficaces devraient être prises afin
d’empêcher de tels incidents à l’avenir » (ces mots valent la peine d’être comparés avec ce qui se passa quelques
jours plus tard). Le Times ajouta : « derrière cette déclaration, il y a une rancœur grandissante
envers la manière désinvolte dont le gouvernement israélien a tendance à traiter les États-Unis, peut-être parce
qu’elle croit qu’elle pourra toujours compter sur la pression politique intérieure dans ce pays ». On
rapportait même (ajouta Le Times, comme dans un souffle) « qu’une subvention de plusieurs millions de
dollars au gouvernement israélien pourrait être suspendue jusqu’à ce que la garantie soit donnée qu’il n’y
aura plus d’incidents aux frontières ».
Deux jours plus tard (20 oct.), le département d’État annonça que la subvention a Israël serait interrompue.
Si le président Eisenhower estimait qu’avec l’élection de l’an passé et les trois prochaines années
devant lui, son administration était libre de formuler la politique nationale américaine, il avait tort.
La faiblesse de l’Amérique, et la force de la méthode passe-partout, est qu’une élection est toujours
imminente, si ce n’est pas une élection présidentielle, alors une élection au Congrès, à la mairie, la municipalité
ou autre. À cette période, trois candidats (deux juifs et un non-juif) concouraient pour la mairie de New York,
et la campagne commençait pour les élections au Congrès de 1954, où la totalité des 435 membres de la Chambre des
députés et un tiers des sénateurs devaient se présenter aux élections. Dans ce contexte, la pression était mise
sur la Maison Blanche.
Les trois rivaux de New York commencèrent à surenchérir entre eux pour le « vote juif ». Cinq cents sionistes
se rassemblèrent à New York (25 oct.), annoncèrent qu’ils étaient « choqués » par l’annulation de
« l’aide à Israël », et exigèrent que le gouvernement « reconsidère et renverse son hâtive et injuste décision ».
Le candidat républicain télégraphia à Washington pour demander une entrevue immédiate avec le secrétaire d’État ;
à son issue, il assura aux électeurs inquiets qu’« une aide économique complète serait donnée à Israël »
(New York Times, 26 oct.) et dit qu’elle se monterait en tout à $ 63 000 000
(malgré cela, il ne fut pas élu).
Entre-temps, les directeurs du Parti républicain vociféraient à la porte du président, menaçant de ce qui se
passerait aux élections de 1954 s’il ne se rétractait pas. Le 28 octobre, il capitula, une déclaration officielle
annonçant qu’Israël recevrait la somme qui lui avait été assignée auparavant, dont $ 26 000 000 dans les six
premiers mois de l’année fiscale (sur un total d’environ $ 60 000 000).
Le candidat républicain à la mairie de New York accueillit cela comme « la reconnaissance du fait qu’Israël
est un bastion sûr de la sécurité du monde libre au Proche-Orient », et comme un acte de « diplomatie mondiale »
typique du président Eisenhower. La véritable illustration de ce qui avait provoqué cet acte fut donnée par M. John
O’Donnell dans le New York Daily News, le 28 oct. : « Les hommes politiques de profession ont tenté de
lui mettre la main dessus pour de bon. Ike n’a pas du tout aimé ça... mais la pression était si violente
que pour maintenir la paix au sein de la famille, il a dû faire marche arrière. Et cette volte-face, politiquement
et personnellement, est pratiquement la plus maligne et rapide qu’on ait vue dans cette capitale politique mondiale
depuis bien des mois... Depuis une semaine, la pression sur les candidats, qui courent après l’énorme vote
juif à New York City, est terrible... L’éducation politique du président Eisenhower a changé à une vitesse
vertigineuse ces dix derniers jours ». (Néanmoins, le Parti républicain a bien perdu le contrôle du
Congrès aux élections de 1954, ceci étant le résultat familier et invariable de ces capitulations ; mais après
d’encore plus importantes capitulations, en 1956, néanmoins son candidat désigné, à nouveau M. Eisenhower,
fut réélu président).
Après cela, le gouvernement américain ne s’aventura plus jamais à « réprimander son protégé » durant la longue
série d’« actes [tout aussi]horribles » les uns que les autres commis par ce dernier, et à l’anniversaire de la
création d’Israël (7 mai 1954), l’armée israélienne exposa fièrement les armes reçues des États-Unis et de
Grande-Bretagne ; une exhibition gigantesque de chars américains et britanniques, de jets, de bombardiers et
de chasseurs fut alors offerte à la vue. (Les États-Unis avaient rapporté le 12 août 1952 qu’Israël
avait « droit à une aide à l’armement » et le 17 janvier 1952, la Grande-Bretagne autorisa l’exportation
d’armes vers Israël par des fournisseurs privés).
Deux années de calme relatif suivirent, mais ce n’était que le silence des préparatifs ; la prochaine série
d’événements était manifestement en train d’être organisée pour l’année de la prochaine élection présidentielle,
en 1956. En mai 1955 (le mois où Sir Anthony Eden succéda à Sir Winston Churchill en tant que Premier ministre
d’Angleterre), le secrétaire d’État américain, M. John Foster Dulles, comme M. Balfour trente ans auparavant,
visita enfin le pays qui ruinait la politique étrangère américaine, comme il avait ruiné celle de l’Angleterre.
Après son expérience avec la « réprimande », si rapidement encaissée, il dut réaliser qu’il avait affaire à
la force la plus puissante au monde, suprême dans son propre pays, et dont « Israël » n’était que
l’instrument utilisé pour diviser et dominer les autres.
Comme M. Balfour, il fut accueilli par des émeutes arabes quand il s’aventura hors de la Palestine.
En Israël, peu d’Israéliens le virent, on le poussa dans une voiture fermée, entouré d’une ceinture de
policiers, de l’aéroport jusqu’à Tel Aviv. L’opération de police dédiée à son escorte et à sa protection
fut appelée « Opération Kitavo », Kitavo étant l’Hébreu pour « Lorsque tu seras entré ». C’est une allusion au
Deutéronome 26 : « Lorsque tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour héritage...
et aujourd’hui, l’Éternel t’a fait promettre que tu serais son peuple spécial, comme il te l’a dit, et que
tu observerais tous ses commandements, afin qu’il te donne sur toutes les nations qu’il a créées la supériorité...
et afin que tu sois un peuple saint pour l’Éternel ton Dieu ». Ainsi, un secrétaire d’État américain
dans l’Israël sioniste n’était-il considéré que comme un personnage mineur dans la grande saga de
« l’accomplissement » de la Loi lévitique.
M. Dulles, à son retour, dit qu’il avait trouvé que les Arabes craignaient le sionisme plus que le communisme...
une évidence : les Arabes avaient lu la Torah et témoigné de son application littérale sur
eux-mêmes à Deir Yassin et Qibya. Il dit lors d’un programme télévisé (selon l’Associated Press, 1er juin 1953) :
« les États-Unis respectent fermement la déclaration de 1950 faite conjointement avec la Grande-Bretagne et
la France ; elle engage les trois nations à agir au cas où les frontières israéliennes actuelles seraient violées
par toute action militaire » (la célèbre « Déclaration tripartite »). Je n’ai pu découvrir si M. Dulles a bien dit
cela ou si ses propos furent déformés (la Déclaration était censée être impartiale et garantissait « les frontières
du Moyen-Orient et les délimitations de l’armistice », non « les frontières israéliennes », mais c’était ce genre
d’informations qui parvenait toujours jusqu’au Arabes et en réalité, l’erreur verbale, ou la
déformation des propos, s’approchait beaucoup plus de la réalité manifeste de la situation.)
À nouveau, les générations passaient, mais l’ombre grandissante du sionisme s’abattait plus lourdement
sur chaque nouvelle génération. Sir Winston Churchill, ses facultés finissant par baisser, abandonna son poste
à l’homme auquel il l’avait déjà conféré à la manière d’un potentat décidant de la succession : « Je ne prends
aucune mesure dans les affaires publiques sans consulter M. Eden ; il reprendra le flambeau du conservatisme
quand d’autres mains plus vieilles l’auront laissé tomber ». Ceci étant le cas, Sir Anthony hérita sans doute
du soutien inconditionnel de Sir Winston à « l’accomplissement des aspitations du sionisme » et il se pourrait bien
qu’il ait souhaité que le flambeau se trouve en d’autres mains, car ce dernier ne pouvait que détruire, et non
éclairer le « conservatisme » et l’Angleterre. Du moment où Sir Anthony accéda à la fonction pour
laquelle toute sa vie l’avait préparé, son administration souffrit beaucoup du « problème du Moyen-Orient »,
de sorte que la fin de sa carrière politique semblait vouée à être aussi malheureuse que celles
de M. Roosevelt et de M. Woodrow Wilson.
Et aussi, le scribe pourrait ajouter, celle du président Eisenhower. En septembre 1955, il fut terrassé
[par une crise cardiaque], et même s’il s’en remit, ses photos commencèrent à présenter les traits
qui étaient apparus sur celles de MM. Roosevelt et Woodrow Wilson vers la fin de leurs mandats. La « pression »
que ces hommes puissants en apparence doivent supporter en ce « siècle juif » semble avoir quelque effet
qui se révèle sur un visage rongé par les soucis. Ils sont entourés de faiseurs de louanges, mais s’ils essaient
de suivre leur conscience et de faire leur devoir, on les oblige avec acharnement à rendre des comptes.
Après sa première expérience, l’attente générale était qu’Eisenhower ne se présenterait pas une deuxième fois.
Ce n’était pas un républicain, et durant son premier mandat il se sentit mal à l’aise en président « républicain ».
En vérité, peu après son investiture, ses « tracas avec la puissante aile droite du parti » (en d’autres mots,
avec les républicains traditionnels, qui étaient pour le sénateur Taft) « atteignirent de tels extrêmes que pendant
un temps, il réfléchit longuement à l’idée d’un nouveau parti politique en Amérique, un parti auquel les personnes
ayant la même philosophie, indépendamment de leur affiliations précédentes, pourraient se rallier... Il commença
par demander à ses associés les plus intimes s’il ne fallait pas qu’il se mette à réfléchir à un nouveau parti.
Tel qu’il l’imaginait, un tel parti aurait avant tout été son parti. Il aurait représenté les doctrines,
internationales et nationales, qu’il croyait être les meilleures pour les États-Unis et à vrai dire pour le monde ». *
Il n’abandonna cette idée que lorsque la mort du sénateur Taft laissa le Parti républicain sans leader naturel
et lorsque le Sénat, sur incitation personnelle du président, condamna le sénateur Joseph McCarthy du Winsconsin
pour son attaque fervente du communisme au sein du gouvernement. La colère publique suscitée par la révélation de
l’infestation communiste de l’administration sous les présidents Roosevelt et Truman fut l’une des causes principales
du revirement des votes en faveur du Parti républicain (et de son candidat, M. Eisenhower) en 1952.
* Cette révélation significative est tirée d’un livre, Eisenhower : The Inside Story, publié en 1956 par un
correspondant à la Maison Blanche, M. Robert J. Donovan, manifestement selon les voeux de M. Eisenhower,
car il est basé sur les comptes rendus des réunions du Cabinet et d’autres documents concernant des rapports
hautement confidentiels au plus haut niveau. Rien de la sorte ne fut jamais publié en Amérique auparavant,
et l’auteur n’explique pas les raisons de cette innovation. Certaines choses y sont rapportées, que les membres
du Cabinet du président n’auraient probablement pas dites s’ils avaient su qu’elles seraient publiées, par exemple,
la suggestion facétieuse qu’un certain sénateur Bricker et ses partisans (qui réclamaient avec force un amendement
constitutionnel pour limiter le pouvoir du président de conclure des traités, et ainsi le soumettre à un fort
contrôle de la part du Congrès) soient atomisés.
Ainsi, à la fin de l’année 1955, une année d’élection présidentielle était-elle à nouveau imminente, dans des
circonstances que le pouvoir dominant en Amérique avait toujours trouvées idéales : un président souffrant,
des politiciens de parti avides de « vote juif », une situation de guerre au Moyen-Orient et une autre en Europe.
Dans une telle situation, la « pression politique intérieure » dans la capitale du pays le plus riche et le mieux
armé du monde pouvait pratiquement produire n’importe quel résultat. Les directeurs du Parti républicain, voulant à
tout prix conserver au moins un républicain nominal à la Maison Blanche s’ils n’arrivaient pas à obtenir une
majorité au Congrès, se rassemblèrent autour d’un homme malade et le poussèrent à se présenter.
*
* Les événements nationaux les plus significatifs du premier mandat du président Eisenhower (à la lumière du fait
que son élection exprimait principalement le désir des votants américains, en 1952, de redresser l’infestation
communiste avérée au gouvernement et de combattre la menace d’agression communiste) furent la condamnation de
l’instigateur le plus obstiné, le sénateur McCarthy, condamnation qui reçut les encouragements et l’approbation
personnels du président, et la décision de la Cour suprême des États-Unis en 1955, qui niait le droit des
quarante-huit États individuels de prendre des mesures contre la sédition et réservait cela au gouvernement fédéral.
Cette décision, si elle entre en vigueur, réduira grandement le pouvoir de la République à « lutter contre la
sédition » (les « Protocoles »). Le troisième événement national important fut la décision de la Cour
suprême contre la ségrégation des élèves blancs et noirs dans les écoles publiques, qui de fait était dirigée
contre le Sud et, si elle était appuyée, pourrait produire des résultats violemment explosifs. Ces événements
attirèrent l’attention sur la position spéciale occupée aux États-Unis par la Cour suprême, à la lumière du fait
que les nominations y sont politiques, et non la récompense d’une vie de service dans une magistrature indépendante.
Dans ces circonstances la Cour suprême, sous le président Eisenhower, montra des signes d’évolution en un corps
politique suprême (Politbüro suprême serait un mot assez approprié), capable de prévaloir sur le Congrès. L’adjoint
du ministre de la Justice des États-Unis, M. Simon E. Sobeloff, déclara en 1956 : « Dans notre système, la Cour
suprême n’est pas seulement le juge des controverses, mais dans le processus de jugement, elle est
en de nombreux points le décisionnaire final de la polique nationale » (cité dans le New York Times,
19 juillet 1956).
La véritable campagne commença, comme toujours, une bonne année avant l’élection elle-même. En septembre 1955,
le gouvernement égyptien du président Gamal Abdel Nasser passa un contrat avec l’Union soviétique pour l’achat
d’armes. La « Déclaration tripartite » américano-franco-britannique de 1950 stipulait qu’Israël et les États
arabes pouvaient acheter des armes à l’Occident. Le président Nasser, pour justifier son acte, déclara
(16 nov. 1955) qu’il n’avait pas réussi à obtenir « une seule pièce d’armement de la part des États-Unis en trois
ans de tentatives » et accusa le gouvernement américain de « tentative délibérée de maintenir perpétuellement les
Arabes à la merci d’Israël et de ses menaces ».
Cet achat égyptien d’armes aux Soviétiques produisit une tempête de protestations immédiate à Wahington et
Londres similaire à celle qui s’était élevée en 1952-3 à propos du « procès des docteurs juifs ». Le président
Eisenhower fit appel à l’Union soviétique pour différer l’expédition d’armes vers l’Égypte (la majeure partie de
ces armes venait de l’usine d’armement de Skoda en Tchécoslovaque, qui était tombée sous possession soviétique
en conséquence des accords de Yalta de 1945 et qui avait fourni les armes permettant à « Israël » de
s’installer en 1947-8 et d’« acclamer les Soviétiques comme des libérateurs »). À Londres, le même jour
(9 nov. 1955), Sir Anthony Eden accusa l’Union soviétique de créer des tensions guerrières au Moyen-Orient ;
le ministre des Affaires étrangères britannique, M. Harold Macmillan, se plaignit de l’introduction d’un
« nouveau facteur inquiétant dans cette situation délicate ». Pour les Arabes, toutes ces paroles venues
d’Occident signifiaient ce qu’elles avaient toujours signifié : qu’on donnerait des armes à Israël et
qu’on les refuserait aux Arabes.
Après cela, la campagne de propagande enfla jour après jour, de la même manière que celle de 1952-3, jusqu’à ce
qu’en quelques semaines, le souvenir des trois années d’attaques israéliennes des pays arabes et les condamnations
de celles-ci par les Nations unies aient été effacés de l’esprit public. À sa place, le lecteur moyen reçut
l’impression quotidienne qu’Israël désarmée, par la faute de l’Occident, était laissée à la merci de l’Égypte,
armée jusqu’aux dents grâce aux armes « rouges ». À ce stade précoce, la vérité de l’affaire fut publiée
une fois : une importante autorité militaire américaine, M. Hanson W. Baldwin, parlant de la fourniture d’armes
américaines à Israël, dit : « Nous essayons de maintenir un « équilibre » très difficile entre les Israéliens et
les Arabes. Ce n’est pas actuellement, et il est peu probable que ce le soit bientôt, un véritable équilibre
dans le sens où les deux bords possèdent une force militaire équivalente. Aujourd’hui, Israël est nettement
supérieure à l’Égypte, et à vrai dire, à la force combinée de l’Égypte, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite,
du Liban, de la Syrie et de l’Irak » (New York Times, 11 nov. 1955).
On ne permit plus à cette vérité d’atteindre les masses lisant les journaux dans les onze mois qui suivirent,
en tous les cas d’après mes observations. * Elles furent maintenues perplexes par la clameur grandissante à
propos des « armes rouges pour les Arabes », qui donnait le ton pour les deux campagnes électorales (pour le
Congrès et pour la présidence) commençant alors. ** Tous les candidats à la présidence du côté des démocrates
(MM. Estes Kefauver, le gouverneur Harriman de l’État de New York, Stuart Symington et Adlai Stevenson)
firent des déclarations incendiaires dans ce sens. *** À un moment, un comité sioniste américain réfléchit à
une « manifestation à Denver » mais se ravisa (le président y était à l’hôpital après son attaque), et à la
place aborda tous les candidats des deux partis, pour leur demander de signer une « déclaration de politique »
contre la subvention d’armes à tout État arabe. 120 candidats au Congrès signèrent sur-le-champ, et plus tard
le nombre atteignit 102 pour les démocrates et 51 pour les républicains (New York Times, 5 avril 1956).
L’excès de signataires démocrates explique la déclaration faite au Congrès sioniste mondial à Jérusalem le 26 avril
par M. Yishak Gruenbaum, un important homme politique israélien et ex-ministre : « Israël n’obtiendra pas de
soutien des États-Unis aussi longtemps que la direction républicaine sera aux commandes ».
C’était, de la part d’Israël, la demande publique que les juifs américains votent pour les démocrates, et la
croyance des directeurs de parti américain dans le pouvoir du « vote juif » aux États-Unis fut renforcée,
à cette occasion, par le succès des démocrates à l’élection au Congrès, succès désiré par M. Gruenbaum à Jérusalem.
* Cependant, quatorze mois plus tard (4 janv. 1957), après l’attaque de l’Égypte, M. Hanson Baldwin, écrivant
depuis le Moyen-Orient, confirma la continuité de la prédominance militaire d’Israël « sans défense » :
« Israël est, depuis 1949, la puissance militaire indigènela plus forte de la région. Elle est plus forte
aujourd’hui, comparée aux États arabes, qu’elle ne le fut jamais auparavant ».
** « La fourniture d’armes par la Tchécoslovaquie soviétique fit que les juifs d’Israël et
d’ailleurs se tournèrent vers les Soviétiques en tant que libérateurs », Jewish Times de
Johannesbourg, 24 déc. 1952.
*** « L’État d’Israël sera défendu si nécessaire avec une aide extérieure massive », le
gouverneur Harriman, New York Times, 23 mars 1955.
Dans ce climat de « pression » sur un président souffrant par le biais des directeurs de parti et d’une campagne
de plus sur « la persécution des juifs » (symbolisée, cette fois, par Israël), l’année de l’élection présidentielle
commença. Dès le début, les observateurs expérimentés virent qu’elle avait été choisie (comme les années des
élections présidentielles précédentes) comme une année de crise montante organisée qui pourrait exploser en guerre
générale. La base de tous les calculs était la « pression politique intérieure » qui pouvait
être exercée sur le gouvernement américain et ses actions.
Dans le monde réel, l’année débuta, typiquement, par une nouvelle « condamnation » unanime (19 jan. 1956) d’Israël
pour une attaque « délibérée » et « flagrante » (celle de la Syrie, le 11 déc. 1955). C’était la quatrième
condamnation majeure en deux ans et elle arriva au moment où la campagne de propagande à propos de « l’absence de
défenses » d’Israël et « l’agression » arabe battait déjà son plein en Occident. À la même période, un
« état d’urgence national » fut déclaré en Israël.
L’attaque sioniste s’en prit alors au noyau de représentants officiels responsables du département d’État
américain qui (comme ceux du ministère des Colonies et du ministère des Affaires étrangères britanniques lors
de la génération précédente) tentaient d’éviter les « engagements » périlleux envers Israël. En novembre 1955,
l’organistation sioniste religieuse la plus importante au monde, l’Organisation Mizrahi d’Amérique, avait
déclaré à Atlantic City qu’« une clique » d’« élements anti-Israéliens au département d’État des États-Unis »
était en train de « bloquer l’aide effective des États-Unis à Israël » (ceci est, mot pour mot, la plainte faite
par le Dr Chaim Weizmann contre les représentants officiels britanniques sur une période de trois
décennies, 1914-1947).
Lors de l’année de l’élection présidentielle de 1956, l’homme qui reprit le fardeau en Amérique fut
M. John Foster Dulles, le secrétaire d’État. Immédiatement après la « condamnation » d’Israël par le
Conseil de sécurité de l’ONU, en janvier, M. Dulles annonça qu’il était en train d’essayer d’obtenir l’accord
des principaux hommes politiques démocrates pour maintenir la question israélo-arabe « en dehors du débat durant
la campagne électorale présidentielle » (24 jan. 1956). Le New York Times commenta : « On sait que M. Dulles
s’est plaint que les représentants de l’ambassade israélienne [aux États-Unis] ont cherché à persuader les candidats
au Congrès de prendre une position favorable à la cause israélienne... Le secrétaire désire vivement
qu’aucun des deux partis ne complique les délicates négociations pour une solution au Moyen-Orient en débattant
de la question israélienne pour des avantages personnels ou partisans, lors de la campagne électorale...
Particulièrement, il craint que quelque chose ne soit déclaré pendant la campagne présidentielle qui pourrait
inciter les Israéliens à penser que les États-Unis pourraient tolérer ou collaborer à une invasion israélienne
des territoires arabes ».
Ainsi, M. Dulles se plaignait-il de la « pression politique » rapportée par le président Truman dans ses mémoires, *
et tenta-t-il, en 1956, ce que M. Forrestal avait tenté en 1947, au prix d’une destitution, d’une dépression et
d’un suicide. Il fut immédiatement attaqué par la presse (autant en Amérique qu’en Angleterre) de la même manière
que M. Ernest Bevin et M. Forrestal dans les années 1947-8. Il reçut une lettre réprobatrice d’« un groupe de
membres républicains au Congrès », auxquels il répondit d’un ton apaisant (7 fév. 1955) que « La politique étrangère
des États-Unis inclut la préservation de l’État d’Israël... Nous n’excluons pas la possibilité de vendre des armes
à Israël ». Entre-temps, il avait péché davantage, car le Jerusalem Post, qui en 1956 était une sorte de
Court Gazette des capitales occidentales, annonça qu’il avait commis « un acte mineur mais inamical...
il a reçu pendant 45 minutes une délégation du Conseil américain pour le judaïsme ». **
* Entre-temps, un autre livre était sorti : The U.N. Record de M. Chesly Manly, qui racontait que quatre
officiels supérieurs du service diplomatique américain, rappelés du Moyen-Orient à Washington durant les élections
au Congrès de 1946 afin d’être consultés sur la question palestinienne, avaient exposé le cas arabe et reçu
cette réponse du président Truman : « Désolé, messieurs, je dois répondre à des centaines de milliers de personnes
qui attendent avec impatience la victoire du sionisme ; je n’ai pas des centaines de milliers d’Arabes parmi
mes électeurs ». La soumission de M. Truman à la pression sioniste lorsqu’il était en fonction, et ses plaintes
sur le sujet une fois en retraite, sont ainsi archivées toutes les deux.
* * Voilà un exemple, dans la nouvelle génération, de « l’interférence étrangère, entièrement
venue des juifs » dont le Dr Weizmann se plaignait amèrement à la génération prédécente.
Le Conseil [américain pour le judaïsme] craignait et combattait l’implication de l’Occident
dans le chauvinisme sioniste. Il était dirigé par M. Lessing Rosenwald, ancien président de
la grande maison de commerce de Sears, Roebuck, et le rabbin Elmer Berger. Lors d’un meeting à Chicago
à cette période, il [le Conseil] décida que les mémoires du président Truman « confirment que les pressions
sionistes, cataloguées comme venant des juifs américains, étaient excessives au-délà de la bienséance »
et « offraient le spectacle de citoyens américains promouvant les causes d’un nationalisme étranger ».
Le lecteur, s’il se réfère aux chapitres précédents, verra avec quelle précision la situation en Angleterre en
1914-1917 avait été reproduite en Amérique en 1947-8 et 1955-6.
Le Conseil sioniste américain « protesta » immédiatement contre la proposition de M. Dulles que la question
palestinienne soit maintenue « en dehors du débat » durant l’élection présidentielle ; son président,
un certain rabbin Irving Miller, qualifia cela de « vision erronée, le fait qu’un segment particulier de la politique
étrangère soit retiré de l’arène du débat public libre et sans entraves ». Quant à cette absence d’entraves,
les rares allusions suivantes à la situation actuelle apparurent à cette époque dans la presse américaine :
« Les querelles d’Israël avec ses voisins ont été transférées à chaque tribune américaine, où le simple fait
d’expliquer pourquoi les Arabes ressentent ce qu’ils ressentent fait de vous un candidat à l’anéantissement
professionnel » (Miss Dorothy Thompson) ; « Une politique pro-égyptienne ne donnera aucune voix aux républicains
dans le New Jersey, le Connecticut ou le Massachussets, et lorsque qu’on discute avec des hommes politiques
de profession, on entend peu parler de la question » (M. George Sokolsky) ; « Les cerveaux politiques soutiennent
que pour obtenir le vote juif dans des États aussi cruciaux que New York, le Massachussets, l’Illinois, le New
Jersey et la Pennsylvanie, les États-Unis devraient apporter un soutien total contre les Arabes »
(M. John O’Donnell).
Le développement suivant fut une annonce dans le New York Times (21 fév. 1956) que M. Dulles devrait
« faire face à une enquête sur la politique étrangère » demandée par la Commission des affaires
étrangères du Sénat « pour enquêter sur les tournants et les virages de l’administration dans sa politique
d’armement au Moyen-Orient ». M.Dulles parut comme prévu devant la Commission (24 fév. 1956) et cela
mena à un incident significatif. Habituellement, le public en Amérique et en Angleterre est défendu d’exprimer
toute opinion défavorable sur l’aventure en Palestine, qui lui coûte si cher ; les candidats à l’élection
ne peuvent espérer être désignés par le parti s’ils ne souscrivent pas à la vision sioniste, et la presse
en général refuse de publier toute autre vision. À cette occasion, le représentant responsable au cabinet donna
une audience constituée d’autant d’Américains que pouvait en contenir l’espace réservé aux spectateurs,
et ils l’ovationnèrent à son entrée, pendant qu’il parla, et à sa sortie.
La raison de ces ovations était claire, et l’incident montrait comment le public occidental réagirait si leurs
leaders politiques faisaient jamais appel à eux franchement concernant cette question. M. Dulles dit entre autres
choses : « une des plus grandes difficultés auxquelles les États-Unis doivent faire face dans leur rôle de tentative
de médiation entre Arabes et Israéliens est la croyance du monde arabe selon laquelle l’approche de Washington
serait guidée par des pressions politiques internes ». Il y avait le danger que les Israéliens « précipitent
ce qu’on appelle une guerre préventive ». Si cela se produisait, les États-Unis « ne s’engageront
pas au côté d’Israël » parce qu’ils ont des engagements avec leurs alliés : s’opposer à toute nation
qui commencerait une « agression » au Moyen-Orient. Il « suggéra plusieurs fois que les pressions politiques
internes étaient exercées pour tenter de forcer l’administration à prendre une tournure
excessivement et imprudemment pro-israélienne au Moyen-Orient ».
Ce qui était applaudi alors était clair, et c’était la première allusion officielle et publique, devant une
assistance grand public, à la poigne qui maintient l’Occident en servitude. La manifestation d’approbation publique
ne diminua pas les « pressions » dont M. Dulles se plaignait. Quelques semaines plus tard (12 avr. 1956), il fut
interpelé devant les leaders du Congrès pour faire un compte rendu sur le Moyen-Orient et leur dit :
« Je crains qu’il ne soit trop tard pour une solution pacifique ». Il indiqua que les deux « facteurs-clés » dans
la politique des États-Unis [au Moyen-Orient] étaient « en conflit », à savoir : « La rétention des immenses
ressources de pétrole de la région à des fins militaires et économiques en Europe de l’Ouest » (ces
ressources se trouvent actuellement dans les pays arabes), et « la préservation d’Israël en tant que nation ».
Le leader de la Chambre des démocrates, M. John McCormack, demanda alors sur un ton péremptoire : « Quelle politique
est prioritaire, sauver Israël, ou conserver la mainmise sur le pétrole ? » Par sa réponse : « Nous
essayons de faire les deux », M. Dulles montra que tout l’Occident était plus profondément que jamais prisonnier
du dilemme insoluble créé par la participation originelle de la Grande-Bretagne au sionisme.
Dans l’effort vain de « faire les deux », M. Dulles empira bientôt les choses. Apparemment, il n’avait jamais eu
aucun espoir que sa proposition originelle réussirait ; il « poussa un beuglement de rire sardonique » quand on
lui demanda, lors d’une conférence de presse à la même époque, s’il croyait vraiment qu’il pourrait faire retirer
la question israélo-arabe de la politique. Au moment même où il parlait devant la Commission du Sénat
(ses spectateurs auraient-ils applaudi, s’ils avaient su ?) , on était en train d’imaginer la méthode par laquelle
l’Amérique pourrait annoncer officiellement qu’elle ne fournirait pas du tout d’« armes au Moyen-Orient », et en
même temps garantirait qu’Israël reçoive de telles armes, lui permettant de lancer la « guerre préventive » que
le secrétaire d’État « craignait ». Le moyen était similaire à celui utilisé dans le cas des « réparations » de
l’Allemagne de l’ouest, qui furent exigées sous la pression américaine et assuraient l’approvisionnement d’Israël
en argent ou en biens sans que cela n’apparaisse dans aucun budget américain.
Immédiatement après le rapport de M. Dulles devant la Commission du Sénat, et apparemment en réponse à celui-ci,
les troupes israéliennes réalisèrent « une attaque organisée à l’avance et planifiée » des Égyptiens dans le
territoire de Gaza, tuant trente-huit personnes (27 fév. 1956), et fut condamnée pour « agression brutale »
par l’U.N.M.A.C. En quelques semaines, les chroniqueurs commencèrent alors à faire des allusions à la nouvelle
façon de fournir des armes à Israël : « Si les États-Unis vendaient des armes à Israël, cela rouvrirait le pipeline
d’armes communiste vers les États arabes... apparemment on pensait que la même chose n’arriverait pas si la
Grande-Bretagne, la France et le Canada satisfaisaient aux demandes d’armes de la part d’Israël...
On estime ici que si les Alliés vendent des armes à Israël, les États-Unis pourront maintenir leur propre position
d’impartialité. »
C’était « faire les deux » en pratique. Le rabbin Hillel Silver (le leader sioniste qui avait prononcé la prière
pour la « grâce et la guidance » à l’investiture du président) déclara alors en Israël que « l’administration
Eisenhower n’a pas encore dit son dernier mot sur les armes pour Israël » (New York Times, 4 avr. 1956). De retour à
Washington, il eut « une discussion très franche et amicale » avec le président. Puis on révéla que les États-Unis
« encourageaient discrètement les gouvernements français et canadien à vendre des armes à Israël » (New York Times
, avril 1956). Puis, ces dernières se révélèrent être en vérité des armes fournies par les Américains, car le
gouvernement français annonça officiellement (12 mai 1956) que le gouvernement américain « avait accepté de retarder
les livraisons afin de permettre à la France d’effectuer rapidement une dernière livraison de douze avions Mystère IV
en Israël ». Ils faisaient partie des avions français qui seraient utilisés lors de l’attaque de l’Égypte cinq mois
plus tard ; le fait que l’armée de l’air française y prendrait part ne fut pas révélé en mai. *
* Six mois plus tard, la veille de l’élection présidentielle et immédiatement avant l’attaque
israélienne de l’Égypte, le New York Daily News fit appel à « l’électeur juif » en récapitulant
les services républicains suivants : « L’administration Eisenhower n’a pas eu la possibilité de
fournir Israël en matériel lourd, à cause de diverses situations internationales délicates.
Néanmoins, l’administration, en avril et mai derniers, a bien aidé Israël à obtenir 24 avions
Mystère français, et le mois dernier le Canada a annoncé la vente de 24 jets Sabre à Israël.
Les représentants israéliens ont déclaré que M. Dulles a activement utilisé l’influence du
gouvernement des États-Unis pour promouvoir les ventes d’avions français et canadiens ».
Pour être clair : le gouvernement américain finançait l’achat d’armes pour ses alliés dans l’Organisation du
Traité de l’Atlantique Nord à cette époque, en passant des commandes aux fabricants étrangers. Ces livraisons
financées par les Américains étaient détournées vers Israël sur « l’incitation » américaine. Donc le Traité de
l’Atlantique Nord, censé au départ être une alliance de l’Occident contre « l’agression soviétique » et le
« communisme », fut lui aussi détourné à des fins sionistes. Signé en 1949, le but prétendu originel
était que les membres (l’Amérique et le Canada, l’Angleterre, la France et dix autres pays européens, puis la
Turquie) considéreraient toute attaque de l’un d’entre eux comme une attaque de tous et porteraient
assistance à celui qui est attaqué.
Donc le gouvernement américain, tout en s’en prenant à l’Union soviétique pour avoir fourni des armes à l’Égypte
et déclarant que lui-même ne promouvrait pas « la course à l’armement » au Moyen-Orient en fournissant des armes
à Israël, procurait en réalité des armes à Israël afin de maintenir la supériorité de cette dernière sur la totalité
des sept pays arabes. Ici, M. Dulles opérait avec une pincée de machiavélisme qui eut l’effet de l’huile sur le feu.
L’acte d’acquisition de matériel militaire ne fut même pas tenu secret : comme les citations ci-dessus le montrent,
on lui fit de la publicité et on l’utilisa comme un discours vantard destiné à obtenir des voix dans cette campagne
électorale, dont M. Dulles avait demandé que la question israélo-arabe soit tenue à l’écart.
Un curieux effet secondaire de ces machinations en Occident était que les déclarations faites, sur cette question
particulière, par les dirigeants totalement sans scrupules de Moscou prenaient une apparence d’honnête respectabilité.
Par exemple, le gouvernement soviétique, lorsque la tempête de protestations occidentale à propos des « armes pour
l’Égypte » commença, envoya une note aux gouvernements américain, britannique, égyptien et tchécoslovaque,
déclarant : « Le gouvernement soviétique considère que chaque État possède le droit légitime de s’occuper de sa
défense et d’acheter des armes pour ses besoins défensifs à d’autres États dans les conditions commerciales normales,
et qu’aucun État étranger n’est en droit d’intervenir ». C’était une déclaration irréprochable d’une position
légale, et même morale, et elle fut reprise par Israël, car pendant que le tapage occidental enflait, le ministre
israélien des Affaires étrangères, M. Moshé Sharett déclara alors à New York (10 nov. 1955) : « Si nous
sommes acculés et que notre existence est en péril, nous chercherons et accepterons des armes de n’importe quelle
provenance mondiale » (en réponse à une question de savoir si les Soviétiques avaient offert des armes à Israël).
Ainsi, toute l’essence du tollé en Occident était en fait que les armes soviétiques ne devaient pas aller
aux États arabes, et pour cela, aucune espèce d’argument moral ou légal n’existe.
Dans ce contexte, « Israël sans défense » (M. Ben Gourion) organisa son défilé anniversaire le 16 avril 1956
avec force exhibition d’avions et de chars américains, britanniques et français (New York Times, 17 avril) ;
les armes soviétiques furent probablement retirées du défilé à cette occasion, en accord avec la propagande du
moment en Occident. Le 24 avril, à Jérusalem, M. Ben Gourion proclama une fois encore le projet nationaliste et
expansionniste : « Le rassemblement continu d’exilés est le but suprême d’Israël et la condition sine qua
non de la réalisation de la mission messianique qui a fait de nous un peuple éternel ».
Le subterfuge par lequel les États-Unis procurait des armes à Israël tout en refusant officiellement de les
fournir (« Personne ne se réjouit particulièrement de notre décision de ne pas vendre d’armes à Israël mais
d’encourager d’autres alliés à le faire, et d’abandonner du matériel réservé à cette fin », New York Times,
19 mai 1956) n’amenait aucun répit au président américain. Une soumission déclarée est la condition requise
invariable, et la colère sioniste commença à être dirigée contre lui. La veille de son second gros problème de
santé (au début de l’été, il dut subir une opération pour une hépatite), les railleries commencèrent à fuser
contre lui, comme quoi il n’était qu’un « président à temps partiel ». Une éminente sioniste, Mme Agnes Meyer,
lança la chose en disant devant un public juif à New York que pendant que « le bastion de la démocratie »
(Israël) était en péril « le président n’est pas à son poste à Washington ; il joue au golf à Augusta », et
le poussant à se demander « si cette nation peut se permettre un président à temps partiel ». Sa seconde maladie,
qui suivit presque immédiatement, interrompit cette attaque particulière pendant un temps, mais le président
Eisenhower, comme d’autres avant lui, n’eut pas le loisir d’oublier que les ressources entières de la
propagande sioniste pourraient à tout moment se retourner contre lui s’il sortait de la ligne de
ses prédécesseurs.
Tandis qu’il se débattait dans ces rets, outre-Atlantique un autre Premier ministre semblait sur le point
d’être broyé sous la roue sioniste. Sir Anthony Eden, à un tout autre siècle, serait devenu un homme d’État majeur ;
à ce siècle-ci, l’ « engagement » dont il hérita fut dès le début de son ministère un boulet à traîner derrière lui.
Aucun homme politique au monde ne l’égalait, quand il prit la fonction de Premier ministre en 1955, en qualification
et en expérience. Il était de la génération de la Première Guerre, si bien que le souvenir des champs de Flandre
formèrent l’arrière-plan de toute sa vie d’adulte, qui par la suite fut entièrement consacrée à la politique.
Il venait d’une vieille famille avec une tradition héritée pour le service, et était brillant et de belle
prestance. Il s’éleva au poste de ministre à un jeune âge et, avec de courts intervalles, occupa poste élevé sur
poste élevé pendant plus de vingt ans, durant lesquels il en vint à connaître personnellement chaque dictateur
et député d’Europe et d’Amérique du Nord. Il acquit ainsi une expérience unique pour les années éprouvantes qui se
profilaient ; seul Sir Winston Churchill, dans le monde entier, avait un rang comparable de connaissances,
de négociation et en général de formation à ce qui autrefois était considéré comme l’art du sens politique.
Il était encore jeune pour la fonction de Premier ministre, quand Sir Winston céda à la loi de l’âge et tendit
« le flambeau » à l’homme qu’il avait décrit comme incarnant « l’espoir de vie de la nation britannique » (1938),
M. Eden (tel qu’il était en 1938) s’attira l’espoir des hommes de sa génération par sa démission du gouvernement
britannique en protestation contre la politique d’apaisement d’Hitler, qui (jugea-t-il à raison) était le chemin
le plus sûr vers la guerre. Le fait qu’on donna son nom à l’événement d’octobre 1956 rendit celui-ci
plus difficile à supporter pour ses contemporains.
J’ai connu M. Eden, comme un correspondant étranger pourraitconnaître un homme politique, dans les années
qui menèrent à la Seconde Guerre, et en vertu de nos sentiments similaires en cet âge sombre, j’ai pu lui écrire
par la suite à des moments où il semblait perdre le contact avec l’esprit de sa génération et recevoir une réponse
plaisante, témoignant d’une relation ancienne et de la lecture attentive de mes livres. Je le vis, en 1935, sortir
la mine troublée d’une première rencontre avec Hitler, qui avec des accents menaçants lui avait dit que
l’armée de l’air allemande (alors officiellement non-existente) était plus importante que l’armée de l’air anglaise.
Je l’accompagnai à Moscou et pus confirmer auprès de lui quelque chose que j’avais entendu concernant sa première
rencontre avec Staline : que le bandit géorgien avait montré du doigt le petit point sur la mappemonde qui
représentait l’Angleterre, et dit combien il était étrange qu’un si petit pays détienne la clé de la paix mondiale
(une affirmation correcte à l’époque). Avec ces souvenirs personnels, je fus probablement plus atterré que
la plupart des hommes quand j’appris l’action dans laquelle on le fourvoya à tort en octobre 1956.
Dès le début, en mai 1955, l’observateur expérimenté put voir qu’il n’était en vérité pas tant le Premier ministre
que le ministre de la question juive, représentée à sa génération par l’État sioniste et son ambition.
Cela signifiait que toute la durée de sa fonction tomberait sous l’emprise de cette ombre et que son destin
politique serait déterminé par ses actions eu égard au sionisme, et non par sa réussite ou son échec en matière
d’intérêt national. Cela fut illustré à la veille de son ministère, alors qu’il était encore ministre des Affaires
étrangères pour quelques semaines de plus. Le gouvernement britannique avait conclu un arrangement avec l’Iran
et la Turquie pour assurer la défense des intérêts britanniques au Moyen-Orient, dont les ressources en pétrole
étaient vitales à l’Angleterre et aux dominions des antipodes. Le débat à la Chambre des communes ignora cette
aspect et pesta contre les conséquences de cet accord « sur Israël », si bien que deux membres isolés (sur 625)
protestèrent : « Ce débat n’est pas sur la Palestine, et le ministre des Affaires étrangères doit rechercher les
intérêts mondiaux et les intérêts de la Grande-Bretagne, même s’ils causent de la contrariété et de l’embarras à
d’autres États » (M. Thomas Reid) ; « À en juger par presque tous les discours des honorables membres des deux
partis, on serait pardonné d’avoir imaginé que le débat concernait avant tout les conséquences d’un pacte sur
Israël, au lieu de l’amélioration de notre système défensif mondial contre la menace de l’impérialisme russe »
(M. F. W. Bennett).
Ce à quoi un membre socialiste juif répondit : « Pourquoi pas ? » Dans les faits, il était à cette époque
devenu quasiment impossible de débattre d’une quelconque question majeure excepté en termes de ses
conséquences pour Israël, et cela préfigurait nettement le cours que prendrait le ministère de Sir Anthony.
Durant les derniers mois de 1955, alors Premier ministre, il continua à se démener sur « la question du Moyen-Orient »,
suggérant lors d’une occasion qu’une force internationale soit placée entre Israël et les États arabes
(les États-Unis rechignaient) et lors d’une autre, qu’Israël pourrait accepter des rectifications de frontière
mineures, comme elle s’était emparé en 1948 de plus de terres que ne lui en avait « attribuées » les Nations unies
(cela provoqua des accusations sionistes furibondes dans les journaux new-yorkais, comme quoi « la Grande-Bretagne
avait rejoint le rang des ennemis d’Israël »). Puis, l’année de l’élection présidentielle, et la crise de Sir Anthony,
commencèrent. La machine sioniste démarra en quatrième vitesse, jouant Washington contre Londres et Londres
contre Washington avec le savoir-faire de quarante années d’expérience. En mars, une chose significative se produisit;
ignorée du monde, elle rendit certaine une attaque prochaine de l’Égypte pour l’observateur attentif des
événements.
La veille de la Pâque juive, la mystérieuse « Voice of America » diffusa une commémoration, chargée d’allusions
explosives d’actualité, de « l’évasion des juifs hors de la captivité égyptienne ». Considéré dans sa relation
évidente au bombardement de propagande contre l’Égypte alors en cours à Washington et Londres, cela présageait
clairement des événements violents avant la Pâque prochaine. Le peuple américain en général ne sait rien de ce
que « The Voice of America » dit, ou à qui elle parle. Même en faisant des recherches, je n’ai pu découvrir quel
ministère officiel est censé superviser cette « voix », qui est utilisée pour exprimer les intentions du
gouvernement américain à des populations auditrices lointaines. J’ai pu apprendre que ses fonds, budgétaires
et autres, sont immenses et qu’elle se compose en majorité de juifs de l’Est. Elle semble fonctionner
dans l’irresponsabilité et le secret. *
* Pendant le soulèvement hongrois contre les Soviétiques en octobre-novembre 1956,
plusieurs correspondants américains, revenant des champs de bataille, et des fugitifs
hongrois attribuèrent dans une large mesure la responsabilité de cette tragédie à cette
« Voix ». Les Américains avaient trouvé un peuple hongrois sûr de l’intervention américaine ;
les Hongrois se plaignaient que, bien que le mot « révolte » n’ait pas été utilisé, dans les faits
la « Voix » incita et instigua la révolte et maintint la perspective d’un secours américain. En
même temps, le président Eisenhower disait au peuple américain : « Nous n’avons jamais
conseillé aux peuples captifs de s’élever contre la force armée ». Des critiques similaires
furent faites envers « Radio Free Europe », une organisation privée américaine qui opérait
depuis l’Allemagne sous la licence du gouvernement ouest-allemand.
Un des premiers réfugiés hongrois à atteindre l’Amérique se plaignit que The Voice of
America et Radio Free Europe, pendant des années « nous ont harcelés » pour [qu’on se]
révolte, mais quand le soulèvement national est survenu, aucune aide américaine n’a été
apportée (New York Times, 23 nov. 1956).
Le gouvernement ouest-allemand ordonna une enquête sur les programmes de Radio Free
Europe durant le soulèvement hongrois (elle opérait depuis Munich) après que des
accusations répandues partout eurent apparu dans la presse ouest-allemande, selon
lesquelles elle avait, dans les faits, joué un rôle de provocateur ; par exemple, un texte
préparé le 5 nov. 1956 alors que le soulèvement était en cours, dit au peuple hongrois
qu’« une aide militaire occidentale ne pourrait être espérée avant 2 heures du matin
demain », une suggestion évidente qu’elle arriverait bien à un moment (N.Y.T., 8 déc. 1956).
L’insinuation la plus grave d’un but provocateur apparut dans les déclarations faites par
Mme Anna Kethly, directrice du parti social démocrate hongrois, qui s’enfuit durant la
courte libération du pays. Elle dit que pendant qu’elle était en prison en 1952, Radio Free
Europe, dans un programme aux pays captifs, dit « que je menais le mouvement de
libération souterrain depuis ma cellule en prison et cita les noms de plusieurs leaders du
mouvement présumé. On me fit sortir de prison où j’avais été en isolement complet depuis
1950, et je fus confrontée à des centaines d’anciens militants du parti social démocrate et
des syndicats. Tous avaient été torturés par la police politique pour avouer leur
participation au complot anti-communiste non-existant. Il n’y avait absolument rien de vrai
dans les reportages de Radio Free Europe ; j’avais vécu en complet isolement depuis mon
arrestation et je n’avais vu personne. Radio Free Europe a commis une faute grave en
faisant croire au peuple hongrois que l’aide militaire occidentale arrivait, quand aucune aide
n’était prévue » (N.Y.T., 30 nov. 1956).
Ainsi l’Amérique parlait-elle avec deux voix, celle du président s’adressant officiellement au
monde, et celle de la « Voix » parlant en des termes plus dangereux, « par-dessus les
oreilles » du peuple américain , aux populations du monde. À cette période, le New York
Times décrivait la ligne officielle : « Les hauts représentants ont bien fait comprendre en
privé que l’administration souhaite éviter d’être identifiée uniquement avec Israël et donc
abandonner les pays arabes à l’influence de l’Union soviétique ». On ne pouvait s’attendre à
ce que les populations arabes, s’ils entendirent jamais parler de ces annonces « privées », les
croient, au vu de ce qu’ils entendaient par « The Voice of America » sur la libération des
juifs de « la captivité égyptienne ».
Dès ce moment, tout le poids de la propagande occidentale se retourna contre l’Égypte. Les événements qui
suivirent peuvent être considérés à la lumière des notes personnelles d’Henry Stimson, ministre de la Guerre,
durant la période précédant Pearl Harbour, selon lesquelles le but de l’administration du président Roosevelt
était de manœuvrer le Japon afin qu’il « tire le premier ». Les événements postérieurs eurent tous
l’apparence d’avoir été conçus pour manœuvrer l’Égypte afin qu’elle tire la première. L’Égypte ne fit pas
cela. Alors le monde décida que tirer le premier n’était plus nécessaire pour se qualifier en tant qu’agresseur ;
le pays en question pouvait être surnommé l’agresseur alors qu’il était en train d’être envahi, et même avant ;
les ressources de la propagande de masse en étaient arrivées à ce point-là au cours du vingtième siècle. Toutes les
« condamnations » d’Israël pour cause d’agression n’avaient rien signifié.
La période de crise commença le 7 mars 1956 (juste avant l’émission de « The Voice of America » sur la captivité
égyptienne) alors que Sir Anthony Eden faisait à nouveau face à l’éternelle question à la Chambre des communes.
À cette période, ses adversaires socialistes (malgré les nombreuses « condamnations » d’Israël) étaient acharnés
dans leur réclamation d’armes pour Israël et d’« un nouveau traité de garanties pour Israël » ; comme les politiciens
new-yorkais, ils voyaient l’espoir d’arriver au pouvoir dans une nouvelle soumission à Sion. Le Premier ministre
« dut subir une tempête de vitupérations et d’insultes dépassant tout ce qu’on avait pu entendre à la Chambre des
communes depuis les derniers jours du ministère de Neville Chamberlain » (le New York Times) ; « Ce fut une scène
qui, pendant un temps, sembla choquer même ceux qui l’avaient causée ; le président de la Chambre lui-même dut
intervenir pour implorer la Chambre d’écouter le Premier ministre » (le Daily Telegraph). Sir Anthony
protesta en vain qu’il avait été entendu avec politesse « pendant plus de trente ans » par la Chambre. À ce moment,
il se pouvait qu’il espérait un soutien américain, car le même jour le président Eisenhower dit qu’il était
« inutile d’essayer de maintenir la paix au Moyen-Orient en armant Israël, avec ses 1 700 000 habitants,
contre 40 000 000 d’Arabes » (l’acquisition américaine d’armes pour Israël était alors en cours).
En Angleterre, Sir Anthony trouva tout le monde contre lui. Le Daily Telegraph (prétendument dans le camp
de son propre parti) pouvait dans ses rapports d’information paraître choqué de la manière dont la Chambre
le traitait, mais dans ses éditoriaux elle disait que les arguments pour donner des armes à Israël étaient
« irréfutables », un mot qui épargne toujours le besoin d’apporter des arguments corroborants. Ses opposants,
les socialistes, s’affranchirent de toute retenue dans leur empressement à le renverser au moyen d’Israël. Le
journal de gauche principal, le New Statesman, dans deux éditions successives, dit que l’Angleterre n’avait
aucun droit ou moyen de mener une guerre quelles que soient les circonstances et devait déposer toutes les armes
(« Une défense efficace est maintenant au-dessus de nos moyens et le désarmement est la seule alternative à
l’annihilation », 10 mars) et que l’Angleterre devait armer Israël et s’engager à partir en guerre pour Israël
(« la guerre sera moins probable si Israël est fournie en armes modernes et le parti travailliste
a raison de pousser à ce qu’Israël les obtienne maintenant... Le problème n’est pas tant le côté peu souhaitable
de garantir une frontière qui n’a pas encore été formellement établie... mais la question militaire de rassembler
et de fournir la force nécessaire... Dispose-t-on d’une puissance navale suffisante en Méditerranée orientale ?
Est-ce que M. Gaitskell » (le leader socialiste) « est seulement sûr que le public britannique l’appuierait pour
partir en guerre, probablement sans l’appui des Nations unies, en défense d’Israël ? » (17 mars).
Les conséquences innombrables de l’engagement originel, en apparence mineur, envers Sion peuvent être observées
dans de telles citations. À cette occasion, Sir Anthony Eden parut tenter, de concert avec le gouvernement des
États-Unis, d’endiguer une course folle, mais il donna un « avertissement à l’Égypte » qui n’était pas alors
justifié et était de mauvais augure, comme les événements le montrèrent. À cette période, les gouvernements
britannique et américain courtisaient (officiellement) l’amitié égyptienne dans l’espoir d’aider à pacifier
le Moyen-Orient. Dans ce but commun, l’Angleterre, « sous la pression américaine », se préparait à retirer
ses troupes du canal de Suez. *
* Le fait que cette « pression » fut utilisée est authentique. Elle fut rapportée partout dans la
presse américaine sous l’angle d’un succès américain ; par exemple : « Le secrétaire d’État
Dulles était sûr qu’il pouvait gagner l’amitié des Arabes, comme lorsqu’il a fait pression sur
les Britanniques pour qu’ils quittent l’Égypte, tout en conservant l’amitié des Israéliens
(New York Times, 21 oct. 1956).
Pourquoi Sir Anthony Eden céda sans garanties à « la pression » pour lâcher ce qui, immédiatement après, fut
proclamé comme « la nécessité vitale » du Commonwealth britannique fait partie de ces questions auxquelles les
hommes politiques ne répondent jamais. La « pression » de Washington sur les sujets liés au Moyen-Orient a
toujours été, dans les quatre dernières décennies, une pression sioniste, en définitive; et à environ la même époque,
un journaliste égyptien, M. Ibrahim Izza, fut cordialement reçu par le Premier ministre, le ministre des Affaires
étrangères et le ministre travailliste israéliens, qui lui dirent qu’« Israël et l’Égypte avaient le but identique
de s’opposer à l’influence britannique au Moyen-Orient »
(Rose el-Youssef, mai 1956 ; New York Times, 20 mai 1956).
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La conséquence de cette soumission à la pression devint très vite évidente : il y aurait la guerre, impliquant
l’Angleterre dans une grande humiliation, un fiasco. Le retrait britannique était censé être la moitié
d’un plus large arrangement anglo-américain pour « gagner l’amitié des Arabes », et l’autre moitié américaine
n’avait pas encore été acquittée. Elle consistait à se joindre au gouvernement britannique et à la Banque mondiale
pour fournir $ 900 000 000 pour la construction d’un barrage sur le Nil à Assouan (l’offre avait été faite
à l’Égypte en décembre 1955).
La chronologie des événements devient à nouveau importante. Les troupes britanniques se retirèrent du canal
de Suez en juin 1956, comme promis. Le 6 juillet 1956, le porte-parole du département d’État dit à la presse
que l’offre du barrage d’Assouan « tenait toujours ». Quelques jours plus tard, l’ambassadeur égyptien à Washington
annonça que l’Égypte avait « décidé de manière définitive qu’elle souhaitait l’aide occidentale pour le barrage ».
Le 19 juillet, l’ambassadeur égyptien rendit visite à M. Dulles pour accepter l’offre. On lui dit que le gouvernement
des États-Unis avait changé d’avis. À Londres la veille, le porte-parole du bureau des Affaires étrangères avait
annoncé que la partie britannique de l’offre « tenait toujours ». Le 19 juillet, le porte-parole informa
la presse (et non l’ambassadeur égyptien) que l’offre britannique, elle aussi, était retirée. Le porte-parole
refusa de donner les raisons mais reconnut qu’il y avait une « concertation continue entre Whitehall et Washington ».
Donc, la « pression » pour rendre furieux les Égyptiens par cet affront méprisant venait du même endroit que
la « pression » pour les apaiser en se retirant du canal de Suez. Le gouvernement britannique se retrouva seul
dans son coin, pour reprendre l’expression américaine ; si la première soumission avait été faite dans la confiance
en l’annonce du président Eisenhower en février (selon laquelle il voulait « stopper la détérioration des relations
entre les nations arabes et les États-Unis » et « restaurer l’assurance et la confiance des Arabes » en l’Amérique),
le volte-face dans l’offre du barrage d’Assouan aurait dû alerter le gouvernement britannique, et il aurait alors pu
sauver beaucoup de choses s’il avait résisté à la « pression » dans le second cas.
Je ne peux me rappeler provocation plus calculée ou offensive envers un gouvernement dont « l’Occident » recherchait
prétendument l’amitié. Un tel comportement par les gouvernements de Washington et de Londres n’est seulement
devenu envisageable que depuis qu’ils sont devenus les esclaves du sionisme. Le retrait de l’offre par les
américains et la façon dont cela fut accompli (son imitation par Londres se passe de commentaires), furent
clairement le véritable début de la crise de guerre de 1956, mais la source originelle, la « pression », n’était
pas « américaine ». « Certains hommes au Congrès craignaient la désapprobation sioniste », fit discrètement
remarquer le New York Times à propos du retrait de l’offre à l’Égypte ; et c’était l’année des élections.
En l’espace d’une semaine, le président égyptien Nasser nationalisa le canal de Suez, et immédiatement l’air
se chargea de rumeurs de guerre, comme en 1952-3 durant l’épisode des « docteurs juifs ». Dès ce moment, le
président Nasser reçut le traitement du « méchant » ; c’est le signe sûr de l’imminence de la guerre. J’ai vu
beaucoup de « méchants » fabriqués au cours de ma vie, et j’ai observé que cette propagande peut s’ouvrir et se
fermer comme par un robinet, et infusée avec un effet toxique dans l’esprit du public :
Cursed juice of hebenon in a vial;
And into mine ear did pour
The leprous distilment . . .
|
Une fiole pleine du jus maudit de la jusquiame,
Et m’en versa dans le creux de l’oreille
La liqueur lépreuse... | |
Hamlet I, V - William Shakespeare |
Ma petite enfance fut assombrie par la méchanceté du Mollah Fou (un leader musulman maintenant universellement
oublié) et celle d’un respectable ancien Boer du nom de Paul Kruger *. De tous les personnages de ce cabinet des
horreurs, construit autour de moi alors que je grandissais, je vois maintenant que presque tous ne furent pas
meilleurs ou pires que ceux qui les traitaient de méchants.
Stephanus Johannes Paulus « Paul » Kruger (né le 10 octobre 1825 à Bulhoek dans la colonie du Cap en Afrique du Sud
et mort le 14 juillet 1904 à Clarens en Suisse) est un chef militaire, un homme politique et un chef d'État boer
qui fut président de la République sud-africaine (ou Transvaal) de 1883 à 1900. Généralement surnommé Oom Paul
(« Oncle Paul » en afrikaans) ou encore Mamelodi (par les populations noires du Bushveld), il a représenté
l'incarnation du nationalisme boer (Afrikanerdom) en lutte contre le Royaume-Uni durant la seconde guerre des Boers
entre 1899 et 1902.
Né dans l'Est de la colonie du Cap, Kruger participa durant son enfance au Grand Trek à la fin des années 1830.
Il ne reçut presque aucune éducation en dehors de son apprentissage religieux. Protégé du chef voortrekker
Andries Pretorius, il assista à la signature du traité de Sand River avec le Royaume-Uni en 1852 et dans les années
qui suivirent, il joua un rôle déterminant dans les politiques de la jeune République sud-africaine du Transvaal
en servant de médiateur lors des fréquentes luttes de pouvoir. En 1863, il fut élu commandant-général (chef des
armées du Transvaal) et occupa cette fonction pendant une décennie avant de démissionner après l'élection du
président Thomas François Burgers (1872).
Paul Kruger fut nommé vice-président en 1877, peu avant que la République ne soit annexée par le Royaume-Uni pour
devenir la colonie du Transvaal. Au cours des trois années qui suivirent, il mena deux délégations à Londres pour
protester contre cette annexion et devint le chef de file du mouvement indépendantiste qui parvint à ses fins
lors de la première guerre des Boers de 1880-1881. Élu président en 1883, il mena l'année suivante une troisième
députation qui signa la convention de Londres (en) par laquelle le Royaume-Uni reconnaissait le Transvaal comme un
État indépendant.
La découverte de diamants et surtout d'or dans la région entraîna un afflux massif de colons britanniques,
appelés uitlanders (« étrangers ») dans la langue des Boers. L'industrie minière qu'ils développèrent fournissait
la quasi-totalité des revenus de la République sud-africaine mais le gouvernement de Kruger refusa de leur donner
les mêmes droits civiques de peur qu'ils ne prennent l'ascendant politique sur les Boers. Ce problème et les
tensions avec le Royaume-Uni dominèrent le reste de la présidence de Kruger et ils débouchèrent finalement sur
la seconde guerre des Boers (1899-1902). Kruger rejoignit l'Europe pour y chercher des alliés quand la guerre
tourna à l'avantage des Britanniques en 1900 et il refusa de retourner en Afrique du Sud après la victoire de
ces derniers. Il mourut en Suisse à l'âge de 78 ans en 1904 et sa dépouille fut inhumée dans le
Heroes' Acre de Pretoria lors de funérailles nationales
Même avant que les rumeurs de guerre n’atteignent l’étape du « méchant », et longtemps avant la provocation sans
précédent du 19 juillet (qui ne provoqua toujours pas d’action belliqueuse de la part de l’Égypte), le président
Nasser avait été déclaré l’agresseur dans une guerre qui n’avait pas encore commencé. En mars, M. Ben Gourion
déclara à Tel Aviv qu’une livraison rapide d’armes uniquement à Israël pourrait prévenir « une attaque par les
États arabes dans les prochains mois » et ajouta que l’agresseur « serait le dictateur égyptien Nasser ».
Le 13 avril, Sir Winston Churchill sortit d’une retraite d’un an pour dire devant un auditoire à la Primrose League
que « la prudence et l’honneur » exigeaient l’assistance britannique envers Israël si elle était attaquée par
l’Égypte. Sir Winston exprima son approbation implicite mais claire de l’attaque israélienne envers l’Égypte
que les « activistes » en Israël réclamaient alors : « Si Israël est dissuadée d’utiliser la force vitale de sa race
pour tenir en respect les Égyptiens jusqu’à ce que les Égyptiens aient appris à se servir des armes russes avec
lesquelles il ont été approvisionnés et que les Égyptiens attaquent, cela deviendra non seulement une affaire de
prudence mais une preuve d’honneur que de s’assurer qu’ils [Israël] ne soient pas les perdants en attendant ».
Cela fut suivi en mai d’une attaque israélienne envers les troupes égyptiennes dans le territoire de Gaza,
au cours de laquelle environ 150 hommes, femmes et enfants furent tués ou blessés. Néanmoins, le tollé à propos
du « méchant » et de « l’agression égyptienne » enfla de plus belle en Occident.
L’état de servitude dans lequel l’Angleterre était tombée à cette période fut révélé par deux événements
symboliques. En juin 1956, la « communauté anglo-juive » organisa un banquet au Guildhall pour commémorer
« le trois centième anniversaire de la réinstallation des juifs dans les Îles britanniques » ; on exigea de l’époux
de la jeune reine, le duc d’Édimbourg, qu’il apparaisse coiffé d’une calotte juive. En septembre, l’« Association
Cromwell » organisa une cérémonie en l’honneur de la statue du régicide et boucher de Drogheda pour célébrer cette
même fiction (selon laquelle il avait « rétabli » les juifs en Angleterre trois cents ans plus tôt).
Dans son discours, le président de ce groupe, un certain M. Isaac Foot, recommenda que le jeune prince
Charles, quand il accèderait au trône, prenne le nom d’« Oliver II », parce que « Nous ne voulons pas
de Charles III » *.
* La même ombre fut projetée avec une intention délibérée sur le couronnement de la reine
Élisabeth en 1953. Au cours du déroulement du défilé, la reine nouvellement couronnée
passa en revue à Spithead un grand rassemblement de navires de guerre de tous les pays
qui avaient été en mesure d’en envoyer un. Parmi les nombreuses embarcations, entre
lesquelles le navire de la reine passait, s’en trouvait une isolée, dont l’équipage ne l’acclama
pas (une erreur, affirma-t-on ultérieurement en guise d’explication). Ce vaisseau soviétique
était le Sverdlov, du nom de Iakov Sverdlov, l’assassin de la famille Romanov, en l’honneur
duquel la ville où ils furent massacrés, Ekaterinbourg, fut renommée Sverdlovsk.
Après la saisie du canal de Suez par le président Nasser, les cris de guerre venus d’Occident atteignirent une
note élevée. La « nationalisation » en elle-même n’était pas assez surprenante ou choquante, en 1956, pour
l’expliquer. L’Amérique avait accepté la saisie de gisements de pétrole appartenant à des étrangers, Mexico
acceptant (comme le président Nasser avait accepté) de payer le prix normal pour en être propriétaire ; à l’échelon
national, l’Amérique, par le Tennessee Valley Authority, foulait déjà ces sentiers battus de l’appauvrissement ;
en Angleterre, le gouvernement socialiste avait nationalisé les chemins de fer et les mines de charbon.
Un terrain légal ou moral valide pour une dénonciation virulente n’était pas facile à trouver, même s’il est vrai
que des degrés de différence existaient entre l’acte du président Nasser et les nombreux précédents, et son acte
était de toute évidence un acte de protestation contre la provocation, non un acte politique sensé.
En tous les cas, la seule réponse efficace, si son acte était intolérable, était de réoccuper le canal sur-le-champ,
et cela ne fut pas fait. À la place, tous les oracles, comme s’ils lisaient un script préparé depuis longtemps,
commencèrent à le surnommer « Hitler ». Le Premier ministre Ben Gourion commença par « dictateur », qui devint
« dictateur fasciste », et le Premier ministre français (un certain M. Guy Mollet à l’époque) changea cela en « Hitler ».
Après quoi, la campagne suivit la ligne de celle utilisée contre Staline en 1952-3. Dictateur-fasciste
dictateur-Hitler ; l’insinuation était claire ; le président Nasser devait être décrit, et puni s’il était puni,
en ennemi des juifs.
Quand Sir Anthony Eden monta à nouveau à la Chambre des communes (9 août 1956) pour lutter avec ce monstre qui
hantait ses rêves, « la question du Moyen-Orient », le leader socialiste, M. Hugh Gaitskell, dit :
« Tout cela est terriblement familier... C’est exactement la même chose que nous avons rencontrée avec Mussolini et
Hitler avant la guerre ». Un autre orateur socialiste, M. Paget Q.C., (events having altered King Counsel's)
le piégea ainsi : « La technique de ce week-end est exactement ce que nous avons obtenu d’Hitler. Êtes-vous au courant
des conséquences de ne pas répondre à la force par la force avant qu’il ne soit trop tard ? »
Les socialistes incitaient délibérément Sir Anthony à utiliser la force (ils le traitèrent d’« assassin » quand
ils l’utilisa) par ces allusions sarcastiques à son passé politique. Il était l’homme qui avait démissionné en 1938
en protestation de la politique d’apaisement d’Hitler, et sa démission avait été immédiatement justifiée par
l’invasion de l’Autriche par Hitler. C’était cela, la « force », prévue depuis longtemps, et le M. Eden de 1938
avait eu raison. En 1956, le cas était différent, et aucune comparaison n’était possible. L’Égypte
n’était pas une grande puissance militaire, mais une puissance très faible. L’Égypte n’avait pas été « apaisée »
après le retrait britannique, mais soumise à des provocations par une humiliation publique. L’Égypte
n’était pas un agresseur avéré ; elle avait été la victime d’attaques et Israël avait déclaré qu’elle ferait
la guerre à l’Égypte.
Donc, la comparaison avec « Hitler » était absurde, à moins qu’elle ne soit uniquement destinée à indiquer que
les sionistes considéraient l’Égypte comme leur ennemi. Néanmoins, Sir Anthony Eden céda à cette invention
(peut-être le souvenir de 1938 avait-il une emprise trop forte sur lui), car il fit allusion au président Nasser
comme un pillard « fasciste dont l’appétit grandit à mesure qu’il mange », ce qui était exactement le langage que
M. Churchill et lui avaient utilisé à juste titre à propos d’Hitler dix-huit ans plus tôt. Je dois ajouter que je ne
retrouve pas ces mots exacts dans le texte de son discours, mais c’est la forme sous laquelle ils atteignirent
« la foule » par le biais du New York Times et c’est cela qui importe, comme les Premiers ministres
doivent le savoir. Pour le reste, Sir Anthony basa son attaque du président Nasser sur l’argument que le canal de
Suez « est vital aux autres pays dans toutes les parties du monde... une question de vie ou de mort pour nous tous...
le canal doit être administré de manière efficace et maintenu ouvert, comme il l’a toujours été par le passé,
comme une voie navigable internationale libre et sûre pour les navires de toutes les nations... »
Mais le président Nasser n’avait pas fermé le canal, il l’avait juste nationalisé. Il était « ouvert » aux navires
de toutes les nations, à une seule exception. En ces cinq mots se trouvait le secret. Le seul pays auquel on refusait
une liberté totale de passage était Israël, avec qui l’Égypte était toujours techniquement en guerre ; l’Égypte avait
stoppé des navires à destination d’Israël et les avait inspectés, à la recherche d’armes. C’était le seul cas
d’ingérence ; par conséquent, Sir Anthony exposait seulement ce cas, et aucun cas britannique. Cependant, il conclut :
« Mes amis, nous n’avons pas l’intention de chercher une solution par la force ».
Les semaines qui suivirent, alors qu’on cherchait « une solution » lors de différentes conférences à Londres et
Washington, la presse informa les masses que « les Égyptiens » ne seraient pas capables de faire fonctionner le canal,
et que le trafic s’arrêterait bientôt. En réalité, ils s’avérèrent capables de le faire marcher et la navigation
continua sans obstacles, à une seule exception. Par claire insinuation, donc, le cas d’Israël était le seul sur
lequel le gouvernement de Sir Anthony pouvait faire reposer sa protestation de plus en plus furieuse.
Cela devint bientôt explicite. Le 22 août 1956, Mme Rose Halprin, présidente suppléante de l’Agence juive pour
la Palestine, déclara au New York Times que « le seul argument légal que les puissances occidentales possèdent
contre l’Égypte en termes de violation de la convention de 1888 est l’interdiction par l’Égypte du canal aux navires
israéliens et les restrictions sur les navires à destination d’Israël ».
La déclaration de Mme Halprin sur la position légale est correcte. Si toute la querelle reposait sur un point de loi,
alors le seul argument qui pouvait être invoqué était celui d’Israël ; et cela ouvrirait tout le débat sur la légalité
de la création d’Israël elle-même et de l’état de guerre permanent entre Israël et l’Égypte. Par conséquent, tout
gouvernement qui se joignait à la tempête de protestations contre le président Nasser agissait en fait au nom d’Israël
et d’Israël seule, et jugeait d’avance en faveur d’Israël toutes les questions légales.
Vers octobre, Sir Anthony Eden avait été plus loin en présumant d’une agression égyptienne. Je n’ai pas le texte de ce
discours, mais la version distribuée par l’Associated Press, et donc reproduite dans des milliers de journaux du monde
entier, dit : « Le Premier ministre Eden a prédit ce soir que le président Nasser attaquerait Israël prochainement
s’il se sortait impunément de la saisie du canal de Suez. Sir Anthony a fait remarquer que la Grande-Bretagne irait au
secours d’Israël avec des armes si nécessaire » (13 sept. 1956).
Ainsi, le Premier ministre britannique marchait-il sur un chemin glissant. En l’espace de six semaines, le thème
de la « nécessité vitale » et de la « question de vie ou de mort » était devenue subalterne et le monde faisait face
à une menace de guerre fondée sur quelque chose que le président égyptien ferait si quelque chose d’autre arrivait.
À partir de là, on gava « la foule » avec des nouvelles d’attaque égyptienne imminente d’Israël (le thème de
l’« interférence avec la navigation internationale » fut abandonné, comme il ne pouvait être maintenu) et avec le
temps, cela prit un ton si définitif que beaucoup de lecteurs occasionnels, j’imagine, ont dû pensé que l’Égypte avait
déjà attaqué Israël. Je donne un exemple parmi tant d’autres (de la Weekly Review de Londres, septembre 1956,
quelques semaines avant l’attaque israélienne de l’Égypte) : « Nous pouvons êtres absolument certains que les Arabes,
encouragés par la Russie, attaqueront Israël. Cela ne fait maintenant aucun doute, et cela devrait être à la base de nos
calculs. »
En écrivant ce livre, j’ai été principalement mû par l’espoir de donner au lecteur futur, dans des temps je l’espère
plus rationnels, une idée de la condition étonnante des publications officielles au cours des années 50. Il sera
certainement incapable de comprendre les choses qui arrivèrent, à moins qu’il ne soit mis au courant de ce
régime de désinformation prolongée et des extrémités sans bornes auxquelles il fut amené. La dernière déclaration
citée eut lieu après des années d’attaques israéliennes répétées envers les différents voisins arabes et de
condamnations répétées de ces actes par les Nations unies.
De la manière que j’ai résumée plus haut, le terrain fut préparé, durant les neuf premiers mois de l’année de l’élection
présidentielle, pour les événements paroxystiques d’octobre. Des armes continuèrent à être importées en Israël depuis
l’Occident. Après la saisie du canal de Suez, Sir Anthony Eden annonça que « toutes les livraisons d’armes en
Égypte avaient été interrompues » ; le même mois (juillet), deux contretorpilleurs britanniques furent livrées
en Israël. Tout au long du printemps et de l’été, la France, sous la « pression » américaine, fournit des chasseurs
à réaction et d’autres armes à Israël. En septembre, le Canada, sur la même incitation, accepta d’envoyer des
avions de chasse à Israël, le gouvernement d’Ottawa annonçant qu’il avait « consulté les États-Unis avant de prendre
cette décision » (New York Times, 22 sept. 1956).
Pendant tout ce temps, la campagne pour l’élection présidentielle continuait. Les démocrates, impatients de reprendre
la Maison Blanche, surpassaient toutes les performances passées dans leurs enchères pour « le vote juif »
(le maire de New York exigea qu’Israël reçoive des armes « en cadeau ») ; les républicains sortants étaient
légèrement plus réservés. Cependant, quand les conventions rivales pour la désignation des candidats eurent lieu
(la républicaine à San Francisco, la démocrate à Chicago, toutes les deux en août), il n’y avait guère de différence
entre les soumissions faites par chaque parti (si bien que le Jerusalem Post aurait pu répéter, et l’a peut-être
vraiment fait, son affirmation de 1952, comme quoi pour l’électeur juif de là-bas, il n’y avait « guère de différence »
entre les candidats présidentiels).
Le seul passage ayant une quelconque signification majeure dans les « programmes de politique étrangère » adoptés
par les deux partis était relié, dans les deux cas, à Israël ; les autres déclarations sur la politique étrangère
étaient d’une grande platitude. Les engagements envers Israël étaient dans les deux cas spécifiques.
Le programme du parti républicain, sur lequel le président Eisenhower fut à l’unanimité désigné candidat, disait :
« Nous considérons la préservation d’Israël comme un principe important de la politique étrangère américaine.
Nous sommes déterminés à ce que l’intégrité d’un État juif indépendant soit maintenue. Nous soutiendrons l’indépendance
d’Israël contre l’agression armée ».
Le programme du parti démocrate disait : « Le parti démocrate fera en sorte de redresser le dangereux déséquilibre
des armes dans la région créé par la livraison d’armes communistes à l’Égypte, en vendant ou en fournissant des armes
de défense à Israël, et nous prendrons les mesures, incluant des garanties de sécurité, qui pourraient être requises
pour prévenir l’agression et la guerre dans la région. (La phrase « dangereux déséquilibre des armes » reflétait
l’invention propagandiste qu’Israël était « sans défense » et que les pays arabes étaient forts ; la vérité, établie
un peu plus tôt par M. Hanson Baldwin, était qu’Israël était plus forte en armes que la totalité des
sept pays arabes réunis).
Ces deux déclarations de politique donnaient l’image d’un monde sous l’emprise sioniste, et complétaient les
déclarations faites alors par le gouvernement britannique. Elles n’avaient aucun rapport avec les intérêts américains
mais reflétaient simplement le contrôle sioniste de la machine électorale, ou la croyance inébranlable en ce contrôle
de la part des directeurs de parti. (À cette occasion, des événements eurent lieu pour justifier cette croyance ;
le parti démocrate, le plus offrant, l’emporta au Congrès, bien que le « républicain » nominal fût réélu
président).
Le seul autre événement d’importance dans les deux conventions pourrait sembler avoir peu de rapport avec le thème
de ce livre, mais par la suite pourrait se révéler avoir une signification directe : la renomination de M. Richard
Nixon en tant que candidat à la vice-présidence du président Eisenhower (et dans les faits, en tant que
vice-président). L’état de santé de M. Eisenhower rendait le vice-président plus important que de coutume,
et la possibilité que M. Nixon puisse hériter de la présidence entre 1956 et 1960 était manifestement vue comme
un danger majeur par les puissances qui gouvernent l’Amérique actuelle, si bien qu’un effort suprême fut
accompli pour empêcher sa nomination. Cela n’avait rien de remarquable, pour ce siècle ; ce qui fut remarquable
est que la tentative échoua. À un moment donné, il est évident que des hommes surgissent, et brisent l’esclavage
dans lequel est maintenue la vie politique américaine et britannique, si bien que la personne de M. Richard Nixon
acquiert une importance symbolique à notre époque, même si, s’il devenait président, il pourrait se trouver
incapable de briser les chaînes.
La raison de cette forte hostilité envers M. Nixon est que ce n’est pas un « internationaliste ». Loin s’en faut,
il joua un rôle décisif dans le dévoilement et la condamnation de M. Alger Hiss, l’agent soviétique de l’administration
de M. Roosevelt. C’est la vraie raison pour laquelle il a toujours eu depuis, de façon uniforme, mauvaise presse, non
seulement en Amérique mais partout ailleurs dans le monde occidental. Avec ce mauvais point pour lui, on le considère
comme un homme qui, une fois à la fonction principale, pourrait en théorie se rebeller contre les contraintes
auxquelles les présidents américains et les Premiers ministres britanniques, presque sans exception, se sont
soumis ces cinquante dernières années et que les vice-présidents subissent automatiquement. *
* L’inévitable reproche associé d’« antisémitisme », fut aussi émis contre lui durant la campagne électorale.
Un rabbin qui le connaissait bien s’avança pour le défendre contre cela.
Ainsi, une campagne d’une grande force et ingéniosité commençat-elle afin d’empêcher sa nomination.
Un membre de la propre maison (et du parti nominal) du président fut libéré de ses obligations pour
plusieurs semaines afin de mener une offensive « Arrêter Nixon » à l’échelle nationale, avec des réunions
de commission, des affiches et des meetings. Cela n’eut aucun effet sur le public, auprès duquel M. Nixon
semble être populaire. Alors, suite à cette déconvenue, de nouvelles tactiques furent introduites à la convention
du parti rival démocrate. Au lieu que le candidat désigné (M. Adlai Stevenson) choisisse son propre
« candidat à la vice-présidence » comme lors des occasions précédentes, le choix d’un « candidat vice-présidentiel »
fut ouvert aux votes et parmi les différents concurrents, le sénateur Estes Kefauver (un sioniste exceptionnellement
zélé) reçut la nomination de candidat vice-présidentiel.
Le but de la manœuvre était de forcer la convention du parti républicain à suivre cette « procédure démocrate »
et aussi à soumettre le choix du candidat vice-présidentiel au vote. C’est ce qui arriva et M. Nixon, comme
M. Eisenhower, reçut un vote unanime. Cet événement, et l’attitude de M. Nixon durant les maladies du président
Eisenhower, rendit ses chances de devenir lui-même président un jour, beaucoup plus grandes qu’elles ne l’avaient
jamais été estimées auparavant. Son histoire jusqu’à aujourd’hui en fait un personnage prometteur (tel que
M. Eden le paraissait en 1938), et au poste suprême, il pourrait théoriquement produire un effet thérapeutique
sur la politique américaine et les relations extérieures.
Après les nominations, l’Amérique resta là à soupirer de soulagement, car la réélection de M. Eisenhower était tenue
pour sûre et il avait reçu une publicité enthousiaste dans la presse, comme « l’homme qui nous préserva de la guerre ».
L’expression rappelait les expressions similaires utilisées à propos de M. Woodrow Wilson en 1916 et M. Roosevelt en
1940, mais en 1956, un répit de trois ans était considéré comme une bénédiction et on lui fut reconnaissant pour
cette période de « paix », pour ce qu’elle valait.
Je fus témoin de cette élection, comme de celle de 1952, et réalisai qu’en fait la guerre, localisée ou générale,
était proche. Je sentais qu’un répit, au moins, serait obtenu si le jour de l’élection (6 nov.) se passait sans
éruption au Moyen-Orient, une éruption qui se préparait depuis des mois (une fois que les élections sont terminées,
le pouvoir des sionistes à exercer la pression diminue, pour un petit moment). Je me rappelle avoir dit à un ami
américain le 20 octobre que si les dix-sept jours prochains pouvaient se passer sans guerre, elle pourrait
être épargnée au monde pour trois ou quatre années de plus. *
Le 29 octobre, huit jours avant les élections, la guerre arriva, au moment prévu évidemment comme étant le plus
favorable pour provoquer la consternation à Washington et Londres. Dès ce moment, les événements balayèrent tout
sur une vague de forces brutes libérées dans la nature, et c’est seulement bien plus tard que l’humanité sera
capable de voir ce qui a été détruit et ce qui a survécu. Pour la Grande-Bretagne et la famille des nations d’outre-mer
qui en a émergé, ce fut presque la ruine, la fin prévisible de l’implication dans le sionisme.
Le 29 octobre 1956, le gouvernement israélien annonça qu’il avait commencé une invasion généralisée de l’Égypte et
que ses troupes s’étaient « avancées de 75 miles à l’intérieur de la péninsule égyptienne du Sinaï ». **
* J’avais à l’esprit ce que les hommes politiques américains connaissent comme « la loi Farley ».
Du nom d’un responsable de parti exceptionnellement malin, M. James A. Farley, considéré comme ayant été l’instigateur
des premiers triomphes électoraux de M. Roosevelt, la base de cette « loi » est que les électeurs américains ont
déjà décidé à la mi-octobre pour qui ils vont voter, et seuls le décès de leur candidat, la guerre ou un gros scandale
avant le 6 novembre pourraient les faire changer d’avis.
Le matin suivant l’attaque israélienne de l’Égypte, M. John O’Donnell écrivit : « Les portes-paroles dans
le département d’État inquiet, le Pentagone » (le ministère de la Guerre), « et les sièges des deux partis
sont en accord sur le fait que les Israéliens ont lancé leur attaque sur l’Égypte parce qu’ils étaient convaincus
que les États-Unis ne prendraient aucune mesure dans une guerre israélienne si proche des élections présidentielles...
La rumeur arriva jusqu’aux sièges des partis politiques, comme quoi les sionistes américains avaient
informé Tel Aviv qu’Israël réussirait probablement mieux sous l’administration démocrate de Stevenson et Kefauver
que sous le régime républicain d’Eisenhower et Nixon » (New York Daily News).
** Au moment exact de l’invasion de l’Égypte, un autre massacre d’Arabes fut perpétré en
Israël, en un point très éloigné de la frontière égyptienne, à savoir la frontière avec la
Jordanie, de l’autre côté d’Israël. 48 Arabes, hommes, femmes et enfants, du village de
Kafr Kassem, furent tués de sang froid. Ce nouveau Deir Yassin ne pouvait être pris par les
Arabes, à l’intérieur ou à l’extérieur d’Israël, que comme l’avertissement symbolique que le
sort de la « destruction totale... homme, femme et enfant... ne laisse rien en vie qui respire »
attendait chacun d’entre eux, car ces personnes faisaient partie de la petite population
arabe qui était restée en Israël après Deir Yassin et la création du nouvel État.
L’acte fut reconnut officiellement, après que la nouvelle fut largement répandue, et qu’elle fit l’objet d’une
protestation arabe à destination des Nations unies (où elle semble avoir été ignorée jusqu’à
la date où j’ai ajouté cette note de bas de page) par le Premier ministre israélien, M. Ben Gourion,
six semaines plus tard (12 déc.).
Il dit alors au Parlement israélien que les meurtriers « encouraient un procès », mais comme les Arabes se
souvenaient que les meurtriers de Deir Yassin, après avoir « encouru un procès » et avoir été
condamnés, avaient été libérés immédiatement et fêtés publiquement, ce fut un piètre
réconfort pour eux.
Jusqu’à la date de cette note de bas de page (20 déc.), je n’ai vu aucune
allusion, parmi les millions de mots qui ont été publiés, au sort des 215 000 Arabes en
fuite (rapport de l’ONU, avril 1956) qui étaient rassemblés dans la Bande de Gaza lorsque
les Israéliens l’attaquèrent ainsi que l’Égypte. Le gouvernement israélien a annoncé qu’il
n’abandonnerait pas ce territoire ; plus tôt, il avait annoncé qu’il ne permettrait sous
aucune condition le retour des réfugiés arabes en Israël. Donc, le sort de ce quart de million
de personnes, qui à n’importe quelle époque passée aurait reçu la compassion indignée du
monde, a été totalement ignoré. Sans doute sont-ils mentionnés dans la seule déclaration
que j’ai vue sur le sujet : la lettre de onze États arabes aux Nations unies du 14 déc.
déclarant que « Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été impitoyablement
assassinés de sang froid », mais il semble qu’il y ait peu d’espoir pour une enquête
impartiale ou une confirmation, et la lettre arabe elle-même dit : « Toute l’histoire ne sera
jamais racontée et l’étendue de la tragédie ne sera jamais connue ». Toutefois, dans le cas
particulier de Kafr Kassem, les faits sont authentiquement avérés.
La nouvelle, qui arriva après la longue série d’attaque précédentes envers les Arabes et leur « condamnation »
répétée par les Nations unies, envoya un choc, une onde de répugnance dans le monde entier. À ce moment précis,
les Hongrois étaient en train de combattre et de gagner la guerre de leur peuple contre la révolution communiste.
Les deux forces destructrices libérées par la Russie en octobre 1917 se retrouvaient auto-condamnées par des actes
d’une égale brutalité. Elles étaient en train de s’auto-détruire ; il n’y avait aucun besoin de les détruire.
À cet instant, la réprobation universelle libéra de grandes contre-forces, plus puissantes encore que les deux
forces destructives. Pas même la « pression sioniste » à New York ne pouvait
faire passer cet acte pour une « agression égyptienne » ou persuader les masses de l’accepter.
C’était un cadeau du ciel, libérant « l’Occident » de ses deux dilemmes. Il avait juste besoin de se mettre à l’écart
et, pour une fois, de laisser « l’opinion mondiale » faire le travail ; car en cette occasion, il
y avait bien une opinion mondiale, générée par des actes qui ne
pouvaient être cachés, déguisés ou dénaturés par « la presse ».
En vingt-quatre heures, l’occasion en or fut rejetée. Les gouvernements britannique et français annoncèrent qu’ils
allaient envahir la région du canal de Suez « à moins que les troupes israéliennes et égyptiennes n’acceptent d’arrêter
les combats et ne s’éloignent à dix miles du canal dans les douze heures ». Comme cela aurait laissé les troupes
israéliennes presque cent miles à l’intérieur du territoire égyptien, la demande n’était de toute évidence pas
destinée à être acceptée par l’Égypte. Là-dessus, les armées de l’air britannique et française débutèrent un
bombardement intensif des terrains d’aviation égyptiens et d’autres cibles, et en détruisant la force aérienne
de l’Égypte, offrirent une victoire incontestée à l’envahisseur.
Le futur lecteur aura du mal à imaginer les sentiments d’un Anglais dans mon genre, qui entendit la nouvelle en
Amérique. La honte n’est pas un mot assez fort, mais comme c’est le seul mot, je l’utilise pour exprimer quelque
chose que je ressentis encore plus fort qu’à l’époque même de Munich, quand je démissionnai du Times en
guise de protestation , la seule que je pouvais faire (une protestation stupide, je l’estime maintenant).
Je me rappellerai toujours l’impartialité des Américains à ce moment-là. Incrédules, choqués et perplexes,
aucun parmi ceux que je rencontrai ne céda à la jubilation face à une déconvenue britannique, jubilation instinctive,
bien qu’irrationnelle, chez beaucoup d’Américains. Quelques-un d’entre eux réalisaient que la politique américaine,
avec ses constants revirements sous « la pression », avait principalement causé ce dénouement calamiteux, et
partageaient mon sentiment de honte. C’étaient ceux qui comprenaient que la honte était celle de tout « l’Occident »,
dans sa servilité, et non de l’Angleterre ou de l’Amérique en particulier.
Cependant à ce moment-là, la responsabilité en tant que telle, distincte de la honte, incombait à la Grande-Bretagne.
Les conséquences de cet acte vont si loin dans l’avenir qu’on ne peut les estimer actuellement, mais une chose sera
toujours claire : l’occasion glorieuse offerte par les événements simultanés au Sinaï et en Hongrie fut gâchée,
apparemment par une suite d’erreurs de calculs sans précédent, je le pense, dans l’Histoire.
Mon but ici est de montrer cela uniquement comme un pari politique ( mais dépourvu de sens politique) ; c’était comme
l’acte d’un homme qui miserait toute sa fortune sur un cheval déjà retiré de la course. Par aucun retournement
inattendu, cet acte n’aurait pu être bénéfique à l’Angleterre ou à la France.
Des trois parties concernées, Israël n’avait rien à perdre et beaucoup à gagner : la réprobation instantanée du monde
fut déviée d’Israël quand l’Angleterre et la France accoururent pour arracher la cape de l’agresseur et gagner sa
guerre ; on laissa Israël au cœur du territoire égyptien, acclamant sa « conquête ». La France n’avait pas
plus à perdre, malheureusement, que la dame dans la chanson de soldat qui « avait encore oublié son nom » :
par sa révolution, la France restait la terre du fiasco récurrent, à jamais incapable de se relever de l’abattement
spirituel où elle se trouvait. Pendant 160 ans, elle essaya toutes les formes de gouvernement humainement imaginables
et ne trouva dans aucune de quoi se revigorer et reprendre confiance en elle. Ses Premiers ministres changeaient si
souvent que les masses connaissaient rarement leurs noms ; personnages indéfinis, ils semblaient indifférenciables
même dans leur apparence, et le politicien français avait acquis une tradition de vénalité ; un comique américain
dit un jour qu’il allait à Londres pour voir la relève de la garde et à Paris pour voir la relève du gouvernement.
Un pays rendu incapable, par une série de gouvernements corrompus, de résister à l’envahisseur allemand sur son
propre sol en 1940, envahit le sol égyptien en 1956 au service d’Israël. Mais ce n’était qu’un épisode dans la
triste histoire de la France depuis 1789, et cela ne pouvait guère affecter son avenir.
Le cas était différent pour l’Angleterre : un exemple, un nom illustre et une tradition de relations honorables
autant en période difficile qu’en période faste. L’Angleterre avait son âme à perdre, en telle compagnie, et aucun
monde à gagner. L’Angleterre avait fait preuve de sagesse en appliquant les leçons de l’Histoire. Elle n’avait
pas tenté de pétrifier un empire et de parer les vagues du changement à coups de baïonnettes. Elle avait accepté
l’inévitabilité du changement et chevauché ces vagues avec succès, transformant successivement son Empire de colonies,
d’abord en un Commonwealth de nations et de colonies indépendantes d’outre-mer, et ensuite, alors que de plus en
plus de colonies parvenaient à l’autonomie, en une grande famille de peuples, unie sans aucune contrainte mais par
des liens intangibles qui, comme le couronnement de la jeune reine Elizabeth le montra en 1953, n’étaient pas plus
faibles qu’auparavant, et peut-être même encore plus forts. Le fait d’avoir évité toute organisation rigide basée
sur la force, et d’avoir toujours laissé la porte ouverte à de nouvelles formes de relation entre ces peuples
associés, faisaient de la famille des nations issues de « l’Angleterre » et de « l’empire britannique » une
expérience unique dans l’histoire humaine, en 1956, et une expérience porteuse de promesses infinies, si elle
continuait sur ce même chemin *. Le résultat remarquable de l’apparente faiblesse de ce processus élastique
était la force qu’il générait sous la pression ; il pliait sans s’effondrer, sous des tensions qui auraient
fait éclaté une organisation rigide fondée sur des règles dogmatiques, puis il se retendait une fois la
tension passée.
* Cette méthode est l’exact opposé de celle par laquelle le monde serait gouverné selon les
plans du « gouvernement mondial » exposés à New York par M. Bernard Baruch et son école
d’« internationalistes ». Leur concept pourrait en fait s’appeler le « super-colonialisme » et
repose entièrement sur une organisation rigide, la force et les sanctions. Prenant la parole
lors de la consécration d’un mémorial dédié au président Woodrow Wilson à la cathédrale de
Washington en décembre 1956, M. Baruch évoqua à nouveau sa demande en ces termes, étonnamment contradictoires :
« Après deux guerres mondiales... nous recherchons toujours ce que Wilson recherchait. "Un régime de loi basé sur
le consentement des gouvernés... ce régime de loi ne peut exister que lorsqu’il existe une force pour le
maintenir... voilà pourquoi nous devons continuer à insister que tout accord sur le contrôle
de l’énergie atomique et sur le désarmement soit accompagné de dispositions strictes pour
l’inspection, le contrôle et la punition des transgresseurs" ».
Donc, l’Angleterre avait tous les accomplissement de l’histoire britannique à mettre en péril ou à perdre,
en 1956, par toute action qui dans les faits ou même en apparence, renverserait la politique, ou méthode, qui
lui avait acquis une si grande réputation et avait produit, tout compte fait, de bons résultats matériels.
L’action du gouvernement britannique du 30 octobre 1956 doit être considérée sous cet angle.
Si le canal de Suez était « vital » pour lui, pourquoi s’était-il donc retiré ? Si l’amitié de l’Égypte était vitale
après le retrait, pourquoi cet affront calculé en juillet ? Si les navires britanniques utilisaient librement le canal,
pourquoi prétendre qu’il n’était pas « ouvert » et que « la liberté et la sécurité de la navigation internationale »
était mises en danger ? Si un quelconque intérêt britannique vital était en jeu, pourquoi a-t-il attendu qu’Israël
attaque l’Égypte, pour alors attaquer l’Égypte ?
On peut retourner et examiner la question sous tous les angles, et la même réponse ressort toujours. Cette action
n’a pas pu être menée pour les intérêts de la Grande-Bretagne ou de la France ; le moment choisi est compromettant.
Cela ne serait jamais arrivé si Israël n’avait pas existé ; par conséquent, l’humiliation subie par l’Angleterre
(et la France, si le lecteur veut bien) se trouvait dans cette cause. L’implication commencée par M. Balfour cinquante
ans plus tôt produisit sa conséquence logique, et par cet acte la continuation de cette implication fut assurée,
au moment où la libération était enfin à portée de main.
Si c’est un quelconque calcul rationnel d’intérêt national qui suscita le plus téméraire des raids de Jameson,
celui-ci surgira un jour dans la mémoire des hommes concernés ; personnellement, je doute qu’il puisse jamais être
justifié. À cet instant, il peut seulement être examiné à la lumière d’un enchaînement d’événements sur quatre
semaines, qui ont déjà témoigné de l’immense fiasco.
L’entreprise fut manifestement préparée longtemps à l’avance entre au moins deux des parties concernées, Israël et
la France, la preuve de cela apparut bientôt. *
* Les correspondants du Times, de Reuters et d’autres journaux et agences rapportèrent
par la suite qu’ils avaient vu des avions français et des officiers de l’air français en uniforme
sur les terrains d’aviation israéliens pendant l’invasion, et à la « fête de la victoire » donnée à
Tel Aviv par l’armée de l’air israélienne, où le commandant israélien, le général Moshé Dayan, était présent.
Ces rapports concordèrent sur un point important : l’armée de l’air française était présente pour « couvrir »
ou fournir « un bouclier aérien » à Tel Aviv si elle était attaquée par la force aérienne égyptienne.
Reuters rapporta que les mêmes officiers de
l’air français admirent avoir attaqué les chars égyptiens durant la bataille du Sinaï. En ce
qui concernaient les Français, par conséquent, le prétexte d’une descente sur le canal de
Suez afin de « séparer » les belligérants se révéla faux, les officiers et les avions français
ayant été vus derrière les lignes israéliennes en Israël et au Sinaï durant les combats. Le
correspondant du Times rapporta « un engagement de la part de la France à faire de son
mieux, si la guerre éclatait entre Israël et l’Égypte, pour empêcher toute action contre Israël
selon les termes de la déclaration tripartite de 1950 et pour veiller à ce qu’Israël ait des
armes appropriées pour combattre ». La déclaration de 1950 engageait impartialement la
France « à opposer l’usage de la force ou la menace de la force dans cette région. Les trois
gouvernements, s’ils découvraient que l’un de ces États se préparait à violer les frontières ou
les lignes de démarcation de l’armistice, prendraient… des mesures immédiatement… afin
d’empêcher de telles violations ».
En Angleterre, le gouvernement (jusqu’au moment de la conclusion de ce livre) a refusé la demande d’enquête sur
l’accusation de complicité, qui ne peut être établie dans le cas britannique (en tant que distinct du cas français).
Il semble qu’il y ait une possibilité que l’action britannique ait été soudaine, décidée sous l’impulsion d’un
moment jugé favorable. En ce cas, ce fut une monumentale erreur de calcul, car quand « l’ultimatum » britannique
et français fut lancé, les États-Unis avaient déjà convoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU
et présenté une résolution condamnant l’attaque israélienne et exigeant que les Israéliens se retirent du territoire
égyptien (29 oct.).
Ainsi, le seul effet de l’attaque britannique et française fut que la réprobation mondiale fut transférée d’Israël
à ces derniers (les Britanniques et les Français), et à la date du 7 novembre (après une seconde résolution appelant
Israël à se retirer), une majorité écrasante à l’Assemblée générale avait dûment déporté le poids de sa
condamnation sur « la Grande-Bretagne et la France », Israël apparaissant alors à la troisième place parmi les
parties auxquelles on avait demandé de se retirer. *
* À partir de ce moment, suivant l’exemple montré par le président américain, le poids de la
condamnation fut transféré par étapes d’« Israël » à « Israël, la Grande-Bretagne et la
France », puis à « la Grande-Bretagne et la France », et en dernière étape, à « la Grande-Bretagne »
(rappelant ainsi la transformation effectuée auparavant dans le cas de la persécution des hommes par Hitler,
qui commença par « la persécution des opposants politiques », puis devint « la persécution des opposants politiques
et des juifs », ensuite « des juifs et des opposants politiques », et enfin, « des juifs »).
Un commentaire officiel caractéristique de cette période fut émis par Mme Eleanor Roosevelt, qui était généralement
acceptée en Amérique comme la voix de son mari, le feu président. Elle dit lors d’une conférence de presse trois
jours avant les élections présidentielles (elle faisait campagne pour le candidat démocrate) : « Je ne considère pas
qu’Israël soit un agresseur; elle a agi en légitime défense... Je crois que la Grande-Bretagne et la France sont
techniquement coupables d’agression » (New York Times, 4 nov. 1956).
À ce moment-là, le fiasco militaire était aussi clair que le fiasco politique ; les oreilles anglaises avaient dû
écouter pendant presque cinq jours les nouvelles des bombardements britanniques des Égyptiens, le canal de Suez était
bloqué par des navires engloutis, le président Nasser était plus populaire dans le monde arabe qu’il ne
l’avait jamais été, et le gouvernement britannique reculait progressivement, passant d’« aucun retrait » à un « retrait
conditionnel », pour en arriver à un « retrait inconditionnel ».
Le président Eisenhower et son administration utilisèrent au mieux ces événements. Ce qui se profilait était de
toute évidence connu de Washington (comme l’attaque de Pearl Harbour avait été connue à l’avance). On avait dit
aux résidents américains de quitter la zone de danger quelques jours avant l’attaque, et dans les deux jours
qui la précédèrent, le président Eisenhower mit en garde deux fois M. Ben Gourion, une fois en des termes « urgents »
et ensuite en des termes « graves » ; la seule réponse qu’il reçut fut un message radio qui lui fut délivré durant
un voyage en avion de Floride jusqu’en Virginie, lui disant que M. Ben Gourion avait lancé l’attaque.
Toutefois, le gouvernement britannique n’informa pas officiellement le président (ou même les gouvernements
des dominions) de son intention, et M. Eisenhower put présenter à son peuple un visage empreint d’une souffrance
patiente quand il apparut à la télévision, en prononçant ces paroles : « Nous croyons qu’elle »
(l’attaque) « a été faite par erreur, car nous n’acceptons pas l’utilisation de la force comme moyen sage et
approprié pour le règlement des conflits internationaux ». Ce fut une déclaration irréprochable, dans
un climat de culpabilité (l’approvisionnement incité par les Américains d’armes françaises, britanniques
et canadiennes à Israël pendant tout l’été). Si le gouvernement britannique comptait sur la « pression
sioniste » à Washington, elle fut déçue cette fois là. Il y a toujours une marge d’erreur dans ces affaires,
et M. Eisenhower était assuré d’être élu ; en tous les cas, l’opportunité de transférer sa colère sur la
Grande-Bretagne lui épargna le besoin de l’apaiser plus encore sur Israël (qui, dans cette affaire, avait obtenu
ce qu’elle voulait). Avoir des paroles dures envers l’Angleterre, qui plus est, était populaire en
Amérique depuis la Boston Tea Party ; peut-on imaginer que le gouvernement britannique ne réalisât pas cela ?
L’acte britannique semble s’expliquer uniquement dans le contexte de l’entière illusion sioniste. Si tant est
que la chose devait se faire, le seul espoir reposait sur une opération rapide et extrêmement efficace
qui aurait fait gagné la possession d’un canal intact et aurait confronté le monde à quelque chose d’accompli.
L’entreprise britannique fut lente dès le départ, et très vite montra tous les signes du doute. Après
le fiasco, le Times (16 nov.) rapporta depuis la base britannique à Chypre : « La décision du gouvernement
britannique d’intervenir en Égypte a été prise sans l’avis de pratiquement tous ses hauts représentants diplomatiques
dans la région. Elle été maintenue malgré les avertissements de la plupart d’entre eux à propos de ses
conséquences probables sur l’avenir des relations britanniques avec les nations arabes… Quand les détails de
l’ultimatum britannique lancé au Caire et la décision d’intervenir militairement contre l’Égypte
ont été connus pour la première fois dans les ambassades et les légations britanniques des pays arabes,
les réactions chez presque chacune d’entre elles sont allées de la franche incrédulité à des
discussions sur la potentialité que cela soit un désastre… Beaucoup sont devenus incrédules ou atterrés
quand la forme de cette action directe a semblé associer la politique britannique à celle d’Israël et de
la France » (ce passage me rappela de façon frappante le sentiment dont je fus le témoin dans les « ambassades
et les légations britanniques » de toute l’Europe à l’époque de Munich).
Voilà pour la décision politique ; ensuite, venait son exécution militaire. Le Times (17 nov.) rapporta que
parmi le commandants militaires à Chypre, « Il y avait un sentiment quasiment unanime que si cela se faisait,
il vaudrait mieux le faire vite. L’incapacité à leur permettre de terminer le travail a produit un sentiment
de frustration et de confusion parmi de nombreux officiers supérieurs ici, tout comme parmi nombre de leurs
subalternes ». L’éminent écrivain militaire américain, M. Hanson Baldwin, examinant par la suite « A Confused Invasion »
qui allait « probablement devenir une étude de cas célèbre au sein des collèges d’état-major militaire du monde
entier », dit que sous la direction confuse de Londres, « les multiples objectifs politiques, psychologiques
et militaires devinrent inextricablement confus ; le résultat fut qu’il n’y avait aucun but défini, ou en tout cas
aucun objectif que la puissance militaire pût accomplir, étant donné les limitations qui y avaient été
imposées ».
Il devint bientôt apparent qu’en fait, quelque chose retardait et dissuadait les gouvernements britannique et
français de mener à bien cette entreprise. Pour les Français, cela importait peu, pour les raisons données
précédemment ; pour les Britanniques, la réputation, l’honneur et la promesse de prospérité, la cohésion de la
grande famille britannique étaient tous en jeu. Déjà, dans le stress des ces jours-là, le Premier ministre canadien
avait averti que de telles actions pourraient mener à la dissolution du Commonwealth. Aux Nations unies, la
Grande-Bretagne se tenait au pilori avec Israël et la France, une triste vision en vérité. Malgré des votes
massivement défavorables, seules l’Australie et la Nouvelle-Zélande restèrent à ses côtés, peut-être plus
par fidélité acharnée que par conviction.
Qu’est-ce qui fit retarder cette entreprise hasardeuse, annoncée de façon si orgueilleuse, jusqu’au point où elle
tomba à l’eau ? La « protestation énergique et vigoureuse » du président Eisenhower et la résolution des Nations unies
provoquèrent sans doute une première remise en cause à Londres. Puis il y eut la coïncidence atroce des
événements. Dès que les Britanniques et les Français commencèrent à bombarder les Égyptiens, les Moscovites
retournèrent en Hongrie et commencèrent à massacrer les Hongrois. Ensuite, aux Nations unies, les porte-paroles
de l’Est et de l’Ouest se mirent à s’accuser les uns les autres en criant : « Vous mêmes » ; pendant que les avions
britanniques et français bombardaient Port-Saïd, les délégués britanniques et français accusaient les Soviétiques
de sauvagerie inhumaine ; pendant que les chars soviétiques massacraient les Magyars, les délégués soviétiques
accusaient les Britanniques et les Français de pure agression. Ces échanges commençaient à prendre le
ton de la malhonnêteté professionnelle des vendeurs dans les bazars levantins.
Le tableau prit alors des contours cauchemardesques. Sir Anthony Eden, le jeune homme prometteur lors de sa démission
en 1938, reçut la démission de M. Anthony Nutting, le jeune homme prometteur de l’année 1956, qui en tant que
secrétaire d’État aux Affaires étrangères « avait fortement déconseillé l’intervention britannique en Égypte », et
celles d’autres collègues. Pour rétablir sa position, il eut recours à Sir Winston Churchill, qui proclama : « Israël,
sous la plus grave des provocations, s’est embrasée contre l’Égypt... Je ne doute pas que nous pourrons prochainement
mener notre barque vers une conclusion juste et victorieuse. Nous avons l’intention de rétablir la paix et l’ordre
au Moyen-Orient et je suis convaincu que nous atteindrons notre but. La paix mondiale, le Moyen-Orient et notre
intérêt national profiteront sans conteste à long terme de l’action déterminée du gouvernement ».
Il incombe à l’avenir de vérifier cette déclaration, qui est peut-être l’une des dernières de Sir Winston.
L’acte britannique possède des traits fortement churchilliens, et son successeur était si intimement
associé à lui que, dans tous les cas, il est peu probable qu’elle eût été menée sans l’approbation de Sir Winston.
Au même moment, le vétéran publia le second volume de son Histoire des Peuples de Langue Anglaise, et le New York
Times commenta : « L’auteur est fier du fait que sa petite île, « le petit royaume en mer du Nord", bien que
ne comptant au début de ce volume que trois millions d’habitants, ait civilisé trois continents et éduqué la moitié du
monde ». Seul le temps montrera si l’attaque britannique de l’Égypte était dans cette tradition civilisatrice
et éducatrice, ou si elle continuera à discréditer l’Angleterre.
C’est alors que le plus gros choc résultant de l’action du gouvernement britannique se produisit. Le Premier ministre
soviétique Boulganine, dans des notes adressées à Sir Anthony Eden et au Premier ministre français, les menaça
clairement d’attaque nucléaire et à la roquette s’ils ne voulaient pas « arrêter l’agression, arrêter le
carnage » (le carnage continuait à Budapest et le flot des Hongrois en fuite qui traversaient la frontière
hospitalière autrichienne atteignait environ cent mille âmes ; à Budapest, un autre des hommes du Bela Kun de 1919,
M. Ference Münnich, devint l’« homme-clé » de Moscou succédant à Rakosi et Gerö, et commença la nouvelle terreur). Qui
plus est, M. Boulganine, dans une lettre au président Eisenhower, proposa une attaque commune américano-soviétique,
« dans les prochaines heures », de la Grande-Bretagne et de la France, une proposition que la Maison Blanche
qualifia simplement d’« impensable » dans une déclaration à la presse.
Existe-t-il quelque chose d’« impensable » à notre époque ? L’alliance Hitler-Staline de 1939 (un dénouement évident,
prédit par l’auteur et par d’autres) fut décrite aux masses comme quelque chose d’« impensable » jusqu’à ce qu’elle
soit conclue et que la Seconde Guerre débute. Le New York Times à cette période cita « un haut diplomate
américain à la longue expérience dans le monde arabe » comme approuvant implicitement cette proposition :
« Notre rejet de l’offre russe comme « impensable", sans proposer d’y réfléchir dans le cadre des Nations unies, est
interprété ici » (il se trouvait en Jordanie) « comme signifiant que malgré tout ce que nous pourrons dire,
nous nous rangerons toujours du côté de l’Occident et d’Israël dans les moments cruciaux ».
Nul doute que la proposition d’attaque nucléaire commune américano-soviétique envers l’Angleterre était impensable
à cette époque, mais en réalité les deux pays agirent ensemble contre l’Angleterre de manières différentes,
qui se combinèrent pour générer une pression énorme des deux côtés. Sir Anthony Eden s’était engagé
sur des rapides torrentiels dans un fragile canoë. Il y a en Amérique un instinct matricide constant et
latent envers l’Europe en général et l’Angleterre en particulier (on ne peut l’expliquer, mais on doit toujours
le prendre en compte), instinct qui est le plus facilement activé par l’accusation de « colonialisme ». Le fait
que l’Amérique soit la plus grande puissance coloniale au monde, car je ne vois aucune différence
valable entre l’expansion outre-mer et l’expansion outre-terre, * n’y change rien ; il s’agit d’une impulsion
irrationnelle qui a toujours été prise en compte dans l’estimation des résultats de toute action
envisagée qui impliquerait « l’opinion américaine ».
* Bien sûr, les États-Unis sont les occupants, par la conquête ou l’achat, de colonies
britanniques, hollandaises, françaises et espagnoles, et de vastes territoires mexicains et
russes ; seule la quasi-extirpation, durant l’existence de la république américaine, des
habitants originels de ce large territoire donne de nos jours une illustration qui diffère de
celle des colonies britanniques, hollandaises, françaises et espagnoles d’aujourd’hui, avec
leurs millions de « populations coloniales ». Les possessions américaines d’outre-mer, par la
conquête ou l’achat, sont peu nombreuses. La zone du canal de Panama, qui est sous
souveraineté permanente américaine, est un cas à part ; si elle prouve quoi que ce soit par
rapport au canal de Suez et à la Grande-Bretagne, elle démontre seulement les avantages
d’un « titre de propriété » valable et d’une contiguïté militaire.
Cependant, l’ « opinion », de nos jours, est un produit manufacturé et peut être générée sous n’importe
quelle forme voulue. Ce qui est beaucoup plus important et qui n’aurait pas dû être ignoré,
c’est que le président Eisenhower, de manière tout à fait évidente, a été sélectionné, désigné et dans les
faits élu par le groupe « internationaliste » qui domina les présidents Wilson, Roosevelt et Truman, et que
la politique américaine, sous son administration, a toujours soutenu la révolution et pris une nature
anti-britannique dans les moments de crise culminants. L’ultime ambition « internationaliste » est le projet
de gouvernement mondial, qui doit être réalisé par le biais des forces convergentes et destructrices du
communisme révolutionnaire et du sionisme révolutionnaire, et il est essentiel à cette ambition que les deux
grands pays anglophones de chaque côté de l’Atlantique restent divisés, car l’empire ne pourra s’accomplir
que par leur division. Cette ambition domina la Seconde Guerre.
Le président Eisenhower émergea d’abord comme le troisième personnage du groupe Roosevelt-Marshall - Eisenhower.
On a montré plus tôt la nature anti-britannique des propositions du général Marshall dans les années de guerre ;
il était en fait le grand adversaire de M. Churchill et l’homme responsable du fait que, tel que l’histoire
britannique officielle de la guerre le rapportait en 1956, malgré la renommée mondiale et la redoutable autorité
de M. Churchill, il se montra, en vérité, incapable de formuler une seule décision stratégique
majeure durant cette guerre, à l’issue de laquelle la politique Roosevelt-Marshall - Eisenhower doit être jugée.
Durant les palabres finales, à Yalta, le vœu dominant fut de porter atteinte à la Grande-
Bretagne, comme le montrent les journaux de Yalta. *
* « Le président dit qu’il ferait part au maréchal » (Staline) « d’une chose indiscrète, puisqu’il ne souhaitait pas
la dire devant le Premier ministre Churchill... Les Britanniques étaient un peuple bizarre qui voulaient avoir
le beurre et l’argent du beurre... Il suggéra l’« internationalisation » de la colonie britannique de Hong Kong et
le placement de la Corée sous une administration d’où les Britanniques seraient exclus. Staline indiqua qu’il ne
pensait pas que cela était une bonne idée et ajouta que « Churchill nous tuerait". Quand les problèmes politiques
d’après-guerre furent soulevés, il adopta souvent des positions qui étaient anti-britanniques ».
(New York Times, 17 mars 1955)
Le général Eisenhower, en tant que commandant en Europe, donna l’ordre militaire dont le résultat fut, dans les faits,
la cession de la moitié de l’Europe à la révolution. Dans ce contexte, le gouvernement britannique n’aurait pas du
compter sur le soutien du président Eisenhower ; la préhistoire de tout cela est trop lourde. Il fut l’exécuteur
testamentaire de la politique Roosevelt-Marshall durant la guerre, et sept ans après la fin de celle-ci,
il fut manifestement choisi par de puissants partisans, en opposition au sénateur Taft, comme l’homme qui poursuivrait
plus avant la politique « internationaliste ». Ce qui était inattendu, et ne peut être justifié, est jusqu’où il
alla, humiliant publiquement la Grande-Bretagne cette fois-là, en imposant le retrait « inconditionnel »
dans les circonstances les plus méprisables, en ostracisant quasiment l’ambassadeur britannique à Washington, et
généralement en affichant une rancœur qui rappela celle du président Roosevelt à Yalta.
Cet étalage d’aversion (tout le pays put voir son air réprobateur à la télévision) n’avait aucun fondement moral.
La « pression » sur la Grande-Bretagne de se retirer du canal, et la « pression » suivante sur la Grande-Bretagne
de se joindre à l’Amérique dans l’insulte provocatrice envers l’Égypte, qui fut le véritable début de la crise de
guerre de 1956, émanèrent de la Maison Blanche.
De plus, cela arriva au moment du massacre en Hongrie, et à part le fait de dire que sa sympathie allait aux victimes,
le président américain et son administration ne réagirent pas dans cette affaire beaucoup plus grave.
En cela, une fois encore, il était en accord avec les actes précédents : l’abandon de la promesse de « répudier Yalta »,
après son élection en 1952, et l’ordre aux armées alliées de faire halte à l’ouest de Berlin en 1945.
La conséquence de tout cela fut la continuation de ce « soutien à la révolution » qui fut le principe
dominant de la politique nationale américaine durant deux guerres.
Une grande leçon fut apprise grâce aux événements d’octobre et novembre 1956. Ils montrèrent que, si elle est
suffisamment choquée, quelque chose comme « l’opinion mondiale » peut s’exprimer par les débats contradictoires
de la société de conférences connue sous le nom de « Nations unies » à New York. La démonstration d’aversion fut
écrasante dans les deux cas, celui de l’attaque de l’Égypte et celui du massacre soviétique en Hongrie.
De plus, ils montrèrent que comme instrument susceptible de donner du poids à toute condamnation morale de ce genre,
les Nations unies sont totalement impuissantes.
Dans le cas le plus grave, celui de la Hongrie, elles ne purent absolument rien faire, parce que les Soviétiques
occupaient les lieux et les États-Unis ne réagirent pas. Dans l’autre cas, celui de l’Égypte, un résultat immédiat
ne fut produit que parce que ces deux pays [les États-Unis et l’URSS] s’unirent contre la Grande-Bretagne ; l’un avec
« des quasi-mesures de guerre » (le refus des fournitures de pétrole) et l’autre directement avec des menaces de
guerre.
En fait, le retrait britannique de Suez s’effectua avec la collaboration américano-soviétique, et tant que « les
internationalistes » seront en mesure de contrôler la machine à sélection, et à élection, américaine, un grand danger
continuera à peser sur le monde. Et le pacte Eisenhower-Boulganine n’est pas en soi plus « impensable », dans les
circonstances de ce siècle, que ne le fut le pacte Hitler-Staline en 1939 ; en tous les cas, l’intention déclarée
(écraser le « communisme ») est la même dans les deux cas.
Si le gouvernement britannique avait confiance en la « pression sioniste » à Washington (et cela avait abouti au
retrait britannique de Palestine et à la création d’Israël en 1947-8), ce fut une autre erreur de calcul à ce moment
particulier. Il ne tint pas compte de l’effet de choc de l’attaque israélienne et de l’effet de choc plus important
de l’attaque britannique et française, qui fit que les yeux du monde se tournèrent principalement sur la Grande-Bretagne
et conforta beaucoup le président Eisenhower dans sa décision d’adopter l’attitude morale.
Donc, le gouvernement britannique se retrouva pris entre des menaces d’attaque soviétique d’un côté, et de l’autre
une hostilité qui apparemment le surprit, de la part de la Maison Blanche. La « nécessité vitale » fut bloquée, et
les fournitures en pétrole de la Grande-Bretagne furent bloquées avec elle. Apparemment, il se tourna en toute
confiance vers le gouvernement américain pour arranger les choses, et apprit qu’il ne pouvait espérer aucun pétrole
américain tant qu’il n'était pas « sorti » [d'Egypte] ; à ce moment-là, tout le poids de l’affaire retomba sur la
Grande-Bretagne. Les représentants britanniques à Washington furent reçus froidement et découvrirent qu’on refusait de
débattre de tout sujet d’importance avec eux ; on leur fit comprendre qu’ils pourraient revenir s’ils le souhaitaient,
dans leur quête de pétrole, quand la Grande-Bretagne serait « sortie ». Le président américain, durant ces jours-là,
alla beaucoup plus loin que nécessaire dans l’humiliation publique du gouvernement britannique, et on doit
en chercher la raison dans le sentiment anti-britannique révélé dans les actes et paroles avérés de son protecteur,
le président Roosevelt. Toute l’histoire des machinations gouvernementales américaines dans cette affaire,
durant sa présidence, le privait de motifs pour une attitude de franche indignation.
Malheureusement, les humiliation britanniques étaient méritées. L’attaque de l’Égypte fut désastreuse sur tous
les points majeurs : dans son apparence évidente de complicité avec Israël, dans son exécution au moment exact
de la défaite soviétique en Hongrie, et dans son indécision et son inefficacité, une fois débutée. Sir Anthony Eden,
miné par la pression et politiquement ruiné, se retira en Jamaïque pour récupérer. Le « retrait inconditionnel »
(des Britanniques et des Français, non de l’agresseur originel, Israël) commença. Une « force internationale »
rassemblée à la hâte par les Nations unies apparut sur le canal de Suez et attendit là, se demandant ce qu’elle
était censée faire. La popularité du président Nasser monta en flèche dans le monde arabe ; le canal resta bloqué ;
l’Égypte déclara qu’elle ne céderait pas un pouce de territoire égyptien ; Israël commença à se
plaindre de l’« antisémitisme » en Égypte.
Trois semaines après l’attaque, Khrouchtchev, le leader communiste soviétique, en état d’ébriété, se moqua des
ambassadeurs britannique et français lors d’une réception à l’ambassade polonaise à Moscou : « Vous dites que nous
voulons la guerre, mais vous vous êtes mis maintenant dans une situation que je qualifierais de stupide…
Vous nous avez donné une leçon en Égypte ». Qui pourrait le contredire ?
Une semaine plus tard, le New York Times jaugea la balance : « la Grande-Bretagne et la France ont misé et
semblent être en train de perdre de façon désastreuse... jusque là, Israël est sortie de la crise
dans une position relativement meilleure » (25 nov.).*
* Deux semaines plus tard, après que ce chapitre fut terminé, le même journal écarta la
Grande-Bretagne comme étant désormais « une puissance de seconde classe. ».
La même édition rapportait en détails les remarques d’un membre du Parlement israélien, un certain M. Michael Hazani :
« M. Hazani a expliqué sa théorie selon laquelle l’échec de la Grande-Bretagne et de la France à conclure leur
objectif concernant le canal de Suez était une chance pour Israël... Les Israéliens se sentent moins isolés
aujourd’hui qu’avant leur percée du 29 octobre au Sinaï qui leur a aliéné leurs amis et a hérissé leurs ennemis
partout dans le monde... Les Israéliens se sont délectés de leur nouvelle amitié avec la France qui a
fourni les outils qui ont permis à leurs forces armées de battre les Égyptiens à plates coutures... Il y a quelques
semaines, les Israéliens ont eu peur quand ils ont craint d’avoir amené le monde au bord d’une guerre thermonucléaire.
La panique initiale s’est dissipée, les menaces sont vues comme des tactiques dans une guerre des nerfs... Certains
membres de la Knesset ont dit qu’Israël aussi pouvait jouer à ce jeu... alors ils demandent pourquoi Israël
n’exploiterait pas sa capacité actuelle à embêter le monde pour inciter la grande puissance à
pousser l’Égypte et les autres États arabes à négocier la paix ».
Ces phrases montrent peut-être au lecteur le peu d’espoir de répit qu’aura le monde tant que l’aventure sioniste
ne sera pas liquidée. Le fiasco est le sort inévitable de tous ceux qui s’associent avec elle, parce que sa propre
fin inévitable sera un fiasco, mais le poids de chaque désastre doit retomber, et retombera toujours sur ces associés,
non sur les auteurs originels de cette folle ambition. Aujourd’hui, elle affecte toutes les relations sensées entre
les nations, contrariant celles qui n’ont aucun motif de discorde, en fourvoyant certaines dans des entreprises qui
ne peuvent en aucun cas leur apporter quelque chose de positif, et suscitant des menaces de
guerre mondiale chez d’autres.
Dans le cas de l’Angleterre, qui par cet acte fut réimpliquée dans le marasme d’où M. Ernest Bevin l’avait extirpée
en 1947-8, les pénalités furent si lourdes que, si le processus entier de l’implication dans le sionisme était
comparé à treize marches jusqu’à la potence, on pourrait dire qu’on en était à la douzième ; la seule chose qui pouvait
arriver de pire à l’Angleterre à cause de cela était la calamité suprême. Déjà, à cette occasion, l’avertissement
à propos de la désintégration du Commonwealth fut entendu du plus haut lieu en-dehors de l’île Britannique elle-même,
et à aucune autre occasion cela avait-il été ne serait-ce qu’un vague péril. L’Angleterre fut mise sur le banc des
accusés, aux côtés d’Israël (et de la France) face au monde, et réprimandée comme un gredin. Elle découvrit soudain
des menaces alarmantes s’élevant de tous côtés. Aucun des objectifs annoncés n’était atteint, ses forces armées ne
furent même pas autorisées à accomplir ne serait-ce qu’une tâche rebutante, rien ne restait que la honte. À la fin,
des impôts plus lourds, des privations, et des épreuves s’abattirent sur le pays, comme prix à payer, et c’était en
vérité un tribut de plus à Sion.
Une chose est claire dans tout cela ; rien de tout cela n’aurait pu se produire sans l’État fondé en 1948.
Si une guerre générale avait eu lieu, elle aurait été débutée par Israël ; si elle devait encore survenir à
cause de cette affaire (et c’est toujours une possibilité ouverte au moment où je termine ce livre), elle devrait
être débutée par Israël.
Pour ma part, si j’avais pu me persuader que l’attaque britannique de l’Égypte fut réellement motivée par l’inquiétude
concernant les intérêts britanniques, je l’aurais acceptée, persuadé que le gouvernement britannique savait des choses
que j’ignorais, qui d’une manière ou d’une autre justifiaient ce qui semblait, selon toute apparence extérieure,
indéfendable et voué à l’échec. Je ne peux me persuader d’une telle chose. Ce n’était que le dernier faux pas dans la
tragédie d’erreurs qui commença avec l’engagement britannique originel envers le sionisme en 1903 ; j’ai retracé
toutes ces erreurs dans ce livre.
Je pense que cela est clairement implicite, d’après ce qu’on entendit sur les bancs du gouvernement à la Chambre
des communes à l’issue du fiasco. Sir Anthony Eden étant en Jamaïque, la tâche de la justification échoua à ses
collègues et l’un d’eux, M. Anthony Head, le ministre de la Défense, ne fit aucunement reposer la justification sur
un intérêt britannique, mais sur l’affirmation d’avoir évité « une Israël paralysée, un Tel Aviv bombardé et un monde
arabe uni » (une fois encore, je n’ai pas le texte, je cite le New York Times ; je considère que
les politiciens doivent être en accord avec ce que le monde comprend d’après leurs propos).
Or, le corollaire de ce qu’ils affirment avoir accompli est un monde arabe désuni, un Port-Saïd bombardé, et une
Égypte endommagée (parmi ces trois choses une seule a été accomplie, le bombardement ;
les autres n’ont pas été réalisées). Quel intérêt britannique peut-il être servi en désunissant le monde arabe
et en paralysant l’Égypte ? Quel Anglais aurait-il soutenu cette action si elle lui avait été posée en ces
termes avant d’être entreprise ? Quand l’argument de soutien à « l’accomplissement des aspirations sionistes »
fut-il jamais exposé à l’électeur britannique en ces termes-là ?
Dans certaines maladies, la médecine moderne est à même d’identifier la source originelle de l’infection,
la première plaie. La source première de tous ces maux, alors qu’ils atteignaient leur point culminant dans
les actes des 29 et 30 octobre 1956, est manifestement le sionisme ; chaque acte, depuis qu’il prit forme en
tant que force politique dans les ghettos de Russie quelque quatre-vingts ans plus tôt, mena le monde au bord
d’une guerre universelle, d’où nul ne savait lequel de leurs amis de la veille serait l’ennemi du
lendemain. C’était vraiment « la duperie des nations » à son maximum.
Le temps pourra-t-il distiller quelque chose de positif de tout cela ? Manifestement, il le peut, et le fera ;
il n’y a que pour les contemporains que l’agitation gratuite dans laquelle nous vivons est rageante.
Les premiers signes de l’amélioration longtemps différée commencent à se montrer. Les nations qui se trouvent dans les
chaînes du communisme révolutionnaire commencent à s’en libérer ; les peuples d’Europe de l’Est peuvent encore
s’en sortir par leurs propres moyens, et le reste de l’Occident captif aussi, en suivant leur exemple.
Je crois que les juifs du monde entier commencent eux aussi à voir l’erreur du sionisme révolutionnaire,
le jumeau de l’autre mouvement destructeur, et à la fin de ce siècle, ils décideront enfin de
se mêler au commun des mortels. *
Les événements d’octobre et novembre 1956 eux-mêmes ont fourni un chapitre de conclusion pertinent à ce livre. *
Je crois qu’ils ont également ajouté une preuve convaincante à son argumentation.
* Un développement qui a peut-être été présagé par un compte rendu (s’il est exact) publié
dans le New York Times le 30 décembre 1956, selon lequel « moins de 900 sur les 14 000
juifs qui ont fui la Hongrie... ont décidé de s’établir en Israël, la « grande majorité » préférant
aller en Amérique ou au Canada. D’un autre côté, s’ils suivent l’exemple de leurs
prédécesseurs, ils y augmenteront la masse des juifs de l’est « explosifs » dont le transfert,
au cours des derniers soixante-dix ans, a provoqué la situation actuelle ; l’incitation antiaméricaine
de ces juifs a été montrée dans les citations d’autorités juives au chapitre
précédent.
** Quant à l’affaire de Suez, c’est le président Eisenhower qui nous a fourni une note de bas
de page pertinente, quand, le 5 janvier 1957, il a demandé au Congrès l’autorité permanente
d’utiliser les forces armées des États-Unis contre « l’agression armée déclarée de toute
nation contrôlée par le communisme international » au Moyen-Orient. Il a donc envisagé de
faire exactement ce pour quoi il avait condamné le gouvernement Eden. Un exemple
d’agression « déclarée » fut sans doute la destruction du Maine dans le port de La Havane ;
l’explosion fut « déclarée » et elle fut attribuée à l’Espagne. Avant et après l’attaque de
l’Égypte, la presse internationale commença à accuser une nation arabe après l’autre d’être
« contrôlée » par le communisme international, et la requête du président Eisenhower au
Congrès ouvre à nouveau la perspective que l’extirpation moultes fois annoncée du
communisme pourrait se révéler, en réalité, être une attaque envers les Arabes, non envers
le communisme. La description : « contrôlée par le communisme », est impossible à définir
ou à prouver, et sert seulement à fausser la vérité par la propagande. Par exemple, le New
York Times publia le 2 déc. 1956 des photos de « chars russes capturés par les Israéliens »
pendant l’attaque de l’Égypte. Les objections des lecteurs l’amenèrent à admettre que les
chars étaient en fait américains. La question de savoir s’ils furent pris aux Égyptiens reste
ouverte, n’importe qui peut prendre un char en photo et mettre une légende. Israël fut à
l’origine approvisionnée avec des armes soviétiques, mais on ne dit pas qu’à cause de cela,
elle est « contrôlée par le communisme international ».
La nouvelle de l’acte du président Eisenhower a été suivie par une montée brusque des
diverses actions israéliennes à la Bourse américaine et par des sermons élogieux dans
plusieurs synagogues de New York. Une raison possible à cela est le fait que le président
s’est engagé à agir militairement au Moyen-Orient uniquement en réponse à la demande de
« toute nation ou groupe de nations » attaqué. Comme l’Égypte a largement été déclarée
comme étant « l’agresseur » dans l’attaque envers elle-même d’octobre 1956, cette
stipulation, une fois encore, reste ouverte à de nombreuses interprétations, au besoin. Si
ces paroles étaient sincères, elles impliquent que les forces américaines auraient dû être
utilisées, sur demande égyptienne, pour repousser l’attaque israélienne d’octobre 1956. Cela
est difficile à imaginer, c’est le moins que l’on puisse dire. Il est difficile de se représenter
une intervention militaire américaine en réponse à une demande de tout État du Moyen-Orient
en dehors d’Israël ; toutefois, les temps changent et tout est possible.
1956 est une année charnière, d'une part ce qui s'est passé à l'Est a conforté l'entité talmudique dans
son choix d'abandonner le communisme au profit du socialisme pour conduire la Révolution. Le communisme avec
sa méthode de rouleau compresseur permettait des conquêtes rapides mais pour être pérennes, il fallait tuer
tous les hommes dont l'âme n'était pas asservie, corrompue, pervertie et dégénérée, et le socialisme, patiemment était
beaucoup plus à même d'accomplir cette tache.
L'aventure de la France et de la Grande-Bretagne en Egypte, a montré clairement que même ceux qui se mettaient au
service de Sion ne méritaient que le mépris et devaient être humiliés.
Ce qui est arrivé à ces deux pays devrait alerter aujourd'hui les USA et l'Arabie-Saoudite car il ne seront pas
mieux traités au bout du compte par l'entité talmudique. Tous les peuples doivent être détruits ou asservis !
Le rôle des dirigeants américains dans ces deux cas a été d'une hypocrisie sans non, rappellant le rôle surnois de
Roosevelt dans le seconde guerre mondiale. Avoir incité les hongrois à la révolte pour ensuite les abandonnés à la
répression soviétique, et poussé la France et la Grande-Bretagne à se joindre à Israël dans cette guerre stupide,
puis ensuite avoir jeté sur ces deux pays l'anathème pour dissimuler le rôle d'Israël, est de la pure vilénie.
- JP -Avril -2019
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